La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Ils ne vécurent pas heureux et n'eurent pas beaucoup d'enfants

"Trois", Théâtre Darius Milhaud, Paris

C'est l'histoire d'un homme et d'une femme et d'un homme. C'est une histoire d'amour. Ou plutôt d'amours. Lise, Adam et Paul vivent tous les trois ensemble et ils s'aiment. D'un amour différent chacun, ça ils le comprennent bien, personne n'aime de la même façon ; mais ils s'aiment et c'est bien tout ce qui compte. Peu importe les regards extérieurs, les jugements des autres. Ils sont tous les trois.



© DR.
© DR.
"Tu prends toute la place dans le lit, j'ai mal dormi", "L'appartement est trop petit, emménageons dans un plus grand", "Mettons notre photo ici, tout le monde accroche des photos de famille, nous sommes une famille", "Nos enfants…". Ce sont les mêmes reproches, les mêmes envies, le même langage par lequel s'exprime ce "trouple", les mêmes préoccupations que les autres couples. Cléo Dangoin choisit ici de mettre en scène la force du sentiment amoureux d'une façon certes peu conventionnelle au premier abord, mais non moins authentique.

C'est l'histoire d'un homme et d'une femme et d'un homme qui se racontent et nous racontent leur histoire. On assiste aux premières rencontres, aux souvenirs enfouis et aux secrets cachés. "Trois" nous montre la vie quotidienne des amoureux, leurs craintes, leurs disputes, leurs joies. Les personnages sont merveilleux, la mise en scène et l'écriture s'accordent à le dire. Le récit est beau et serein. Mais l'un des trois sera subitement rattrapé par son passé, ce qui changera le cours de la vie de tous.

© DR.
© DR.
La salle du théâtre Darius Milhaud, qui accueille sur sa scène le jeune trio, a la singularité de disposer d'une extension de cette même scène. L'espace de jeu n'est pas seulement limité à la partie face au public, mais il se prolonge également sur le côté, et offre la possibilité de jouer sur deux espaces temporels différents. Une sorte d'avant et d'après. L'avant, c'est le temps de l'amour paisible et heureux. L'après manifeste les difficultés qu'il y a à avancer dans toute relation, les choix divergents, les envies différentes… Mais même l'après ne peut s'empêcher de se retourner sur le passé.

Nous n'assisterons pas à une belle histoire d'amour qui dure toujours. Mais nous serons témoins de sentiments qui durent longtemps. Même si on y résiste, ils persistent… Dans une mise en scène simple et naïve, qui retranscrit parfaitement l'ambiance dans laquelle les personnages avancent tous trois, nous nous attacherons au caractère de chacun.

Les comédiens sont pleins de sincérité et de douceur. Les regards qu'ils s'adressent les uns aux autres sont emplis d'une tendresse infinie ; leurs gestes, leurs paroles traduisent l'affection qu'ils ont les uns pour les autres. Alors même si cela a une fin, on se laisse porter par ce petit conte plein de bienveillance.

"Trois"

© DR.
© DR.
Texte : Cléo Dangoin.
Mise en scène : Cléo Dangoin.
Avec : Thierry Garnier, Louise Emma Morel, Romain Valembois.
Assistante de projet : Noémie Briand.
Composition : Zacharie Dangoin.
Costumes : Florence Domenger.
Création lumière : Agathe Caldini.
Durée : 1 h 10.

Du 4 octobre au 20 décembre 2017.
Mercredi à 21 h 15.
Théâtre Darius Milhaud, Salle 2, Paris 19e, 01 42 01 92 26.
>> theatredariusmilhaud.fr

Ludivine Picot
Mercredi 29 Novembre 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Avignon 2018 | Avignon 2017 | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives



Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


PUB


    Aucun événement à cette date.
Publicité



À découvrir

"Dévaste-moi"… Persuasion et précision artistique… Pour une nouvelle façon de percevoir un spectacle

"Dévaste-moi", Tournée 2018/2019

Airs célèbres d'opéra, chansons rock, romances populaires. Dans son dernier spectacle "Dévaste moi"*, Emmanuelle Laborit chante et danse, livre des confidences à son public, elle fait le show. Avec ses musicos, (ses boys), tout le tralala et ses effets, les surtitrages qui ponctuent avec humour le tour de chant.

Elle met en place avec le soutien de Johanny Bert (qui met en scène) une forme éclectique de théâtre-danse et de music-hall mêlés. Le spectacle est à bien des égards vertigineux.

C'est que, au cas présent, l'artiste ne peut parler ni entendre les sons. Les mots et le sens ne peuvent pas sortir de la bouche. Tout le spectacle est en langage des signes. Interprété, pas traduit. En chantsigne.

Ce qui donne quelque chose de déroutant d'étonnamment maîtrisé qui dépasse très largement la notion de mimodrame et oblige le spectateur qui fait parti des "entendants" à reconsidérer sa manière de percevoir un spectacle.

Car à l'inverse des repères traditionnels qui élaborent un espace scénique dans lequel le sens circule entre les deux bornes de l'indicible : celles de l'obscène et du sublime, la prestation d'Emmanuelle Laborit passe par le bout des doigts et se transmet à tout le corps sans tabous avec la seule force de la persuasion et de la précision artistique. C'est toute la personne qui exprime le poids des sensations, la raison des sentiments ainsi que les effets de style.

Jean Grapin
20/09/2018
Spectacle à la Une

Le retour en grâce des "Huguenots" à Paris

Le retour des "Huguenots" de Meyerbeer sur la scène de l'Opéra de Paris est un des événements marquants de la commémoration des 350 ans de la noble maison. En dépit de contrariétés dues à des défections de dernière minute, le spectacle tient son rang et fait sonner de nouveau (à juste titre) les trompettes de la notoriété d'un compositeur longtemps oublié.

Le retour en grâce des
Le grand opéra à la française - un genre à la charnière de deux styles, celui du Bel Canto et du Romantisme - a fait les délices du public de la Monarchie de Juillet et bien au delà. Les opéras de la période française de Giacomo Meyerbeer ont en effet été parmi les plus joués et acclamés au XIXe et au début du XXe siècle.

Ouvrant la voie aux triomphes des Verdi, Offenbach, Gounod et autres Wagner, l'œuvre du compositeur allemand a par la suite subi un effacement presque total des scènes - nonobstant quelques rares reprises dont celle des "Huguenots" à l'Opéra national du Rhin (1), il y a un peu plus de cinq ans. On peut s'interroger à l'infini sur les raisons d'une telle désaffection (coût des productions, difficultés à trouver les chanteurs compétents, entre autres), mais on peut être assuré d'une chose : le nouveau spectacle de l'Opéra de Paris redonne aujourd'hui ses lettres de noblesse à une œuvre qui n'est pas sans attraits.

D'abord l'opéra lui-même est une sorte de super production d'avant l'invention du cinéma avec ses quatre heures de musique dédiées à un sujet historique (La Nuit de la Saint-Barthélémy en août 1572), une intrigue implexe trahissant sans vergogne la grande Histoire, avec ses chœurs impressionnants et ses sept rôles principaux nécessitant de solides chanteurs - sans oublier les nombreux figurants et un ballet ornant des tableaux qui doivent impressionner ou charmer. Et les bonnes surprises ne manquent pas à la (re)découverte de ces "Huguenots", qui furent le deuxième triomphe parisien d'un compositeur qui régna de son vivant sur Paris sans partage (2).

Christine Ducq
08/10/2018
Sortie à la Une

Une forme de miroir contemporain avec ses diaboliques bobards… façon fake news

"Le Maître et Marguerite", Tournée 2018/2019

"Le Maître et Marguerite" de Mikhaïl Boulgakov, c'est Dostoïevski, Gogol et Tchekhov réunis. Un roman qui est un désir de théâtre. Désir qu'Igor Mendjinsky exauce avec talent dans l'adaptation qu'il propose.

Une forme de miroir contemporain avec ses diaboliques bobards… façon fake news
C'est une nuit de pleine lune, une nuit de plein été, et dans Moscou, certains, nombreux, rencontrent des chats qui parlent. Un homme meurt décapité par un tramway, une jeune femme meurt à l'autre bout de la ville. Un écrivain voit son œuvre raillée et censurée. Une jeune femme à la tête romanesque quitte son mari et son ennui à la recherche d'un maître. Un dramaturge qui a écrit une pièce sur Jésus et Ponce Pilate, témoin de tout cela, se trouve enfermé chez les fous. Une sorcière chevauche un balai.

Les récits se choquent, cahotent et s'amplifient jusqu'à l'absurde, jusqu'à l'inquiétude.

C'est que c'est le diable qui mène la danse, sème le désordre, installe une autre réalité, la Sienne, qui dissout toutes les autres. Le Surnaturel s'impose. Ce qui est des plus réjouissant.

Et dans cette nuit de pleine lune, l'ombre d'un pouvoir s'étend sur la ville. Comprenne qui pourra.

Jean Grapin
21/05/2018