La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Coulisses & Cie

Discours d'Aurélie Filippetti prononcé à l'occasion du lancement de la mission Culture-acte 2

Le lancement de la mission de concertation sur les contenus numériques et la politique culturelle à l'air du numérique - Culture-acte 2 - a été l'occasion pour la ministre de la culture et de la communication d'en rappeler les trois objectifs principaux et sa volonté d'en faire, d'ici mars 2013, un vaste chantier d'auditions et de concertation le plus large possible, notamment grâce à la création d'un blog* destiné à recueillir les commentaires, les avis et les idées de chacun.



Aurélie Filippetti, Pierre Lescure et les membres de la mission © David Millier/MCC.
Aurélie Filippetti, Pierre Lescure et les membres de la mission © David Millier/MCC.
Un moment important : le lancement de la 2e étape d’une mission elle-même essentielle. Un moment d’échanges.

Pierre Lescure reviendra sur le travail déjà accompli avant d’évoquer le calendrier à venir.

Moment important, car moment d’échanges : il est temps en effet pour l’ensemble des acteurs d’entrer dans une phase de concertation, une phase de dialogue, après tant de confrontations stériles et de conflits idéologiques.

Ce moment, je l’ai voulu public, ouvert et multiforme : les débats ne seront pas à huis-clos ; ils ne seront ni parisiens ni exclusivement franco-français, car c’est partout en France que se joue la révolution numérique et parce que nous pouvons nous enrichir d’expériences menées ailleurs.

Mais je voulais d’abord revenir sur l’enjeu historique que constitue la démarche entreprise par le gouvernement.

L’intitulé n’est pas anodin : "culture.acte2". Il s’agit bien d’avoir une approche transversale, qui touche à tous les secteurs artistiques, tous impactés par les innovations numériques - le livre, la musique, le cinéma, l’audiovisuel, la presse, la photo, etc. - ; et une approche qui prend en compte les rapports qui existent entre les créateurs, les industries culturelles et créatives et les internautes. Il s’agit de refonder les instruments de notre politique culturelle.

On mesure l’importance historique de ce moment à l’énoncé des instruments dont la France s’est doté au cœur des années quatre-vingts, sous la présidence de François Mitterrand, et qui ont permis de créer un système cohérent favorisant la création, la production, la distribution, la diffusion des œuvres littéraires, cinématographiques, audiovisuelles. Le prix unique du livre, le fonds de soutien au cinéma, les obligations des chaînes de télévision, la chronologie des médias… ont permis à notre pays de conserver et de développer une offre culturelle riche, variée, accessible. Il faut aujourd’hui réécrire cet édifice.

Aurélie Filippetti, Pierre Lescure et les membres de la mission © David Millier/MCC.
Aurélie Filippetti, Pierre Lescure et les membres de la mission © David Millier/MCC.
Le Président de la République a donc appelé de ses vœux le lancement de cette concertation, visant à construire "l’acte II de l’exception culturelle". L’enjeu est majeur. Il est au cœur de la démarche que j’ai engagée pour le ministère de la culture et de la communication. Et à laquelle contribuent les ministères concernés par le développement du numérique.

Les questions que Pierre Lescure devra aborder et traiter sont toutes techniques. Elles sont en même temps éminemment stratégiques et forment l’armature d’une politique cohérente. Je voudrais évoquer trois objectifs, qui sont pour moi d’égale importance et qui illustrent des enjeux larges, que j’ai mis à l’horizon de chacune des actions que je veux entreprendre au ministère : celui de la création - qui est celui de l’attention portée aux créateurs ; celui de l’économie - qui passe par la régulation des flux financiers associés à la création ; celui des publics bien sûr - qui rejoint la question déterminante du développement de l’offre légale.

La création à l’heure numérique revient d’abord à faire le constat d’une "culture digitale" particulièrement développée, d’un art numérique qui irrigue progressivement toutes les disciplines culturelles, à l’art en réseau. Il faudra donc commencer par saluer la richesse nouvelle qu’apporte le numérique et considérer les formes inédites, par exemple collective ou éphémère, que prend la création aujourd’hui. Mais la création à l’heure numérique revient aussi à rappeler que la lutte contre le téléchargement illégal reste un objectif fondamental, qu’il faut enfin aborder non pas en termes de conflit, d’opposition entre les artistes et leurs publics, mais dans une approche collective d’intérêt commun. La mission devra produire des conclusions sur les termes d’une lutte efficace contre les pratiques illégales, établie avec nos partenaires européens et qui tienne compte des attentes et pratiques sociales.

Aurélie Filippetti © David Millier/MCC.
Aurélie Filippetti © David Millier/MCC.
2e objectif : la perception économique de l’exception culturelle. L’innovation culturelle est un facteur de croissance et un gisement d’emplois. Mais il faut construire un équilibre sain entre l’ensemble des acteurs qui constituent la "chaîne de valeurs" qui se déploie. Les auteurs et les artistes-interprètes sont évidemment les premiers acteurs de cette chaîne : leur rémunération doit être garantie et justement garantie là où la révolution numérique fragilise ce qui est aujourd’hui le maillon faible sur le plan économique. Il faut trouver, comme on a su le faire dans les années quatre-vingts, les mécanismes qui garantiront un équilibre meilleur et éviteront la concentration progressive de la valeur créée par les échanges numériques au bout de la chaîne, du côté des opérateurs les plus puissants. Ces opérateurs devront contribuer au financement de la création. Pierre Lescure pourra s’appuyer à ce titre sur la mission d’expertise lancée par le gouvernement sur la fiscalité numérique, et confiée à Nicolas Colin et Pierre Collin ; il pourra aussi exploiter les résultats de la mission de Jacques Toubon sur le terrain de l’Union européenne et visant à harmoniser la fiscalité sur les produits culturels.

Et le 3e objectif - essentiel, qui justifie toute mon action au ministère -, c’est la prise en compte des attentes des publics et de notre souci constant d’offrir un accès au plus grand nombre. De ce point de vue, le développement de l’offre légale est fondamental. Je sais que de nombreux acteurs ont développé une offre déjà importante. Mais je constate avec vous qu’une culture économiquement malsaine de la gratuité des œuvres, favorisée par certaines plateformes d’offres en ligne, s’est aussi fortement développée. Elle doit être combattue. Mais elle le sera d’abord, j’en suis convaincue, par une politique cohérente et attirante de développement d’une offre culturelle légale. Ce qui suppose de faire des propositions sur le financement de la numérisation, sur l’adaptation de l’offre à la demande, sur les mécanismes de financement de la création, sur les modalités de gestion des droits…

Vaste chantier, donc ! Que nous lançons ici. Que nous déploierons sur tous les territoires, car l’exception culturelle se joue au plan régional, au plan local, dans nos communes. Que je porte déjà au plan européen, avec Laurent Fabius et Bernard Cazeneuve car des questions y sont d’ores et déjà posées, et avec quelle force, sur le prix unique du livre numérique, sur le régime des aides au cinéma, sur la fiscalité des biens culturels… Cet acte II est vital : il est la voie de notre diversité et de notre dynamisme créatif.

C’est pourquoi je suis heureuse d’avoir confié cette mission à un homme de culture, à un homme qui, par son expérience diverse, saura entendre tous les points de vue, à un homme qui a toujours su faire preuve de créativité pour relever les défis de la modernité. Pierre Lescure et son équipe ouvriront dès demain cette phase attendue d’auditions et de concertation. Je le laisse vous présenter le travail déjà accompli et la manière dont va se dérouler cette nouvelle étape.
Je vous remercie.
Aurélie Filippetti.

*Sur ce blog, chacun peut réagir, faire des suggestions, échanger et partager ses analyses et points de vue autour des sujets abordés par la mission pour alimenter les réflexions de celle-ci :
>> culture-acte2-participer.fr

À noter également qu'un site Internet présente les travaux de la mission, les membres la composant et les modalités de fonctionnement :
>> culture-acte2.fr

Gil Chauveau
Jeudi 27 Septembre 2012

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives








À découvrir

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique

L'histoire se passe au Québec. Dans "Antioche" de Sarah Berthiaume, Antigone est une adolescente un peu foutrac, qui fait un peu n'importe nawak avec son djin troué et sa toga praetexta. Normal, elle voudrait jouer Anouilh et son Antigone, et articuler parfaitement le Français standard plutôt que jouer les fièvres du samedi soir…

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique
… Quant à sa copine Jade, elle ne vaut pas mieux qui s'emmure dans les toiles d'Internet, universelle araigne maléfique, pendant que sa mère qui a fui la Syrie fait des listes de mots pour les mémoriser.

Dans cette terre d'exil et d'accueil, dans cette terre d'immigration qui mêle réfugiés du Proche-Orient et descendants des acadiens entourés d'Anglais, cette terre qui veut échapper au globish et se pose la question de sa présence au monde, les deux copines rêvent de fugues, vivent intensément le sentiment de la liberté ou de l'enfermement. C'est que le confort matérialiste ou l'exaltation romantique sont autant de pièges à éviter. Pour elles le retour aux origines est problématique. La pièce noue les contradictions contemporaines.

Le langage est populaire, direct et inventif. Et le spectacle évolue de la comédie populaire et farcesque au drame suspendu au dessus des têtes. Les personnages connaissent des paroxysmes et dans les allers et les retours de leurs rêves, dans leurs errances, leurs désirs de fugues se lit la construction d'une mémoire et d'une identité. Jusqu'à ce que les deux héroïnes, en bordure du danger, croisent le chemin de la fatalité et du destin. Le retour aux origines devient tentation de l'intégrisme, du terrorisme.

Jean Grapin
29/06/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et "bio-éthique" à dévorer tout cru

D'abord dire le choc artistique lié au mix d'un slam magnétique, d'une voix parlée aux résonances philosophiques, d'une musique live et de live painting se répondant l'une et l'autre, le tout réuni sur le même plateau pour créer l'univers poétique où deux histoires différentes - quoique… - se rencontrent au point de chute. Les contes partagent cela en commun, ils "parlent" au-delà de leur contenu et réservent des surprises "sans fin" qui nous mettent en appétit (d'ogre).

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et
Ensuite, dire que l'on ne doit pas se laisser abuser par le mot conte… Comme beaucoup de contes, il n'est pas destiné aux enfants même s'il peut être vu avec intérêt par eux aussi… ne serait-ce que pour qu'ils expliquent aux adultes que leur faim de bien faire - rêve d'une vie bio et écologique à tous crins - peut s'avérer à la fin, "une vraie tuerie"…

(Il était une fois) un ogre dont i["À [son] retour [sa] douce avait dressé la table/Préparée comme jamais des mets gorgés d'odeur"]i (il parle, l'ogre, en alexandrins slamés) et qui aimait ses sept filles plus que tout au monde, les bisoutant, les cajolant et veillant à ce que rien ne leur manquât de nourriture raffinée et autres conforts domestiques. Un père de famille au-dessus de tout soupçon…

Certes, les mets gorgés d'odeurs mijotés par sa femme ogresse étaient exquis à son goût mais ogre il était, et son penchant "naturel" pour la chair fraîche humaine ne pouvait longtemps rester au garde-manger.

Yves Kafka
27/07/2019