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Théâtre

"Darling"… Pour que cessent les violences faites aux femmes

"Darling", Studio Hébertot, Paris

Un destin étrange, une vie dans la fange, le malheur en bandoulière, la désespérance en guise d'horizon. Une vie de femme battue, violentée, violée… La vie de milliers de femmes encore aujourd'hui. De la pomme à la viande, elle est normande. Elle voulait qu'on l'appelle Darling et n'a pas baissé les bras. Elle s'était confiée à Jean Teulé et son histoire a été adaptée par la Cie Nosferatu. Un moment rare qui ne laisse pas intact.



© Michaël Kitaïévtich.
© Michaël Kitaïévtich.
Au départ se trouve le roman de Jean Teulé construit sur la rencontre avec Darling et les entretiens qui suivirent. Il l'a écouté et écrit pour elle, pour celle qui voulait que les autres entendent la voix de toutes ces femmes qui subissent des vies cauchemardesques, souvent depuis leur plus jeune âge jusqu'à leur mariage ou présence auprès d'un homme violent, dangereux voire criminel… 16 mortes en janvier 2019 !

Ici, pour l'auteur, il s'agit aussi de célébrer le courage incroyable de ces femmes qui, un jour, décident, réussissent à dire l'indicible, à mettre en lumière cette cruauté, brutalité masculine, cette mise en esclavage moderne… qui reste volontairement ignorée de tous ou presque.

L'adaptation effectuée pour la scène par Claudine Van Beneden, Chantal Péninon et Laurent Le Bras donne une version du roman évidemment plus concise, plus nerveuse, mais garde la crudité et l'humour particulier, empreint de lucidité, de dérision de Jean Teulé. Son récit est saisissant mais sait être attachant car il s'en tient aux faits, avec une certaine distance, et sans aucun misérabilisme, en une forme de voyage documentaire en enfer.

© Michaël Kitaïévtich.
© Michaël Kitaïévtich.
Pour en rendre une dramatisation sans exagération, Laurent Le Bras met en scène un duo, une comédienne et un musicien, livrant une narration éclatée où l'interprétation passe par le récit proprement dit mais aussi par les chansons et la musique ; et incarnant tous les personnages de l’histoire… apportant en complément un regard commenté, distancié, de la vie de Darling.

Certaines séquences musicales (excellent Simon Chomel) et/ou chantées peuvent à la fois mettre en valeur le tragique de son personnage jaillissant de la violence vécue ou, subtilement, amplifié le langage imagé de l'auteur, ou encore plus simplement dévoiler l'humanité des personnages.

Claudine Van Beneden nous propose une Darling complexe, usant d'un jeu dense, à la palette émotionnelle riche, à la fois bouleversante, touchante, parfois aussi irritante, presque révoltante par sa soumission. Mais, habitant son personnage dans toute son authenticité, elle évite les pièges de la caricature et tout excès populiste. Comme elle l'a maintes fois prouvé lors des spectacles de la Cie Nosferatu, elle a à la fois une stature de tragédienne et cette d'une actrice apte à investir des rôles dont la profondeur va puiser dans la réalité de nos vies quotidiennes, heureuses ou malheureuses, combattives ou soumises…

Au final, "Darling" est une traversée aux enfers, une pièce qui nous prend aux tripes, nous met souvent mal à l'aise (surtout les hommes, j'espère !) et, compte tenu du concret des propos, de la réalité du récit, elle nous rappelle tous les combats qui restent à mener avant que cesse les violences faites aux femmes.

"Darling"

© Michaël Kitaïévtich.
© Michaël Kitaïévtich.
Duo pour une comédienne et un guitariste électrique.
Adaptation : Claudine Van Beneden, Chantal Péninon et Laurent Le Bras.
Mise en scène : Laurent Le Bras.
Chansons : Grégoire Béranger.
Avec : Claudine Van Beneden et Simon Chomel.
Scénographie : Sophie Toussaint et Laurent Le Bras.
Création lumières : Matthieu Bassahon.
Lumières : Olivier Richard.
Son : Magali Burdin.
Création vidéo : Stephen Vernay.
Régie et conseils vidéo : Clément Marie Mathieu.
Compagnie Nosferatu.
Durée : 1 h 15.

Du 7 mars au 7 avril 2019.
Mercredi à 21 h, jeudi, vendredi, samedi à 19 h et dimanche à 17 h.
Relâche : 16 et 29 mars, 5 et 6 avril.
Studio Hébertot, Paris 17e, 01 42 93 13 04.
>> studiohebertot.com/

Gil Chauveau
Jeudi 28 Mars 2019

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Gil Chauveau
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© Alicia Gardes.
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"Nous mettons en écho des chansons de Barbara et Brel qui ont abordé les mêmes thèmes mais de manières différentes. L'idée est juste d'utiliser leur matière, leur art, tout en gardant une distance, en s'affranchissant de ce qu'ils sont, de ce qu'ils représentent aujourd'hui dans la culture populaire, dans la culture en général… qui est énorme !"

Gil Chauveau
03/12/2020
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© DR.
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Communiqué de presse du 20 décembre 2020.

La Rédaction
20/12/2020