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Théâtre

"Crocodiles"… Comme l'histoire d'un d'Ulysse, épuisé, recueilli par Nausicaa

"Crocodiles", Maison des Métallos, Paris

C'était, il y a, une fois. Un petit garçon qui aimait les étoiles et les arbres fruitiers. Enaiat est son nom. Sa mère, parce qu'elle l'aimait, l'a confié au destin, en l'abandonnant au-delà de la frontière alors qu'il approchait de ses dix ans.



© Mat Jacob.
© Mat Jacob.
C'est qu'à dix ans, là-bas en Afghanistan, on devient un homme et qu'un homme, quand il est hazāra, quand il appartient à une ethnie persécutée, ne va pas à l'école. Il est esclave. Pendant cinq ans, peut-être, il va avancer vers l'Ouest, de nuit. Se cachant, travaillant le jour, amassant un pécule, des rencontres et des chances.

Afghanistan, Pakistan, Iran, Turquie, Grèce, jusqu'à cette Italie joyeuse et merveilleuse qui l'accueille et recueille son récit.

Cendre Chassane dans "Crocodiles" condense le récit du véritable Enaiat (publié en 2011 chez Liana Levi), et en fait un conte à deux voix dans lequel un écrivain journaliste plein d'empathie interviewe le réfugié.

Sa pièce est un concentré de théâtre. Sa simplicité narrative, l'économie de ses accessoires (un bout de ficelle, un cerf-volant, un ballon, un t-shirt, un livre illustré, un gâteau, un lé de tissu métallisé, des images d'infini de sable ou de ciel) suffisent à capter l'imaginaire et rendent l'histoire lisible et sensible.

© Mat Jacob.
© Mat Jacob.
Et c'est toute l'intimité du monde, toutes les richesses du monde qui défilent .Celle du petit d'homme face aux éléments découvrant le désert, découvrant la mer, découvrant la ville, découvrant d'autres que lui-même. Ballotté, secoué, doué d'une improbable force de vie.

Crocodile raconte une histoire. Celle d'Ulysse, épuisé, recueilli par Nausicaa. Oh, bien sûr, dans "Crocodiles", elle est un peu vieille, un peu revêche et tatillonne mais miraculeuse. Car elle n'ignore pas l'enfance. Europa est son nom.

Devant ce très beau spectacle, les parents et les enfants ont le regard grave et émerveillé.

P.S. : Enaiat a terminé ses études supérieures.

"Crocodiles"

© Mat Jacob.
© Mat Jacob.
D'après "Dans la mer il y a des crocodiles - L'Histoire vraie d'Enaiatollah Akbari" de Fabio Geda, Éditions Liana Levi, 2011.
Adaptation et mise en scène : Cendre Chassanne et Carole Guittat.
Avec : Rémi Fortin.
Images : Mat Jacob/Tendance Floue.
Montage : José Chidlovsky
Création Sonore : Edouard Alanio.
Création lumière : Sébastien Choriol.
Durée : 55 min.
Tout public à partir de 9 ans.
Compagnie Barbès 35.

Dans le cadre du focus "Exil".
Du 16 au 20 mai 2018.
Mercredi, vendredi à 20 h, jeudi et samedi à 19 h, dimanche à 16 h.
Le jeudi 17 mai, la représentation sera suivie d’une rencontre avec l’équipe artistique.
Maison des Métallos, Paris 11e, 01 47 00 25 20.
>> maisondesmetallos.paris

Tournée 2018/2019

23 et 24 novembre 2018 : Auditorium, Châtenay-Malabry (92).
30 novembre et 1er décembre : Salle du Citoyen, Lognes (77).
6 et 7 décembre 2018 : Act’Art, Scènes rurales, La Rochette (77).
13 décembre et 14 décembre 2018 : Act'art, Foyer rural, Rebais (77).
28 au 31 janvier 2019 : Centre culturel P. Picasso - scène conventionnée, Homécourt (54).
5 au 8 février 2019 : Le Volcan - scène nationale, Le Havre (76).
11 et 12 février 2019 : La Mouche, Saint-Genis-Laval (69).
14 au 16 février 2019 : La Grange Dimière, Fresnes (94).
18 février 2019 : L'Entre-deux, Lésigny (77).
21 et 22 mars 2019 : Théâtre des Sources, Fontenay-aux-Roses (92).

Première publication : 6 mars 2017.

Jean Grapin
Lundi 23 Avril 2018

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Airs célèbres d'opéra, chansons rock, romances populaires. Dans son dernier spectacle "Dévaste moi"*, Emmanuelle Laborit chante et danse, livre des confidences à son public, elle fait le show. Avec ses musicos, (ses boys), tout le tralala et ses effets, les surtitrages qui ponctuent avec humour le tour de chant.

Elle met en place avec le soutien de Johanny Bert (qui met en scène) une forme éclectique de théâtre-danse et de music-hall mêlés. Le spectacle est à bien des égards vertigineux.

C'est que, au cas présent, l'artiste ne peut parler ni entendre les sons. Les mots et le sens ne peuvent pas sortir de la bouche. Tout le spectacle est en langage des signes. Interprété, pas traduit. En chantsigne.

Ce qui donne quelque chose de déroutant d'étonnamment maîtrisé qui dépasse très largement la notion de mimodrame et oblige le spectateur qui fait parti des "entendants" à reconsidérer sa manière de percevoir un spectacle.

Car à l'inverse des repères traditionnels qui élaborent un espace scénique dans lequel le sens circule entre les deux bornes de l'indicible : celles de l'obscène et du sublime, la prestation d'Emmanuelle Laborit passe par le bout des doigts et se transmet à tout le corps sans tabous avec la seule force de la persuasion et de la précision artistique. C'est toute la personne qui exprime le poids des sensations, la raison des sentiments ainsi que les effets de style.

Jean Grapin
20/09/2018
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De la tragédie honteuse des migrants, Gilbert Ponté extrait le rayonnement lumineux de la vie
Elle s'appelle Malyka R.Johany et elle va interpréter et raconter la vie de Samia Yuzuf Omar, un personnage réel qui a existé il y a quelques années, dont l'existence est passée du plus haut des rêves au plus noir des cauchemars.

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Bruno Fougniès
05/11/2018
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