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Théâtre

L'amour, l'argent et le pouvoir : trois composantes représentant l'indéfectible condition humaine

"Un mari idéal", À la folie théâtre, Paris

Dans cette pièce du célèbre auteur irlandais, on voit évoluer sur scène des personnages qui interprètent des rôles, qui se font passer pour ce qu'ils ne sont pas, qui jouent la comédie. Enchaînant les cachotteries et les malentendus, le texte pointe du doigt les apparences souvent trompeuses dont la société bourgeoise anglaise s'accommode sans remords. Satire sociale, ce texte met à mal l'institution politique et celle du mariage.



© DR.
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Gertrude Chiltern voue à son mari un amour admiratif. Elle adore cet homme qui s'est fait son propre nom, sa propre place dans le monde de la politique. Sir Robert Chiltern est un mari dévoué et fidèle, un homme intègre et honnête. Jusqu'au jour où Olivia Cheveley, une femme à la moralité douteuse, lui demande un service qu'il ne saurait refuser, sans quoi elle dévoilera une information qui ruinera la carrière et détruira le couple du réputé secrétaire d'État. L'homme se trouve piégé. Choisira-t-il de respecter ses valeurs et de rester éthique ou de sauver sa position ainsi que son mariage ? Ici la morale fait front à l'intérêt personnel.

"Un mari idéal" dénonce la suprématie de l'argent, le recours au chantage pour arriver à ses fins, la recherche de gloire au risque de s'oublier soi-même, les mensonges… Et, en fond de toile, l'amour. L'amour décliné sous bien des façons, l'amour adapté à chacun des caractères. L'amour de l'être admiré, l'amour de l'être désiré, l'amour amical, l'amour parental…

Cette pièce dénonce le combat qui existe entre la volonté de préserver son identité et celle de s'intégrer à la société. Oscar Wilde écrit celle-ci en 1895 mais le texte classique résonne de modernité. Les thèmes abordés sont ancrés dans la réalité. Les époques changent mais les êtres restent les mêmes.

© DR.
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Les comédiens sont touchants de sincérité, brillants de simplicité. La comédienne qui incarne Miss Mabelle Chiltern brille par sa beauté et son ingénuité. Le personnage de Lord Arthur Goring nous fait rire à coups de sarcasme et de cynisme. On déteste la détestable Olivia Cheveley, hautaine, froide et égoïste. Mais on se surprend à éprouver de la compassion lorsque la femme malhonnête tombe le masque et révèle l'amoureuse blessée. On a du mal à faire la part entre le comédien et le personnage tant le jeu sonne juste. Il n'a rien d'exceptionnel, il se veut seulement naturel.

Les costumes sont élégants, le décor présent mais sobre. Nous sommes tout d'abord dans le salon des Chiltern puis dans celui de Lord Arthur. Les comédiens permettent la transition entre les deux lieux dans l'obscurité et la discrétion. Il est agréable d'avoir des meubles et des objets sur lesquels les yeux peuvent se reposer ; dans cette pièce nul besoin d'imaginer. La mise en scène n'est que l'accompagnement de la trame narrative : elle ne l'estompe pas, ne l'alourdit pas mais l'accompagne avec retenue. Ici pas de jeu de lumière démesuré, de jeu d'acteur exacerbé, de mise en scène surestimée. L'intrigue se suffit à elle-même.

"Un mari idéal"

© DR.
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Texte : Oscar Wilde.
De : Cathy Guillemin.
Avec : Aurélie Campovecchio, Édouard Licoys, Laure Loaëc, Audrey Morin, Cédric Obstoy, Maxime Seynave.
En alternance avec : Justine Arcache, Isabelle Duvernois, Vincent Germain, Pavlina Novotny, Maxime Seynave, Oscar Voisin.
Compagnie Comme c'est bizarre.
Durée : 1 h 15.

Du 29 juin au 29 juillet 2017.
Mercredi et vendredi à 21 h, jeudi et samedi à 19 h 30.
À la folie théâtre, Paris 11e, 01 43 55 14 80.
>> folietheatre.com

Ludivine Picot
Mardi 11 Juillet 2017

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© Alexandre Pupkins.
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J'ai peur de ne pas renouveler mes droits… Eux en ont la certitude

Je suis intermittente du spectacle. Ce n'est pas mon métier, mon métier, c'est comédienne. Intermittente, c'est juste mon régime d'indemnisation du chômage. C'est aussi une pratique d'emploi : je travaille à la mission, souvent avec des contrats très courts, pour différents employeurs. D'où un régime d'indemnisation adapté.

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J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

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