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Théâtre

"L'Alchimiste" Un bien joli voyage théâtral !

Dans une création théâtrale du célèbre roman de Paulo Coelho, le metteur en scène comédien Benjamin Bouzy réussit à créer, dans une simple mais belle scénographie, un voyage autant intérieur qu'extérieur de Santiago, en quête de sa vérité, qui découvre le monde avec ses secrets, ses trésors et ses surprises.



© Matthieu Lionnard.
© Matthieu Lionnard.
C'est le mariage d'un conte philosophique, celui de "L'Alchimiste" ("O Alquimista", 1988) de Paulo Coelho et du théâtre, mis en scène par Benjamin Bouzy. À la recherche de sa légende personnelle, pour reprendre les termes de l'auteur brésilien, avec son langage du cœur, ses signes et à la découverte de l'âme du monde, le berger andalou Santiago (Benjamin Bouzy) nous mène du Maroc vers les pyramides d'Égypte en passant par le Sahara. C'est un véritable concentré de poésie et d'actions.

La voix claire, sans tension durant toute la représentation, Santiago porte avec lui le "mektoub", à savoir "ce qui est écrit" comme un parfum de fatalité plein d'espoir. Bien avant qu'il réalise ce que c'est réellement, il l'habite avec quiétude et parfois inquiétude dans les multiples événements qu'il vit. Sa voix, durant ceux-ci, fait l'écho d'une certaine fragilité à la fois poétique et naïve.

L'histoire est racontée au fil de l'eau par deux conteurs, Myriam Anbare et Fabien Floris, qui jouent aussi, à eux deux, tous les autres rôles. Seul Benjamin Bouzy reste dans son personnage. Cette découpe entre conte et actions, récit et situations donnent à la pièce une double dimension avec la parole et l'écrit, le théâtre et le roman. Les actions s'enchaînent dans des tableaux avec, pour chacun, leur décor et leur ambiance. Nous sommes ainsi projetés dans un ailleurs situé dans plusieurs lieux avec un récit qui se décline sous différentes conjugaisons.

© Matthieu Lionnard.
© Matthieu Lionnard.
C'est un présent qui s'attache au futur pour se nourrir d'un passé, celui d'un retour à soi-même afin que le protagoniste principal puisse découvrir sa propre légende personnelle. Ce sont également des émotions, des sentiments qui s'entrelacent, s'entremêlent dans une kyrielle de figures. Les voix, les accents, les regards, les attitudes, tout est différence. Le même et l'identique ne sont pas conviés car bousculés autant par les lieux que par les personnages. C'est à chaque fois différent même si une atmosphère chaleureuse, colorée et vive, venue de ces ailleurs ensoleillés, respire dans chaque tableau.

Ce voyage, autant intérieur qu'extérieur, du berger andalou est la trame de cette création théâtrale, en miroir à celle du roman. Les paysages, sous la chaleur autant orientale que Maghrébine, sont très bien restitués dans leurs atmosphères. La scène, aussi petite soit-elle, devient l'endroit de rencontres et de découvertes, parfois improbables. Elle devient le lieu d'une transformation toujours multiple avec peu d'éléments pour en faire des mondes variés. Les décors sont très bien imaginés avec ses parfums colorés et odorants. Il y a la senteur d'un feu où sont retirées des pierres chaudes et d'or, des signes portés par deux pierres, blanche et noire, un voile qui se lève pour s'abaisser à plusieurs reprises afin de planter de nouveaux décors ou pour faire disparaître l'Alchimiste.

© Matthieu Lionnard.
© Matthieu Lionnard.
Tout est léger, aérien avec peu de moyens, mais très bien réussi. Quelques caisses de bois font office de tables, de rangements avec des verres de cocktail parfois. Il y a toutefois une faute de goût scénographique lorsque trois draps, en forme de triangles plats de même dimension, représentent les pyramides de Gizeh. Le manque d'inspiration a commis un petit crime en s'évitant de faire preuve d'ingéniosité cette fois-ci, surtout pour une des sept merveilles du monde antique avec la pyramide de Khéops.

Myriam Anbare incarne de multiples rôles. Celle d'une Anglaise, d'une conteuse, d'une femme habillée de son long châle dans le désert, semblant prise d'amour, d'une cliente volubile et nerveuse dans un salon de thé, d'une voleuse ou d'une gardienne droite et stricte plantée devant la tente de l'Alchimiste (Fabien Floris). Elle scintille, comme un arc-en-ciel, de différentes couleurs. Tendre, hilare, amoureuse, son jeu oscille entre différents états alimentés par un large spectre émotionnel.

De même, Fabien Floris incarne également différents rôles dans une tension continuelle et dans un rapport frontal et physique. Du marchand ou de l'Alchimiste, par exemple, son jeu est tout aussi nerveux même si les attitudes et le volume de voix ne sont pas les mêmes.

© Matthieu Lionnard.
© Matthieu Lionnard.
Cette dichotomie entre les deux artistes dessine une frontière entre le réel et l'imaginaire, comme si les caractères joués par Fabien Floris bousculaient la poésie ou la quiétude de certains autres, joués par Myriam Anbare. Pour citer Camus (1913-1960), "Il n'y a pas de soleil sans ombre" comme il n'y a pas de rêve sans réalité, ou de quête vers sa légende personnelle sans songes et embûches. Cet entrecroisement mêle ainsi drame et amour, accident et espoir, impasse et escapade au travers des corps et des voix des uns et des autres.

Quand les deux comédiens deviennent narrateurs chacun à tour de rôle, c'est un regard extérieur qui s'exprime. Leurs voix deviennent claires, dépouillées de toute tension. La narration est élément de stabilité et de calme comme une veille, un repos ou une lucidité. Avec le jeune berger, à la découverte du monde et de lui-même, ce sont trois types d'incarnation qui s'entrecroisent et se fondent, donnant au spectacle des couleurs aussi vives que variées où la monotonie et l'ennui ne peuvent trouver d'accueil dans cette création.

"L'Alchimiste"

© Matthieu Lionnard.
© Matthieu Lionnard.
Texte : Paulo Coelho.
Traduction : Joana Cartocci.
Mise en scène : Benjamin Bouzy.
Avec : Roxanne Bennett ou Myriam Anbare, Guillaume Reitz ou Benjamin Bouzy, Fabien Floris ou Kevin Poli.
Costumes/scénographie : Cécilia Galli.
Visuel : Matthieu Lionnard.
Lumières : Cyrille Coe.
Production Cie Les Vagabonds.
Durée : 1 h 20.
>> cielesvagabonds.com

Du 24 août au 9 octobre 2022.
Du mardi au samedi à 19 h, dimanche à 15 h 30.
Rencontre avec l'équipe artistique le 30 septembre à l'issue de la représentation.
Théâtre Le Lucernaire, Paris 6e, 01 45 44 57 34.
>> lucernaire.fr

© Matthieu Lionnard.
© Matthieu Lionnard.

Safidin Alouache
Mardi 6 Septembre 2022

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© Les Joues Rouges.
Boris Vian (1920-1959), l'homme aux mille qualités artistiques et aux mille vies. Scientifique, démarrant sa vie professionnelle à l'AFNOR (Agence Française de NORmalisation), musicien, écrivain, nouvelliste, chroniqueur, chanteur, poète, dramaturge, critique musical, directeur artistique, Satrape du collège de Pataphysique, il a touché, marqué et influencé différents domaines de l'art. Grand animateur de Saint-Germain-des-Prés où il a été l'un des premiers musiciens du célèbre Tabou, il avait pour passion le jazz et a joué un moment en tant que trompettiste dans le groupe de Claude Luter (1923-2006). Il a influencé des artistes comme Gainsbourg (1928-1991) par ses compositions et ses interprétations. Sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, il a écrit aussi des romans, de type américain, dont le plus connu, "J'irai cracher sur vos tombes" (1946), lui a valu autant la célébrité que les ennuis fiscaux.

Mettre en scène un roman est toujours un exercice de réécriture et celui que la troupe "Les Joues Rouges" effectue de "L'Écume des jours" (1946) donne à l'œuvre une lecture théâtrale vive, condensée et musicale. Le roman a eu une reconnaissance tardive, bien après la mort de l'écrivain et bien qu'il ait eu l'appui de Raymond Queneau (1903-1976) et de Jean-Paul Sartre (1905-1980) lors de sa parution. Il a été écrit très rapidement, de mars à mai 1946. C'est une histoire d'amitiés, de désirs, d'amours, de maladie, de mort, de solitude et de couples autour, entre autres, de Chloé (Lou Tilly) et Colin (Ethan Oliel), de Chick (Stéphane Piller) et Alise (Aurore Streich).

Safidin Alouache
04/08/2022
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Safidin Alouache
06/09/2022
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Gil Chauveau
21/09/2022