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Théâtre

"G.R.A.I.N. Histoire de fous" Virtuose et fluide, pirandellien et moliéresque, reliant les contraires

Elle s'appelle Marie-Magdeleine. Et dans un G.R.A.I.N.*, comme auteur et interprète, joue son double au théâtre. Marie-Magdeleine, toute jeune et fraiche émoulue de l'école de comédienne qui effectue, en appui d'une association de service public sanitaire et social, son premier stage de formation au théâtre. Qui prend la forme d'une galerie de portraits-souvenirs, une épopée pour comédienne bien seule des plus réjouissantes. Une initiation.



© Pitchographie.
© Pitchographie.
Le public découvre une fille du sud vaillante, gracile et gracieuse, spontanée, sociable, enjouée, débrouillarde et adaptable, à qui rien n'est impossible ! Comme on dit, de bonne composition pour affronter cette maison pour bipolaires, terre inconnue pleine de dangers à chaque instant qu'est le G.R.A.I.N.

L'état psychique des stagiaires y est en effet particulièrement modifié. L'humeur est triste, la perte d'intérêt et de plaisir considérable, la concentration troublée tout autant que la mémoire. Prompts à l'auto-critique, à l'auto-accusation, agités, fébriles ou éteints, suicidaires, écrasés par de grands ancêtres, Schumann, Van Gogh, Marilyn, Batman, sur le mur épinglés… ils sont maniaques de la dépression. Tous au G.R.A.I.N. ont un grain, directrice compris. Comme des incubes, ils s'emparent et du psychisme et du corps de la comédienne. Le besoin d'énergie est considérable.

Marie-Magdeleine est possédée par ses personnages et leurs caractères. Passant sans cesse du coq à l'âne, sans répit ni repos, rime ou raison, elle vit leurs états d'âme, leurs grimaces, leurs tics, et leurs TOCs, comme ils l'entendent, c'est-à-dire en étant eux-mêmes, criant de vérité, qu'ils soient, dans leurs outrances de "mecs" ou de "nanas", dans leur logique et leur besoin de vivre à défaut de désirer.

© Pitchographie.
© Pitchographie.
Sur scène, la réalité est reproduite avec une rare précision et un sens du détail juste, presque clinique. Toutefois, restant en deçà d'une "bordureline" compatissante, elle se montre à tout moment bienveillante, n'est jamais satirique ou moqueuse. À l'évidence, Marie-Magdeleine et son double théâtral ont observé, croqué sur le vif ses personnages, ces bipolaires avec gourmandise et empathie.

La comédienne ne perd jamais le contrôle. Son spectacle, présentant de plus un point de vue critique et pertinent sur la camisole chimique, prend des accents de vérité à l'humour décomplexé. Ses personnages font comme irruption dans la réalité et entrent en dialogue avec leur auteur.

Le stage-théâtre est fou. Le spectacle hilarant loufoque et… émouvant. Virtuose et fluide, plein d'allant, pirandellien et moliéresque, il relie les contraires.

Ce G.R.A.I.N. est moulu pour du bon pain. Marie-Magdeleine a l'aisance du diable. Le spectateur en prend de la graine. Une bien folle soirée !

* G.R.A.I.N. pour Groupe de Réhabilitation Après un Internement ou N'importe, association pour "usagers bipolaires".

"G.R.A.I.N. Histoire de fous"

© Pitchographie.
© Pitchographie.
Texte : Marie-Magdeleine.
Co-écriture et mise en scène : Julien Marot.
Avec : Marie-Magdeleine.
Direction musicale et lumières : Julien Marot.
Par la Compagnie Mmm...
À partir de 10 ans.
Durée 1 h 40.

Du 17 novembre au 31 décembre 2019.
Du dimanche au mercredi à 21 h.
Théâtre de la Manufacture des Abbesses, Paris 18e, 01 42 33 42 03.
>> manufacturedesabbesses.com

Jean Grapin
Lundi 25 Novembre 2019

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© Alexandre Pupkins.
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Yves Kafka
15/01/2021
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J'ai peur de ne pas renouveler mes droits… Eux en ont la certitude

Je suis intermittente du spectacle. Ce n'est pas mon métier, mon métier, c'est comédienne. Intermittente, c'est juste mon régime d'indemnisation du chômage. C'est aussi une pratique d'emploi : je travaille à la mission, souvent avec des contrats très courts, pour différents employeurs. D'où un régime d'indemnisation adapté.

© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

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