La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Festivals

Jazz à la Villette… un pur délice musical !

Deuxième excursion dans ce festival qui, pour sa dix-huitième édition, a donné aussi rendez-vous au pianiste Benoît Delbecq et au saxophoniste Joshua Redman. En une même session et durant deux concerts, deux styles de jazz ont cohabité en pleine Philharmonie où les habits du talent et de la création ont été portés avec élégance.



Joshua Redman au North Sea Jazz © Rupert Parker.
Joshua Redman au North Sea Jazz © Rupert Parker.
Ce 31 août, le festival se poursuivait avec Benoît Delbecq. Pianiste très créatif, reconnu et respecté, travaillant sur des projets artistiques autant dans les domaines théâtraux, littéraires, poétiques, cinématographiques que dans la danse, il utilise la technique du "piano préparé" chère à John Cage (1912-1992) pour en altérer le son. Ce dernier le faisait en plaçant des percussions, Delbecq apporte sa touche personnelle à l'aide de bois et de gomme.

L'atmosphère des compositions est parfois presque étrange avec des notes au piano qui semblent se perdre, à dessein, pour redonner ensuite un souffle à la mélodie. L'instrument est souvent d'appui, donnant le "la" de façon discrète. Le quartet, créé en 2016, est composé des brillantissimes Mark Turner au saxophone ténor, John Hebert à la contrebasse et Gerald Cleaver à la batterie, dont le premier album "Spots on fire" est sorti en 2018. C'était la première fois qu'ils se produisaient ensemble sur scène.

La tonalité est parfois presque métallique, une ambiance dans laquelle la contrebasse s'inscrit, avec un jeu sur les cordes fortement appuyé. En relais, la batterie joue de façon continue des toms et des cymbales donnant un sentiment de tournis, comme une vague musicale qui emporte tout sur son passage. C'est ainsi un mélange de sonorités à la fois aigües et graves que Benoît Delbecq marie.

Benoit Delbecq (2007), avec Ambitronix © Christophe Alary.
Benoit Delbecq (2007), avec Ambitronix © Christophe Alary.
En deuxième partie, ce fut au tour de Joshua Redman qui développa différents solos s'enchaînant, dont le jeu au saxo est associé à la contrebasse de Scott Colley faisant du tapping ou attaquant les cordes à l'archet. Les envolées sont à la fois subtiles et nuancées, à la sonorité presque légère, comme aérienne, descendant aussi dans les graves. Un vrai bonheur de son et de technicité.

À la batterie, Dave King enchaîne des solos rapides dans des envolées où les percussions sont en accompagnement, en base de la ligne mélodique. C'est du jazz dans la plus pure tradition avec ses chorus qui s'enchaînent les uns aux autres tel un carrefour musical où aucune priorité n'est donnée à un musicien. C'est un groupe, un orchestre, un ensemble qui est dans une même tonalité avec des attaques et peu de ruptures. Une harmonie existe autour d'une trame dans laquelle les instruments à vent et à cordes sont joués dans des chorus de façon enchaînée. Les reparties jouées, des uns et des autres, donnent une cohérence tonale à l'ensemble.

Au cornet à pistons de Ron Miles, le son est souvent doucereux et hoquète parfois à dessein comme en écho d'une trachée légèrement enrouée, celui-ci pouvant aussi basculer vers une tonalité beaucoup plus grave. Nous sommes presque dans un jeu théâtral avec un instrument qui devient organe.

Joshua Redman © Ray Blakesberg.
Joshua Redman © Ray Blakesberg.
Habillé en costume, la cravate autour du cou, Joshua Redman, considéré comme l'un des meilleurs saxophonistes de sa génération, joue de magnifiques chorus, en digne héritier de son père Dewey Redman (1931-2006), en faisant sortir des sons légèrement saccadés, s'amusant à s'aboucher avec son saxophone, mimant la situation. Le jazz devient jeu, un jeu dans lequel la maîtrise technique s'allie à une sonorité poétique de grande élégance. Un vrai délice.

"Jazz à la Villette"
Du 29 août au 10 septembre 2019.
Parc de la Villette, Grande Halle, Cité de la Musique et Philharmonie,
Paris 19e, 01 40 03 75 75 et 01 44 84 44 84.
>> jazzalavillette.com

Samedi 31 août
Benoît Delbecq 4

Benoît Delbecq - piano,
Mark Turner - saxophone ténor,
John Hébert - basse,
Gérard Cleaver - batterie.

Joshua Redman - "still dreaming"
Joshua Redman - saxophone,
Ron Miles - cornet à piston,
Scott Colley - basse,
Dave King - batterie.

Safidin Alouache
Vendredi 6 Septembre 2019

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives








À découvrir

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine

Ça commence limite "foutage de gueule", genre numéro de cirque en guise d'attraction préambulaire… Après le combat de catch de nains, pourquoi un match de foot féminin pour ouvrir la kermesse annuelle du journal L'Union à Reims ! Sauf que… les choses vont prendre une tournure inattendue… Avec une coupe du monde à la clé ! C'est la nouvelle et formidable histoire de femmes que nous racontent Pauline Bureau et sa compagnie.

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine
Reims, été 68. Dans la perspective d'un événement footballistique important, coach et cadres de l'équipe locale cherche une attraction en préambule de la confrontation sportive… Et pourquoi pas des femmes courant après un ballon, c'est original et rigolo, du jamais vu !* Des filles sur un terrain de foot, voilà un divertissement apte à régaler les mâles… majoritaires sur les gradins.

S'ensuit un appel à candidates qui, à la grande surprise de l'initiateur (Nicolas Chupin), répondent présentes. Mais son étonnement est total quand il les voit taper dans le ballon ; et jouer avec enthousiasme, aisance, rapidité et une immense liberté, sans retenue. Elles ont entre 16 et 32 ans, venant d'horizons différents, et sont bien décidées à faire de cette mauvaise plaisanterie divertissante l'aventure de leur vie.

Et, ici, Pauline Bureau nous rappelle que l'histoire du football féminin est indissociable de l'évolution de la société et de ses luttes. Femmes footballeuses, femmes ouvrières, l'un peut être l'échappatoire de l'autre, enquête historique, en quête d'histoire… Plusieurs aspects de la condition de la femme sont abordés, montrés. Et dans les années soixante, de la famille à l'usine, les exemples ne manquent pas, actualités sociales sur fond de rendement à la chaîne, de taux horaires, flagrantes et énormes disparités de salaires entre les hommes et les femmes (ça a changé ?), etc.

Gil Chauveau
06/12/2019
Spectacle à la Une

"Le Pas Grand Chose" Un regard de côté pour illuminer le monde

Subvertir la pensée commune par des postures intellectuelles radicales, propres à faire passer ce pseudo conférencier circassien pour un autiste Asperger des plus performants, semble le crédo existentiel de cet artiste hors normes. Par le biais de son regard décalé, il recrée sous nos yeux un monde fabuleux, enchantant notre imaginaire et stimulant nos neurones assoupis.

Johann Le Guillerm, dès son apparition sur le plateau, poussant une improbable carriole-bureau à tiroirs, en impose. Son costume, sa cravate, sa tresse impeccable, sa voix monocorde… tout en lui dégage une inquiétante étrangeté mâtinée d'une sérénité au-dessus de tout soupçon. Comme si cet homme d'un autre temps, d'une autre époque, avait accumulé dans les plis de son être un savoir qui nous faisait défaut, nous les prisonniers de la caverne platonicienne condamnés à ne voir en toutes choses que le pâle reflet de nos vies formatées.

"Est-ce que quelqu'un dans la salle pourrait m'indiquer le chemin qui n'irait pas à Rome ?"… Dès sa première adresse au public, le ton est donné : si quelqu'un d'aventure, fort de ses nouveaux savoirs, s'était égaré là, conforté dans l'idée que la terre est ronde (suprême révélation datant d'à peine cinq cents ans) et que l'homme n'est pas maître en sa demeure (Freud, et la découverte de l'inconscient au début des années 1900), il pourrait illico "battre en retraite". Copernic, Galilée, Freud n'ont fait qu'ouvrir la voie… à nous de la poursuivre.

"La science de l'idiot" chevillée au corps, Johann Le Guillerm va faire exploser littéralement le prêt-à-penser confortant des idées manufacturées, fussent-elles actualisées, dupliquées à l'envi par la nécessité d'une reproduction sociale garante de l'ordre décliné par le savoir officiel. Penser autrement le monde, c'est ce qu'il fut amené à faire, d'abord à son corps défendant. Diagnostiqué enfant dys+++ (dyslexique, dysorthographique, etc.), il fut conduit à la rébellion de l'esprit en dessinant d'autres épures. Réflexe de survie.

Yves Kafka
21/12/2019
Sortie à la Une

"À mon bel amour"… Urbain, classique, éclectique et artistique

C'est sous le prisme des danses urbaines, contemporaine et classique que la chorégraphe Anne Nguyen interroge les identités au travers du corps et de son rapport à l'espace où le waacking, le popping, le voguing, le locking et le krump portent leurs signatures au détour de pointes, de balancés, de lock et de bounce.

Noir sur scène, puis un groupe se détache dans une lumière tamisée qui vient dessiner les creux de leurs silhouettes. La musique démarre à un rythme effréné. Au début, tout est homogène, ils forment une seule et même entité dans une intimité qui est balayée par le tempo musical. Comme un pied-de-nez à la sensation scénique d'un sentiment intime qui s'extériorise violemment.

À tour de rôle, comme une réminiscence des années soixante, soixante-dix, quatre-vingt, le waacking, le popping, le voguing, le locking, le krump, en appui des danses contemporaine et classique, apparaissent autour d'un socle artistique commun dans lequel chacun vient se nourrir au même humus. Des différences ? Oui, bien sûr, dans le tempo, la gestique, le rapport au corps, à la scène et à l'autre, mais tout ceci puise dans un même objectif, celle de faire communiquer une sensation, un état d'âme, une volonté farouche ou timide de montrer quelque chose sur le plateau, un ce je-ne-sais-quoi qui fait de l'artiste un buvard aux émotions qui a besoin, pour notre plus grand plaisir, de s'épancher.

Safidin Alouache
10/12/2019