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Théâtre

Festival Traits d'Union #2 : "À fond"

"À fond", Théâtre El Duende, Ivry-sur-Seine

Sur scène, ils sont quatre. D'une part, il y a Alex et Rémi qui attendent que le temps passe, qui ne font pas grand-chose à part fumer et regarder les trains défiler, qui ne bougent pas. De l'autre, Luc, qui part, qui est en route vers Paris, qui avance droit vers la vie. Et Marion, qui l'entraîne.



© DR.
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La scène se divise en deux. D'un côté, le statique. Ce qui semble être une décharge près des voies de chemins de fer, composée de pneus, de bois, de pierre, etc. C'est ici que l'on peut observer les gens partir ou revenir. De l'autre, le mouvement. Les planches du plateau endossent tour à tour le rôle de train, puis de métro, de taxi, et enfin d'un ascenseur. D'un côté, le calme. De l'autre, l'agitation. D'un côté, l'habituel. De l'autre, l'inconnu. Les deux espaces se succèdent grâce au jeu de lumière.

Le choix des costumes est sobre et subtil. Les différents changements de vêtements se font les indicateurs temporels du temps qui passe. Du départ au retour de Luc.

Le rythme du spectacle nécessite une grande concentration et attention entre les différents comédiens. Toute la mise en scène est parfaitement organisée : ils sont à l'écoute les uns des autres et le récit défile très limpidement. L'on imagine un chef d'orchestre invisible qui s'assurerait du bon déroulement de l'action.

© DR.
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Le texte est beau. Il est signifié beaucoup de choses qui ne veulent pas dire grand-chose. Les mots butent, les phrases se terminent prématurément, les conversations se croisent et se coupent. Alex et Rémi entretiennent une relation à coups de joints et d'insultes. Ils se moquent et malgré les "enculés" répétés, leurs répliques contiennent beaucoup de douceur l'un pour l'autre.

Rien n'est beaucoup déclaré mais beaucoup est exprimé. Les dires de Luc et Marion amorcent quant à eux une relation amoureuse dont on ne saura finalement pas si elle aura vraiment lieu. Tout est amené avec une grande délicatesse et subtilité. Le texte, bien que haché, morcelé, reste très doux.

Ce spectacle a été élu le premier prix du jury presse du festival Traits d'Union sur le thème des frontières. Cette pièce est la première création mise en scène de Lucas Henaff et représente un travail parfaitement abouti et d'une très bonne qualité. L'histoire est à la fois brute et attendrissante, simple et intelligente. Le texte et le jeu des comédiens suscitent l'émotion chez le spectateur. Paul Delbreil est particulièrement impressionnant dans son interprétation de Luc.

Une partie de théâtre qu'on espère voir aller loin.

"À fond"

© DR.
© DR.
Mise en scène : Lucas Henaff.
Assistante mise en scène : Amélie Robin.
Avec : Sylvain Begert, Marjorie Ciccone, Paul Delbreil, Nicolas Guillemot.
Scénographie : Bérangère Sabatier.
Compagnie Grand Théâtre.

A été représenté dans le cadre de "Traits d'Union", le festival de la jeune création, #deuxième édition Frontières.
Le jeudi 18 et le vendredi 19 janvier 2018 à 20 h 30.

Théâtre El Duende, Ivry-sur-Seine, 01 46 71 52 29.
>> theatre-elduende.com

Ludivine Picot
Mardi 6 Février 2018

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Tout autour rien. Le vide obscur de l'irréalité, pourrait-on dire. Il n'y a qu'elle, juché sur son trône du quotidien, toute pâlotte dans cette nuit, qui brille. Qu'on voit. Et qui parle. Et qui trône sur son quotidien parce que c'est ça sa vie. La vie dont elle avait rêvé ou pas. La vie qu'on lui avait promise, c'est sûr. Et malgré les impondérables et le temps qui sabotent, elle la tenait sa vie, sa maison, son mari, ses enfants.

Qu'est-ce qu'elle dit ?... Elle s'explique, je crois. Elle parle à quelqu'un. À quelqu'un qui l'accuse, il faut croire. Quelqu'un qui l'accuse d'on ne sait pas quoi. On ne le saura qu'à la fin. Quand elle aura fini de parler. De s'expliquer. Enfin de raconter quoi, son domaine, son royaume, son empire, toutes ces années d'existence. Avec ses espoirs, très très humains. Très simples en fait. Et puis ses joies, ses plaisirs, ses émerveillements. Et puis ses déceptions bien sûr.

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