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Théâtre

Embarquons-nous au Festival Premiers Pas

Sous le petit chapiteau du Festival Premiers Pas, ambiance festive et goût d’antan, teintés de notes contemporaines. On se croirait presque revenu chez Mnouchkine il y a quelques décennies, quand la troupe du Soleil avait encore un abri de fortune. L’ordre du jour ? le Collectif du K au rapport avec une jolie création : "La Nef des fous" de Simon Falguières. À vous brigadier, faites résonner votre bâton… de jeunesse !



Dessin réalisé par Le Collectif du K © D.R.
Dessin réalisé par Le Collectif du K © D.R.
La scène est modeste, les bancs pas très confortables, mais les ambitions grandes et les yeux remplis de rêves étoilés. L’émotion de la première est palpable, nos papilles hument avec plaisir ce vent de fraîcheur. Né en 2008, la Cie Le Collectif du K se définit comme "un laboratoire" qui réunit de jeunes créateurs provenant de tous horizons artistiques (théâtre, écriture, vidéo, photographie, musique). Au milieu, une troupe de théâtre renforce cette belle énergie créatrice. Si leur travail est encore imparfait, décloisonner les arts est toujours une bien riche idée… Ecriture et jeu sont déjà pleins de belles promesses.

La Nef des fous, c’est quatorze comédiens en scène qui s’embarquent dans une aventure singulière, un voyage, aussi métaphorique que réel. Cette pièce, écrite par un tout jeune auteur et metteur en scène, est le récit d’hommes et de femmes bourrés de vices, mais aussi d’amour et d’espoir. Ils voguent ensemble sur un bateau. D’où viennent-ils ? Où vont-ils ? Que cherchent-ils ? Éternelles interrogations dont les questions sont plus importantes que les réponses. Arche de Noé ou inspiration d’un tableau de Jérôme Bosch (au même titre que la pièce), cette "nef" est une métaphore de l’homme. C’est aussi, de toute évidence, celle de la vie d’une troupe (de l’individu face au groupe, de ses angoisses et de ses déboires) qui ouvre (par son thème) de manière magistrale ce Festival.

À 23 ans, Simon Falguières a déjà un parcours étonnant qui mérite qu’on s’y arrête. Ce tout jeune metteur en scène n’en est pas à sa première expérience puisque il écrit et met en scène depuis l’âge de 14 ans. Etonnant, oui, ça l’est. D’autant que la Nef des fous ne manque pas de poésie. Un tableau vivant, hanté par des personnages qui tentent, tant bien que mal, de cacher leur dénuement : un poète sans amour, un préfet aux allures régaliennes, un paysan sans eau, une bonimenteuse qui expose son "homme fort" comme un cabinet de curiosité, un chasseur sans proie, une bourgeoise veuve et ruinée, un voleur volé, etc. Autant de caractères réunis dans un même bateau et qui vont tenter de cohabiter. Si le texte ne se distingue pas par une thématique absolument neuve, son entreprise est radicalement celui d’un beau cri de jeunesse.

Certaines figures dénotent plus que d’autres. On ne les citera pas toutes, trop nombreuses. Mais les contours sont nets, les personnalités affirmées et remarquablement bien investies. Notamment, Thomas Blumenfeld dans le rôle du chasseur au grand cœur. Touchant ! Et Benjamin Desche campe un paysan mi-méchant mi-benêt et non moins attachant. D’autre part, si les personnages du Capitaine (Laurent Barbot) et de son troufion (Romain Pageard) sont moins intéressants (goût de déjà vu), ils n’en sont pas moins drôles : on apprécie tout particulièrement le travail de recherche qui a été effectué sur la gestuelle. Mais cette remarque pourrait s’appliquer à l’ensemble de la troupe qui, sans décor, ni rideau (des coulisses de fortune) a réussi à nous embarquer sur leur "nef".

Le texte fourmille de belles intentions (on retient tout particulièrement le sacrifice du bouc émissaire à travers la figure du voleur condamné à mort). Un gros défaut (de jeunesse) cependant : l’impression que la troupe veut tellement bien faire qu’elle en fait trop. Presque deux heures… trop long ! Raccourcir certaines scènes et resserrer l’épisode de la tempête gagneraient en efficacité dramatique.

Dans ce navire bringuebalant, telles des marionnettes désarticulées, chacun avance cahin-caha. Malgré les longueurs, le spectateur, quant à lui, se laisse volontiers emporter par l’aventure. Pour notre part, on pense à Baudelaire et à son "Voyage" dont les vers tanguent dangereusement encore dans notre mémoire d’hommes ivres d’ennui et de désirs :

"Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !

Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ! "

C’est aussi cela le Festival Premiers Pas. Souhaitons-leur un long voyage.

"La Nef des fous"

(Vu le 7 mai 2011)

Texte : Simon Falguières.
Mise en scène : Simon Falguières.
Avec : Laurent Barbot, Thomas Blumenfeld, Laura Cros, Benjamin Desche, Juliette Didtsch, Élise Douyère, Félix Fenwick, Léandre Gans, Alona Martier, Romain Pageard, Coraline Pradeau, Adélaïde Prud’homme, Jean-Baptiste Vienet.
Costumes : Sara Bartesaghi-Gallo, Élise Douyère.
Régie générale : Chouaïb Boujemaaoui.
Durée : 1 h 50.

Festival Premiers Pas.
Du 6 mai au 26 juin 2011.
Horaires et jours variables selon la programmation :
http://www.premiers-pas.fr/
Réservations : 01 43 74 24 08.

Sheila Louinet
Vendredi 20 Mai 2011

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