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Théâtre

L'histoire haletante d’un périple amoureux interdit à la fin de la seconde guerre mondiale

"Vaterland, le pays du père", Théâtre de l’Aquarium, Paris

Un récit d’images et de fragments du passé reconstruits sur la dualité du sentiment d’abandon et de recherche d’un père inconnu. Une frontière érigée entre la France et l’Allemagne, la seconde guerre mondiale en toile de fond avec ses hommes et ses femmes, civils et militaires qui se croisent sans se voir dans une ville de province. Un voyage dans une Allemagne séparée par un mur, d’un côté la liberté rock 'n' roll, et de l’autre côté l’influence pesante du régime soviétique.



© Thomas Faverjon.
© Thomas Faverjon.
Jean-Paul Wenzel ne pouvait pas donner meilleur titre à ce texte qui confronte la France et l’Allemagne, distanciées par une frontière et deux cultures, et dont l’histoire dans les manuels scolaires s’apprend avec la chronologie des conflits qui ont écrits la grande Histoire du monde et des hommes.

"Vaterland, le pays du père", un voyage initiatique dans la mémoire collective des années quarante aux années quatre-vingts et deux mille.

1944, Wilhelm, jeune soldat de la Wehrmacht passe ses journées à patrouiller dans les rues de Saint-Étienne. Un soir, il remarque la présence d’une belle jeune femme, Odette. Sans la connaître, il en tombe éperdument amoureux. Mais son statut de soldat de l’armée allemande l’incommode pour l’aborder. Aussi, n’hésite-t-il pas à dérober les papiers d’identité de Louis Duteil, son ami local. Un jour, Wilhelm s’éclipse, Odette se retrouve seule avec Jean, leur fils. Henri, le frère de Louis, apprend par hasard l’usurpation d’identité de son frère et bat les routes pour retrouver l’imposteur. Jean, guitariste dans un groupe de rock, profite d’une série de concerts Outre-Rhin pour rechercher ce père dont il n’a aucun souvenir.

© Thomas Faverjon.
© Thomas Faverjon.
La mise en scène de Cécile Backès, un espace ouvert en trois dimensions, un premier volet en 1944, un second en 1982 et un dernier en 2008. Récit théâtralisé en version feuilleton, les pans de l’histoire se font et se défont à la vitesse de défilement des images sur les toiles tendues. Lesquelles invitent à suivre les protagonistes dans la quête de l’inconnu. L’infini devient la ligne de conduite de Henri et de Jean, deux hommes de nationalité différente, deux destins qui n’auraient jamais dû se rencontrer.

Cécile Backès a travaillé le montage de la pièce dans l’esprit d’écriture de Jean-Paul Wenzel. Quelques soient les époques mises en situation, il en découle à chaque fois des faits marquants et l’homme en est toujours au cœur. De la seconde guerre mondiale aux deux Allemagnes, il y a les hommes qui dominent le monde et des hommes qui le construisent avec leur conviction, leur force et leur volonté.

Dans cette pièce, les personnages se déclinent au démonstratif. Anonymes, ils étaient en 1944, anonymes, ils sont en 1982 et en 2008. Leur existence se résume à la nécessité de connaitre celui qui a fait le mal et celui qui a disparu. Des routes se profilent comme sur un carnet de voyages, le crayon s’apparente au destin et esquisse des contours et des horizons où se mêlent des individualités, des intimités et des solitudes.

© Thomas Faverjon.
© Thomas Faverjon.
À la puissance du texte répliqué avec les intonations des jeunes comédiens, la guitare libère des airs de rock et insuffle à la pièce une dynamique articulée à coups de cordes grattées et d’expressions dégagées des visages et des corps.

Vaterland s’écoute avec la transmission des émotions diffusées par les personnages et se lit à scène ouverte car l’intelligence associée à la subtilité de la création technique l’autorisent.

Les comédiens s’emparent de leur rôle avec une énergie qui leur appartient et révèle le potentiel graphique qui s’accorde à la scénographie. Leur jeunesse efface les lacunes de leurs aînés et ils incarnent le renouveau, l’espoir et la confiance de l’homme en l’homme. Qui n’a jamais fauté sans porter préjudice à ses semblables ?

Cécile Backès authentifie le texte de Jean-Paul Wenzel en y apportant son expérience de femme de théâtre, laquelle soutenue par Nathan Gabily, Cécile Gérard, Martin Kipfer et Maxime Le Gall subtilisent le temps au temps pour le restituer au présent avec la générosité artistique qui les distingue.

"Vaterland, le pays du père"

Texte : Jean-Paul Wenzel avec la collaboration de Bernard Bloch.
Version scénique et mise en scène : Cécile Backès.
Assistant à la mise en scène : Cécile Zanibelli.
Scénographie : Antoine Franchet.
Avec : Nathan Gabily, Cécile Gérard, Martin Kipfer et Maxime Le Gall.
Avec les voix off de : Andrea Schieffer et Jutta Wernicke, Nathalie Lojek, Slimane Yefsah, Richard Sammel, Igor Mendjisky, Anne Canovas, Werner Kolk, Frédéric Schulz-Richard, Olivier Bernaux.
Réalisation des images : Simon Backès.
Conseil artistique germanophone : Andrea Schieffer.
Création son et vidéo : Juliette Galamez, assistée de Stéphan Faerber.
Lumières : Pierre Peyronnet.
Costumes : Céline Marin.
Durée : 1 h 45.
Le texte est publié aux Éditions Théâtre Ouvert, collection "Enjeux".

Du 27 février au 16 mars 2014.
Du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche 16 h.
Théâtre de l’Aquarium, La Cartoucherie, Paris 12e, 01 43 74 72 74.
>> theatredelaquarium.net

Philippe Delhumeau
Lundi 3 Mars 2014

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Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

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"Cabaret Louise" Cabaret foutraque et jouissif pour s'indigner encore et toujours !

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

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