La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Dans "Nénesse", il est question des effets délétères de la crise, et des vertus du théâtre

"Nénesse", Théâtre Dejazet, Paris

"Nénesse" vitupère, tonitrue, menace, enfile les insultes, éructe. Avec ses deux sous-locataires clandestins et son épouse soumise, il vit d'expédients. "Nénesse" s'adapte mal à la crise. C'est un sanguin en bordure d'accident vasculaire cérébral que l'alcool n'arrange pas ."Nénesse" (Olivier Marchal) est un cas en limite.



© Pascal Victor.
© Pascal Victor.
La pièce d'Aziz Chouaki réunit un carré de personnages hauts en couleurs. Un ancien rockeur déconneur déjà décrit. Un réfugié syrien (Hammou Graïa) ancien entraîneur de boxe en état de choc à jamais, un idéaliste fils de naturalisé et légaliste qui a perdu tout domicile fixe (Geoffroy Thiébaut). Une épouse femme de labeurs qui veille au grain (Christine Citti).

Tous fracassés de la vie. Ils ne sont plus que l'ombre de leurs rêves et de leurs souvenirs. Ayant perdu tous leurs repères anciens, ils sont tous en détresse. Exilés de leur imaginaire composé de bric et de broc, et déjà en lambeaux avant que d'être construit. Effilochés à jamais. Ils ne sont plus que litanies d'idées reçues, amalgames hasardeux, accumulations de poncifs et obsessions toujours ressassées. Leurs surenchères réciproques ne font jamais écho chez l'autre. Le texte saturé de mots et de préjugés est en menace d'épuisement ou de violence.

© Pascal Victor.
© Pascal Victor.
Le constat est sans appels. Dans ce dialogue de sourds où il n'y a même plus de place pour la raillerie, le spectateur est renvoyé à lui-même et à son actualité. À désespérer d'un genre humain dans lequel les pauvres niquent les pauvres.

Les comédiens rebondissent, se glissent dans les respirations du texte. À l'évidence dans une volubilité bien tempérée. Justes dans leur souffle, ils animent les caractères de personnages, sont de plus en plus crédibles au fur et à mesure que le récit monte au fait divers. Ils sont bruts. Ils sont vrais. C'est à couper le souffle.

Le spectateur retient le sien, empêché de rire, de ricaner ou de désapprouver les propos car il est submergé par la vitalité que les comédiens portent. Dans "Nénesse", il est question des effets délétères de la crise, et des vertus du théâtre. Le théâtre comme conjuration du mauvais œil, comme désir de rire. Désir accompli.

"Nénesse"

© Pascal Victor.
© Pascal Victor.
Texte : Aziz Chouaki.
Mise en scène : Jean-Louis Martinelli.
Assistante à la mise en scène : Florence Bosson.
Avec Christine Citti, Hammou Graïa, Olivier Marchal, Geoffroy Thiebaut.
Musique : Sylvain Jacques.
Création lumières : Jean-Marc Skatchko.
Scénographie : Gilles Taschet.
Costumes : Gilles Taschet.

Du 9 Janvier au 3 Mars 2018.
Mardi au samedi à 20 h 30, matinée samedi à 16 h.
Théâtre Dejazet, Paris 3e, 01 48 87 52 55.
>> dejazet.com

Du 13 mars au 16 mars 2018 : La Manufacture - CDN Nancy-Lorraine, Nancy (54).

Jean Grapin
Vendredi 12 Janvier 2018

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Sabordage" Comme une synthèse de la modernité… une implosion écologique à venir, avenir sombre de notre monde…

Elle fut riche et belle, plaisante et paradisiaque, pays de cocagne… puis devint consommatrice et opulente, industrieuse, minière et calamité écologique, pour finir mendiante et désespérée, à l'avenir destructif d'une future terre qui coule à pic… C'est la "belle" histoire de l'île de Nauru*, miroir de notre prochain anéantissement - au délicat (!) mais définitif intitulé "6e extinction de masse" -, qui nous est contée par le talentueux Collectif Mensuel.

Narration aux allures de débats, de commentaires, d'échanges réalistes… Scénographie en une forme d'actions documentaires, visible au lointain par report vidéo "en direct", en rappel de notre monde de l'image, expression ironique de nos chaînes d'infos en continu pour une structure créative d'un théâtre pédagogique, d'un reportage théâtralisé… Car ici tout est vrai, le drame, les horreurs économiques, le dézingage des ressources et de l'environnement… le sabordage de l'île a vraiment eu lieu, sans parler des perspectives radieuses d'une fin en version sous-marine !

Le récit - dans un préambule exposant un éden de rêve aux allures de paradis touristique, sis à quelques encablures de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (près de 2 700 km quand même !) - se construit sur un montage cinématographique et télévisuel où le collectif puise dans les séries et films des années soixantes-dix quatre-vingt, tous célèbres et ancrées dans nos imaginaires collectifs…

Gil Chauveau
11/10/2019
Spectacle à la Une

FAB 2019 "Concours européen de la chanson philosophique" La philosophie mise en musique dans un dispositif à faire kiffer "l'euro-vision"

Massimo Furlan, performer suisse mâtiné d'Italien, était dans ses jeunes années fan de l'Eurovision, de ses paillettes éblouissantes et de ses bluettes sentimentales réunissant joyeusement sa famille autour du petit écran. Près d'un demi-siècle plus tard, c'est la grande avant-scène du Carré qui le projette sous les sunlights en splendide ordonnateur - flanqué d'une superbe créature en robe lamé - de deux soirées "enchantées" dédiées à une vision de notre Monde. Comme quoi divertissement populaire et réflexion de pointe peuvent rimer ensemble…

FAB 2019
Reconstituant somptueusement le décorum kitsch du concours de l'Eurovision ayant à jamais impressionné ses premières émotions artistiques, le performer semble jubiler en détournant "sérieusement" le répertoire d'origine pour proposer un récital de onze chansons dont l'écriture a été confiée par ses soins à des philosophes, sociologues et autres chercheurs sachant penser le monde. L'interprétation de ces textes métaphoriques revient à des artistes costumés de manière délirante, projetés en direct par un vidéaste décuplant leur truculente présence scénique sur les notes d'un orchestre en live.

Quant au Jury réuni sur une singulière estrade roulante dénotant avec sa "notabilité", il est composé d'éminents professeurs d'université et sommités intellectuelles se prêtant avec grâce et bonheur au jeu de leur interprétation avant d'attribuer leur note. Le public - le genre l'impose - est sollicité en permanence afin de faire entendre également "sa voix" captée par un "votaton" chargé d'enregistrer le volume d'applaudissements attribué à chaque candidat.

Yves Kafka
15/10/2019
Sortie à la Une

"Fake"… Un "Peer Gynt" pour explorer le monde de l'info et de l'intox

"Fake - Tout est faux, tout est fou", Gare de l'Est, Paris

L'homme vagabonde sous les toits ferroviaires, au carrefour des âmes voyageuses… il est conteur. Peer Gynt partit aussi à l'aventure, cheminant entre rêve et réalité. Le narrateur s'en inspire pour démêler le vrai du faux… de notre réalité… Extraire le fake à l'ère des news…

Spectacle déambulatoire, performance de rues (ici intérieure), Fake convoque un conteur, un concepteur compositeur, des musiciens, pour une exploration d'un nouveau type où le spectateur, équipé d'un casque audio, se laisse emmener, au sens littéral comme virtuel dans une promenade découverte entre vraies et fausses informations.

Dans ce périple artistique, ce dernier garde toute liberté d'action, plus précisément de mouvements, déambulant dans l'espace proposé au fil de ses envies, de ses inspirations ou guidé par l'histoire, narration sonore, vocale et musicale, composée en direct et diffusée dans le casque et/ou influencé par la vue, le cheminement de l'acteur, Abbi Patrix, interprétant à sa façon Peer Gynt, exprimant son ressenti du lieu, posant des questions sur la véracité du réel ou interrogeant le badaud passant.

Les éléments sonores audibles dans le casque sont superposés, sans apparente cohérence mais peuvent stimuler ou orienter la perception du spectateur qui fait le choix d'être actif ou passif, ponctuellement ou de manière permanente, redevenant alors un simple observateur.

Gil Chauveau
10/10/2019