La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
CédéDévédé

"French Resonance", l'École Française par excellence

La violoniste Elsa Grether et le pianiste François Dumont ont gravé un CD consacré à deux sonates de Gabriel Pierné et Louis Vierne, respectivement les opus 36 et 23. Avec ce programme au raffinement extrême salué par la critique, les deux compositeurs injustement méconnus du grand public sont remarquablement servis par deux musiciens au sommet de leur art. Elsa Grether nous raconte l'origine d'un projet audacieux.



Elsa Grether © DR.
Elsa Grether © DR.
Gabriel Pierné et Louis Vierne, ces deux représentants de l’École Française du tournant des XIXe et XXe siècles sont rarement donnés seuls au concert ou au disque (à notre connaissance). Associés le plus souvent à leur maître César Franck (pour ces enfants du post-wagnérisme), aux Debussy et autre Ravel (qu'annonce Pierné), leurs sonates pour violon et piano se voient ici complétées par deux courtes pièces de Gabriel Fauré "Les Berceaux" (une des "Trois mélodies" opus 23) et la "Romance" opus 28. Fauré, cet élève de Saint-Saëns, illustrant ici la voie post-romantique de la composition française. Voilà un des grands intérêts de cet enregistrement.

Ce n'est pas le seul. Pour ces chefs-d'œuvre de l'époque Art Déco (l'opus 36 de Pierné est créée par Jacques Thibaud et Lucien Wurmser en 1901) à l'esthétique impressionniste (l'opus 23 de Vierne est créée en 1908 par E. Isaÿe et Raoul Pugno), les compositeurs synthétisent l'art de la sonate hérité de leurs prédécesseurs mais approfondissent aussi les formules d'une modernité annoncée par leur maître dès 1886 avec son travail sur le chromatisme. Tonalité instable, modulations constantes, poésie nocturne et effets pittoresques dans la verve légère, une sensibilité musicale exceptionnelle se donne à entendre dans ces deux œuvres assez redoutables d'exécution.

François Dumont © Nicolas Joubard.
François Dumont © Nicolas Joubard.
Elsa Grether et François Dumont nous en livrent avec un bonheur contagieux une version enchanteresse. L'équilibre d'exécution entre le violon et le piano comme la complicité entre les deux artistes exaltent avec un sentiment rare la nature profondément lyrique de ces œuvres avec une virtuosité jamais vaine. Fluidité du piano, délicatesse et fougue du violon, jeunesse et fraîcheur, tout sert l'art subtil de deux maîtres de l'écriture harmonique et de la mélodie. Elsa Grether a répondu à nos questions sur la genèse de ce projet.

Christine Ducq - Avec ce CD consacré à Pierné et Vierne, vous nous livrez un programme très proustien, pourrait-on dire.

Elsa Grether - Oui ! J'adore depuis toujours la musique française et je suis constamment à la recherche d'œuvres méconnues. Je suis tombée par hasard sur le deuxième mouvement de la sonate de Louis Vierne et j'ai eu un coup de foudre ! Je me suis mise en quête aussitôt de l'œuvre entière. J'avais déjà joué celle de Gabriel Pierné et je pensais depuis longtemps à l'enregistrer. J'ai trouvé qu'elles allaient remarquablement bien ensemble (1).

Et vous choisissez enfin deux pièces de Gabriel Fauré pour montrer deux tendances de l’École Française ?

Elsa Grether - Tout à fait. Elles sont plus facilement abordables peut-être pour le public - et tellement magnifiques ! D'ailleurs la "Romance" et "Les Berceaux" ne sont guère plus joués que les sonates. Tout l'art de Fauré y est pourtant présent avec cette grande densité émotionnelle. Fauré apporte une fraîcheur au programme, après la sonate de Vierne qui est si intense.

Elsa Grether © Jean-Baptiste Millot.
Elsa Grether © Jean-Baptiste Millot.
Comment est née cette complicité avec le pianiste François Dumont ?

Elsa Grether - Nous avions déjà interprété ensemble des programmes de musique de chambre. J'aime beaucoup son jeu et je le voyais bien dans ce répertoire. Nous avons essayé de respecter au maximum l'intention des compositeurs et nous avons dû faire des compromis pour certains tempi.

Comme nous nous entendons très bien, nous nous sommes beaucoup parlés et écoutés. La difficulté étant de trouver une bonne balance entre les deux instruments tout en conservant une réelle spontanéité. Nous avons mis deux ans à réaliser ce projet.

J'espère que nous aurons l'occasion de redonner ce programme en concert tel quel - ou associé à d'autres œuvres. Malheureusement beaucoup de programmateurs nous ont signifié qu'ils le trouvaient trop hermétique. Ce n'est pas mon sentiment, naturellement. Il faut vraiment se battre !

Du fait de votre parcours (2), hors des sentiers battus, pensez-vous avoir un jeu atypique ?

Elsa Grether - Je ne suis pas la meilleure placée pour juger mon jeu mais il est vrai que j'ai bénéficié de nombreuses influences. C'est une richesse. Trois ou quatre professeurs ont vraiment compté pour moi et j'apprends encore d'eux des années après les avoir quittés. Il faut de toute façon fournir un vrai travail pour trouver sa propre voix. Quand je prépare une œuvre, j'écoute beaucoup d ‘enregistrements au début. Puis je fais le vide afin de trouver mon propre chemin.

(1) C'est déjà en faisant ce type de recherche qu'Elsa Grether a conçu son premier CD "Poème mystique" avec Ferenc Vizi consacré à Ernest Bloch et Arvo Pärt.
(2) Premier prix de violon décerné à l'unanimité le jour de ses quinze ans au CRR de Paris, Elsa Grether a poursuivi sa formation au Mozarteum de Salzbourg avec R. Ricci, à l'université d'Indiania avec M. Fucks et à Boston avec D. Weilenstein. Elle est lauréate de plusieurs fondations et joue sur un violon de Carlo Ferdinando Landolfi.

● "French Resonance".
Sonates de Gabriel Pierné et Louis Vierne, deux courtes pièces de Gabriel Fauré.
Elsa Grether, violon.
François Dumont, piano.
Sortie : novembre 2015.
Label : Fuga Libera.
Distribution : Outhere Music .

Disponible en téléchargement sur les sites habituels ;
ou pour le CD physique >> elsagrether.com

Sélection des prochains concerts :
9 juin 2016 : Cité de la Musique, Soissons, Trio avec M.D. Thirault et J.L. Delahaut.
27 juillet 2016 : Festival Musique à l'Empéri.
14 août 2016 : Festival Mozaria, Ariège.
18 septembre 2016 : Septembre musical d'Argent-sur-Sauldre, avec Jérémy Jouve, guitare.
23 janvier 2017 : Récital Salle Cortot, Paris, avec Marie Vermeulin.

Christine Ducq
Jeudi 28 Avril 2016

Nouveau commentaire :

Théâtre | Avignon 2018 | Avignon 2017 | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives



Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


PUB


    Aucun événement à cette date.
Publicité



À découvrir

"Dévaste-moi"… Persuasion et précision artistique… Pour une nouvelle façon de percevoir un spectacle

"Dévaste-moi", Tournée 2018/2019

Airs célèbres d'opéra, chansons rock, romances populaires. Dans son dernier spectacle "Dévaste moi"*, Emmanuelle Laborit chante et danse, livre des confidences à son public, elle fait le show. Avec ses musicos, (ses boys), tout le tralala et ses effets, les surtitrages qui ponctuent avec humour le tour de chant.

Elle met en place avec le soutien de Johanny Bert (qui met en scène) une forme éclectique de théâtre-danse et de music-hall mêlés. Le spectacle est à bien des égards vertigineux.

C'est que, au cas présent, l'artiste ne peut parler ni entendre les sons. Les mots et le sens ne peuvent pas sortir de la bouche. Tout le spectacle est en langage des signes. Interprété, pas traduit. En chantsigne.

Ce qui donne quelque chose de déroutant d'étonnamment maîtrisé qui dépasse très largement la notion de mimodrame et oblige le spectateur qui fait parti des "entendants" à reconsidérer sa manière de percevoir un spectacle.

Car à l'inverse des repères traditionnels qui élaborent un espace scénique dans lequel le sens circule entre les deux bornes de l'indicible : celles de l'obscène et du sublime, la prestation d'Emmanuelle Laborit passe par le bout des doigts et se transmet à tout le corps sans tabous avec la seule force de la persuasion et de la précision artistique. C'est toute la personne qui exprime le poids des sensations, la raison des sentiments ainsi que les effets de style.

Jean Grapin
20/09/2018
Spectacle à la Une

Le retour en grâce des "Huguenots" à Paris

Le retour des "Huguenots" de Meyerbeer sur la scène de l'Opéra de Paris est un des événements marquants de la commémoration des 350 ans de la noble maison. En dépit de contrariétés dues à des défections de dernière minute, le spectacle tient son rang et fait sonner de nouveau (à juste titre) les trompettes de la notoriété d'un compositeur longtemps oublié.

Le retour en grâce des
Le grand opéra à la française - un genre à la charnière de deux styles, celui du Bel Canto et du Romantisme - a fait les délices du public de la Monarchie de Juillet et bien au delà. Les opéras de la période française de Giacomo Meyerbeer ont en effet été parmi les plus joués et acclamés au XIXe et au début du XXe siècle.

Ouvrant la voie aux triomphes des Verdi, Offenbach, Gounod et autres Wagner, l'œuvre du compositeur allemand a par la suite subi un effacement presque total des scènes - nonobstant quelques rares reprises dont celle des "Huguenots" à l'Opéra national du Rhin (1), il y a un peu plus de cinq ans. On peut s'interroger à l'infini sur les raisons d'une telle désaffection (coût des productions, difficultés à trouver les chanteurs compétents, entre autres), mais on peut être assuré d'une chose : le nouveau spectacle de l'Opéra de Paris redonne aujourd'hui ses lettres de noblesse à une œuvre qui n'est pas sans attraits.

D'abord l'opéra lui-même est une sorte de super production d'avant l'invention du cinéma avec ses quatre heures de musique dédiées à un sujet historique (La Nuit de la Saint-Barthélémy en août 1572), une intrigue implexe trahissant sans vergogne la grande Histoire, avec ses chœurs impressionnants et ses sept rôles principaux nécessitant de solides chanteurs - sans oublier les nombreux figurants et un ballet ornant des tableaux qui doivent impressionner ou charmer. Et les bonnes surprises ne manquent pas à la (re)découverte de ces "Huguenots", qui furent le deuxième triomphe parisien d'un compositeur qui régna de son vivant sur Paris sans partage (2).

Christine Ducq
08/10/2018
Sortie à la Une

Une forme de miroir contemporain avec ses diaboliques bobards… façon fake news

"Le Maître et Marguerite", Tournée 2018/2019

"Le Maître et Marguerite" de Mikhaïl Boulgakov, c'est Dostoïevski, Gogol et Tchekhov réunis. Un roman qui est un désir de théâtre. Désir qu'Igor Mendjinsky exauce avec talent dans l'adaptation qu'il propose.

Une forme de miroir contemporain avec ses diaboliques bobards… façon fake news
C'est une nuit de pleine lune, une nuit de plein été, et dans Moscou, certains, nombreux, rencontrent des chats qui parlent. Un homme meurt décapité par un tramway, une jeune femme meurt à l'autre bout de la ville. Un écrivain voit son œuvre raillée et censurée. Une jeune femme à la tête romanesque quitte son mari et son ennui à la recherche d'un maître. Un dramaturge qui a écrit une pièce sur Jésus et Ponce Pilate, témoin de tout cela, se trouve enfermé chez les fous. Une sorcière chevauche un balai.

Les récits se choquent, cahotent et s'amplifient jusqu'à l'absurde, jusqu'à l'inquiétude.

C'est que c'est le diable qui mène la danse, sème le désordre, installe une autre réalité, la Sienne, qui dissout toutes les autres. Le Surnaturel s'impose. Ce qui est des plus réjouissant.

Et dans cette nuit de pleine lune, l'ombre d'un pouvoir s'étend sur la ville. Comprenne qui pourra.

Jean Grapin
21/05/2018