La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

La "fantasy" de Médée

"Médée", Théâtre de la Tempête, Paris

Attention ! O.T.N.I(1) dans la grande salle du Théâtre de la Tempête. D’abord parce que c’est "Médée" de Corneille, pièce très peu jouée. Mais surtout parce que la mise en scène de Paulo Correia vaut le déplacement. Ce jeune metteur en scène niçois a osé ! Installer cette pièce dans le décorum d’une BD et la magie de la "fantasy".



© Fraicher-Mathey
© Fraicher-Mathey
Paulo Correia, metteur en scène et créateur vidéo de la pièce fait définitivement entrer le théâtre dans le XXIe siècle. Prouesse artistique et beauté technologique sont de mise. Mais sans trahir l’œuvre cornélienne. Au contraire. Il a l’idée (surprenante d’abord pour les puristes du classicisme) de rehausser le baroque de cette "Médée" en y faisant entrer le genre de la fantasy et son univers (si particulier). Et oui, il fallait y penser ! Utiliser ces codes pour les transposer sur cette œuvre de jeunesse est une idée brillante.

Et en effet, on s’en prend plein les mirettes ! Deux écrans traversent le plateau, de jardin à cour. Ce qui est normalement la scène d’exposition (et souvent rébarbative car très didactique chez les auteurs classiques) devient ici un véritable récit oral, pris en charge comme une narration. Pour l’illustrer ? Carte imaginaire, dragons et squelettes armées se dressent devant nous et jonchent la scène. Parfois de manière un peu répétitive. Mais ces artifices nous permettent aussi de ne pas décrocher sur le parcours un peu long de cette Médée magicienne et meurtrière.

Les influences sont nombreuses. La plus évidente est le fameux Chaffey, "Jason et les Argonautes", chef d’œuvre sorti en 1963. Mais plus récemment, Correia réutilise les codes de "Game of thrones", cette série américaine dont on attend avec impatience la saison III. Dans un autre style, on avait déjà été étonné par l’utilisation de la vidéo avec les créations de Fabrice Murgia (notamment avec "Life : Reset"). Comme lui, l’image n’est plus seulement un support qui accompagne les comédiens, elle s’entremêle pour mieux incarner leur personnage. Mais ici le metteur en scène va plus loin. Il donne l’illusion d’une scène en 3D - d’ailleurs on aurait presque envie de sortir ses lunettes... comme au cinéma tiens !

© Fraicher-Mathey
© Fraicher-Mathey
Si tout y est superbe (la production n’a pas lésiné sur les moyens, la robe de Médée vient de la maison de couture barcelone Bibian Blue), il y a quand même un grain de sable qui vient enrayer cette magnifique machinerie… le jeu de certains comédiens. Ils seraient parfaits si tous jouaient juste, à commencer par le rôle-titre (Gaële Boghossian). Mais osons croire qu’elle n’était pas très en forme ce jour-là et qu’elle a un peu raté notre rendez-vous. Cette faiblesse est d’autant étonnante que la comédienne collabore aussi à la dramaturgie. En tout cas, elle n’a pas su restituer la rage ni la fougue de cette Médée destructrice qui va jusqu’à tuer sa progéniture pour punir et se venger de l’abandon de son mari Jason (Fabrice Pierre, bien inégal aussi). D’une façon générale, pas de fautes majeures de diction de l’alexandrin (même plutôt bien rythmé), mais seul vraiment Créon (Laurent Chouteau) sort du lot. Ce comédien a un beau charisme.

Paulo Correia nous a offert un merveilleux voyage dans l’antre de cette Circé. Mais on en ressort tout de même mitigé. Heureux d’avoir pu revisiter ce chef d’œuvre cornélien avec autant de prouesses. Déçu de ces notes si discordantes.

(1) O.T.N.I. : Objet théâtral non identifié.

"Médée"

© Fraicher-Mathey
© Fraicher-Mathey
Texte : Pierre Corneille.
Mise en scène : Paulo Correia.
Avec : Gaële Boghossian, Laurent Chouteau, Stéphane Kordylas, Stéphane Naigeon, Fabrice Pierre, Amandine Pudlo.

Dramaturgie et costumes : Gaële Boghossian.
Musique : Fabrice Albanese.
Scénographie : Jean-Pierre Laporte.
Lumières : Alexandre Toscani.
Création vidéo : Paulo Correia.
Conception technique : Thomas Cottenet.
Son : Guillaume Pomares.
Maquillages : Marie Chassagne.
Assistant à la mise en scène : Félicien Chauveau.

Du 21 mars 2013 au 21 avril 2013.
Du mardi au samedi à 20 h, dimanche à 16 h.
Théâtre de la Tempête, La Cartoucherie, Paris 12e, 01 43 28 36 36.
>> la-tempete.fr

Vendredi 29 Mars 2013


1.Posté par Valkyrie2502 le 31/03/2013 14:40
Bravo ! Une critique qui donne envie de voir le spectacle !

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.




    Aucun événement à cette date.



À découvrir

Nice Classic Live - Académie internationale d'Été de Nice

Du 30 juillet au 15 août 2020, la troisième édition du Nice Classic Live consacrée aux répertoires classique et jazz sous la direction artistique de Marie-Josèphe Jude se tiendra dans le Jardin des Arènes de Cimiez.

Nice Classic Live - Académie internationale d'Été de Nice
Le concert d'ouverture du 30 juillet "Métamorphoses", en écho à l'exposition au musée Matisse, propose un concert de pianos avec les "Métamorphosis" de Philippe Glass, puis la transcription pour deux pianos et huit mains des neuf symphonies de Beethoven. On y applaudira Claire Désert, Valentina Igoshina, Marie-Josèphe Jude, Michel Béroff, Florent Boffard. À 21 h 30 un concert de jazz sera donné par Pierre Bertrand et la Caja Negra Sextet.

Le jour suivant, Beethoven sera encore à l'honneur avec Olivier Charlier et Marc Coppey ainsi que les pianos de Michel Béroff et Emmanuel Strosser et, à 21 h 30, Jean-Philippe Collard et Patrick Pouvre d'Arvor offriront un concert lecture "L'âme de Chopin". Beaucoup d'autres compositeurs encore, jusqu'au 15 août. Citons Poulenc Tchaikovsky, Barber, Stravinsky, Éric Satie Mozart, Purcell, Ravel, Gershwin et beaucoup d'autres pour le plaisir de réentendre de la musique vivante en live avec les meilleurs artistes du moment.

Christine Ducq
18/07/2020
Spectacle à la Une

Les Échappées Cirque remplacent, durant cet été de déconfinement, le festival "Parade(s)" à Nanterre

Le festival "Parade(s)", qui devait avoir lieu la première semaine de juin, a dû être annulé suite à la crise sanitaire… Mais la ville, l'équipe du festival "Parade(s)" et Les Noctambules - école de cirque et lieu de fabrique des Arènes de Nanterre - ont décidé de programmer en juillet et en août des propositions circassiennes dans les quartiers.

Les Échappées Cirque remplacent, durant cet été de déconfinement, le festival
Ainsi, durant tout l’été, 10 échappées seront accueillies dans le cadre des Terrasses d'été imaginées par la ville de Nanterre dans chaque quartier. Une programmation des arts du cirque et de la rue qui mêle spectacles de danse, numéros de cirque (tissu, trapèze, mât chinois, etc.), impromptus spectaculaires et poétiques, ateliers de jonglage et de sérigraphie… mais aussi espace détente avec transats, jeux d'eau et animations.

Les artistes invités, (en alternance) :
Léonardo Montresor, Christopher Lopresti et Lou Carnicelli, Thomas Trichet, Hervé Dez Martinez et Boris Lafitte (Cie FFF), Iorhanne Da Cunha et Anahi de las Cuevas (Cie l'un Passe), Rocco Le Flem (Cie Iziago), Déborah Mantione (Cie Trat), Laura Terrancle (Cie Femme Canon), Yumi Rigout (Cie Furinkaï), Antoine Helou, Ilaria De Novellis, Atelier de la Banane…
Coordination artistique : Satchie Noro.

Gratuit et ouvert à tous.
De 15 h à 19 h, en continu.

Gil Chauveau
06/07/2020
Sortie à la Une

"Nos films" Faire vibrer le cinéma, même absent, au cœur de nos rêves

Cendre Chassanne, femme de théâtre amoureuse de cinéma, rend hommage au 7e art. À sa manière. En mettant en scène "Nos films" sur un plateau de théâtre quasi vide. Le spectateur est face à un acteur seul sur le plateau éclairé chichement. Un micro et, au lointain, quelques légendes filmiques peu visibles.

Il n'y a pas de ces images animées en contrepoint du jeu. De celles qui fascinent et dispersent l'attention. Ce qui est rare de nos jours… L'acteur se trouve dans la situation commune du spectateur qui, à la sortie de la séance de cinéma, conserve la vivacité de son émotion, son plaisir. Comme un trop-plein de sensations à transmettre.

Sur scène, l'acteur se trouve au point focal, au point neutre, face au public, mis en position de raconter. Sommé en quelque sorte de raconter. La représentation proposée par Cendre Chassanne est celle de la prise de parole. Après coup, après la représentation. Comme si celle-ci devait être réitérée pour mieux exister. Des fragments, des bribes, comme extraites de la projection.

Le projet de Cendre Chassanne prévoit neuf films portés par neuf comédiens en trois trilogies successives qui seront achevées en 2020. La première porte sur la "nouvelle vague" - François Truffaut, Jacques Doillon, Agnès Varda. Trois monologues distincts. Trois témoignages. Trois comédiens différents. Trois pépites théâtrales.

Jean Grapin
21/07/2020