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Théâtre

"La Mouche" Sous la farce sourd la tragédie

Nains de jardin surveillant un parterre d'herbes folles et de radis mêlés. Télé, table pliante et caravane : c'est le lieu de vie de la mère obèse et médisante. Remise en tôle ondulée : c'est là où le fils benêt, gourdiflot, passe tout son temps à bricoler son laboratoire. Ajoutons un chien corniaud et une voisine simplette. Vision familière. La scène se passe aux confins de la ville et des campagnes. La nouvelle de George Langelaan, "La Mouche", est librement (très librement) adaptée à la scène par Valérie Lesort et Christian Hecq.



© Fabrice Robin.
© Fabrice Robin.
La mère (Christine Murillo) manie la tapette à mouche comme maritorne, le fils (Christian Hecq) dandine de tout son être, mais petit génie d'une proto-informatique mène des expériences de téléportation et va au prix de cruelles avanies réussir au-delà des espérances.

La voisine (Valérie Lesort), atteignant un stade de compréhension proche du néant de l'esprit, disparaît dans les électrons, et l'inspecteur de police (Stephan Wojtowicz) menant l'enquête masque son tremblement essentiel sous de petites Suze. Pendant que le fils vire au cauchemar.

Dans cette adaptation, à l'écriture scénique précise, rigoureuse et pleine de brio, la représentation de la rusticité comique de marginaux atteint sa limite pathologique.

L'esthétique, la scénographie, le récit concourent à l'effet théâtre et le jeu avance sans peine, ne perd jamais la maîtrise. En tirant le trait des personnages, les comédiens, fines mouches, font de "la mouche" leur miel, et tirent le spectateur par le bout du nez, installant au passage de vrais caractères… tout en s'amusant intérieurement.

© Fabrice Robin.
© Fabrice Robin.
Durant la représentation, le jeu passe en toute élégance du rire de la farce au réalisme le plus noir et, par petites touches, caresse la science-fiction, tend vers l'horreur évacue le méchant rire du grand-guignol en cours de route jusqu'à la bascule finale. Quasi mythologique.

Assurément les compères ont digéré le bon brouet de "Strip-tease", des Deschiens, des séries B, ils connaissent du bout du doigt la comédie, la farce et drame. Et les pouvoirs de la marionnette…

Et c'est dans la bonne humeur que le spectateur voit apparaître la réalité inquiétante et dramatique de ce couple indestructible : cette mère et ce fils soudés l'un à l'autre, abrutis par la répétition des gestes et des besoins. Ensauvagés. À l'humanité criante… complices jusqu'au sacrifice.

Dans "La Mouche", sous la farce sourd la tragédie. Qui étranglerait le rire, le plaisir si la fin n'intervenait au bon moment. Tout l'Art du théâtre. Tout l'art de la comédie.

"La Mouche"

Librement inspiré de la nouvelle de George Langelaan.
Adaptation et mise en scène : Valérie Lesort et Christian Hecq.
Assistant à la mise en scène : Florimond Plantier.
Avec : Christian Hecq de la Comédie-Française, Valérie Lesort, Christine Murillo, Stephan Wojtowicz.
Scénographie : Audrey Vuong.
Lumières : Pascal Laajili.
Création sonore et musique : Dominique Bataille.
Guitare : Bruno Polius-Victoire.
Costumes : Moïra Douguet.
Plasticiennes : Carole Allemand et Valérie Lesort.
Création vidéo : Antoine Roegiers.
Technicien vidéo : Éric Perroys.
Accessoiristes : Manon Choserot et Capucine Grou-Radenez.
Durée estimée : 1 h 30.
Déconseillé aux moins de 12 ans.

Du 8 janvier au 1er février 2020.
Du mardi au samedi à 20 h 30, samedi à 15 h 30.
Théâtre des Bouffes du Nord, Paris 10e, 01 46 07 34 50.
>> bouffesdunord.com

Tournée

5 au 9 février 2020 : Les Célestins, Théâtre de Lyon (69).
12 et 13 février 2020 : Théâtre d'Esch, Esch-sur-Alzette (Luxembourg).
5 au 7 mars 2020 : La Criée, Théâtre National de Marseille (13).
10 mars 2020 : Espace Jean Legendre (Théâtres de Compiègne), Compiègne (60).
13 et 14 mars 2020 : Le Grand R - Scène nationale, La Roche-sur-Yon (85).
17 mars 2020 : Théâtre municipal Ducourneau, Agen (47).
25 et 26 mars 2020 : La Comète - scène nationale, Châlons-en Champagne (51).
28 mars 2020 : Théâtre, Saint-Maur (94).
31 mars 2020 : L'Avant Seine, Théâtre de Colombes, Colombes (92).
2 avril 2020 : Théâtre des Sablons, Neuilly-sur-Seine (92).
7 au 9 avril 2020 : Espace des Arts - Scène nationale, Chalon-sur-Saône (71).
21 au 25 avril 2020 : Théâtre, Namur (Belgique).
29 avril au 9 mai 2020 : TKM - Théâtre Kléber-Méleau, Renens (Suisse).
20 et 21 mai 2020 : Palais des Beaux-Arts, Charleroi (Belgique).

Jean Grapin
Mardi 28 Janvier 2020

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"La petite fille de monsieur Linh" Tenter de donner une raison à la vie… à l'exil

Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

De la guerre, de la fuite, de l'exil peut naître la folie. Lorsque l'on a vu sa famille, tous ceux que l'on aime se faire tuer, quand on a tout perdu, perdre la raison peut devenir un refuge, un acte de survie, une tentative désespérée de renaissance en s'inventant une nouvelle histoire…

Guerre, mort, fuite inéluctable pour un espoir de survie, triviale association caractérisant chaque jour toujours plus notre monde… Bateau, exil, nouvelle contrée inconnue, centre d'hébergement, accueil pour vieil homme et petite fille. Pays nouveau, pays sans odeur, sans les odeurs colorées et épicées de son Asie natale, peut-être le Vietnam ou le Cambodge.

Tout commença un matin où son fils, sa belle-fille et sa petite fille s'étaient rendus dans les rizières. Cette année-là, la guerre faisait rage. Ils sont tués durant leur travail. Tao Linh récupère sa petite fille, Sang diû (Matin doux) 10 mois - elle a les yeux de son père (son fils), dit-il - et entreprend une épuisante traversée, à l'horizon une terre occidentale. Apprivoiser ce nouveau pays, ces gens inconnus, cette promiscuité dans ce centre d'accueil pour émigrés. Puis, au bout d'un moment, se résoudre, se décider à sortir pour découvrir cette ville qui l'accueille.

Dans un parc, assis sur un banc, et l'arrivée de monsieur Bark. Premier contact, et les prémices d'une nouvelle amitié. Ils parlent de leur femme (mortes). Parle de la guerre, celle à laquelle a participé Bark dans le pays de Linh. Bark l'invite au restaurant, lui offre un cadeau, une robe pour la petite. Tao Linh va être déplacé mais dans la même ville. Se retrouve dans une chambre… Enfermement…

Gil Chauveau
09/09/2020
Spectacle à la Une

"Les Dodos" Virtuoses aux agrès comme aux guitares… pour des envolées poétiques et musicales, sensibles et rebelles !

Quel point commun peut-il y avoir entre un dodo, gros oiseau incapable de voler - et plutôt maladroit - et un acrobate ? L'inconscience naïve pour le premier, qui le conduisit à sa disparition, l'inconscience maîtrisée - avec une peur raisonnée pour la sécurité - qui le mène vers le spectaculaire et la performance virtuose pour le second... C'est en résumé l'étonnante création de la compagnie Le P'tit Cirk qui s'articule autour de la musique et de l'envol avec la guitare comme partenaire privilégié, instrument musical ou agrès des plus surprenants !

Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

Gil Chauveau
17/09/2020
Sortie à la Une

"Cabaret Louise" Cabaret foutraque et jouissif pour s'indigner encore et toujours !

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
31/08/2020