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Théâtre

"L'Avant-dernier des Hommes"… Au carrefour du théâtre et du rêve, des mots et du langage, l'énigme du plaisir recouvre tout

"L'Avant-dernier des Hommes", Le Lavoir Moderne Parisien, Paris

Lorsque Claude Merlin entre en scène, joignant tout son être au geste, quitte la lecture silencieuse d'un livre, extirpe d'un havre-sac tout un fatras innommable d'hétéroclites fragments d'objets sans nom, en en faisant un tas instable et informe, il semble s'extraire d'une gangue…



© Véronique Boutroux.
© Véronique Boutroux.
Celle d'un homme sans particularité. Le comédien, déjà personnage, semble atteint d'un profond état d'ébahissement. Déjà malicieux. Enclin à transmettre. Il est bien cet avant-dernier des hommes de Valère Novarina. Pas le dernier, car rien n'est désespéré. Pas le premier, car l'homme sait déjà la saveur et le spectateur aussi. Dans "L'Avant-dernier des Hommes", il est question d'une naissance en commun. Une connaissance. Celle des mots. Du langage. De l'expression.

Dans le même temps, qui voit se vider le sac dans une forme de confusion primordiale, Claude Merlin lance le moulin à paroles et du désordre des mots, des sons, des sensations mouline du sens. Guide cet être pétri d'argile que nous sommes tous, cet homme fait de matière qui retournera à la matière, cet homme ayant le pouvoir de discerner, de nommer ce qui est jeté devant lui. Ces objets qu'il a le pouvoir de désirer, de rejeter.

Et dans les sons prononcés, de s'émerveiller de leur goût, de l'ajustement du mot et de la chose. L'homme a le pouvoir de rêver le monde et de le créer par les mots. De voyager immobile. De jouer. L'homme est à la parade.

© Véronique Boutroux.
© Véronique Boutroux.
En grand comédien, Claude Merlin habite le corps-texte, le tisse, le rend sensible par la variation des formes, des accents, des phonèmes. Il glisse d'un territoire à l'autre jusqu'au point de partage des sensibilités, suggère à l'unisson de l'auteur que l'on peut s'approprier toutes les parts maternelles des langues comme autant d'espaces poétiques, autant de voyages au cœur de l'étonnement.

Celui d'Adam découvrant ce qui vibre autour de lui, trouvant la manière de relier l'objet à la liberté de le nommer, de créer un imaginaire en relation avec le réel. Son environnement d'homme en autant de mots qu'il est nécessaire.

Le spectateur accompagne le comédien et l'auteur, suit la trace qui lui est indiquée jusqu'au carrefour du théâtre et du rêve. Combien de mots pour désigner la neige dans les pays des neiges? L'énigme du plaisir recouvre tout le spectacle.

"L'Avant-dernier des Hommes"

© Enguerand.
© Enguerand.
Texte : Valère Novarina.
Mise en scène : Claude Buchvald.
Avec : Claude Merlin.
Lumière : Yves Collet.
Durée : 1 h.

Du 21 novembre au 1er décembre.
Mercredi au samedi à 20 h 30.
Le Lavoir Moderne Parisien, Paris 18e, 01 46 06 08 05.
>> lavoirmoderneparisien.com

Jean Grapin
Jeudi 29 Novembre 2018

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