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Cirque & Rue

Cirque Plume… une dernière avant la roue

Présent depuis 1984, le Cirque Plume sillonne les chapiteaux en emportant dans leur grande roue des cabrioles, de la danse, des chansons, de la musique et beaucoup d'humour. Pour ce dernier spectacle, la troupe a décidé de réunir des revenants, des nouveaux, des anciens, des jeunes et des moins jeunes de toutes nationalités.



© Yves Petit.
© Yves Petit.
C'est pour eux la dernière saison. Ou plutôt le nom de leur spectacle mais aussi leur dernier opus. Car… pour l'âge ? Il ne faudrait pas les croire vu ce qui se joue sur scène. Et puis le cirque a revisité ses fondamentaux depuis plusieurs années en intégrant du théâtre, des chansons, de la musique et de l'humour, les acrobaties passant parfois quelque peu en arrière-plan.

C'est un rapport au corps qui nous est conté autour de sketchs. C'est aussi et surtout une mise en avant de l'animalité humaine dans laquelle Cyril Casmèze, acrobate zoomorphe, excelle en cheval. La mise en index des animaux avec ses dompteurs dans une cage laisse une thématique ouverte dans la représentativité animalière. Celle où l'homme devient aussi oralité et démarche équestres. C'est plus qu'une imitation, c'est une déclinaison de l'homme dans sa bestialité.

Un numéro de percussions est effectué avec des valises. Il n'est pas uniquement un moment de rapidité et d'adresse. Il est surtout celui d'une coordination entre artistes et objets. Le mouvement des corps, pieds et mains sur les valises créent une osmose autant corporelle que musicale, comme si les trois artistes composaient une symphonie en banc (sur lequel ils s'assoient). Ils opèrent ensemble une transformation où l'objet "valise" devient percussion.

© Yves Petit.
© Yves Petit.
C'est aussi une poésie spatiale, musicale et acrobatique qui se déploie sur scène. J'entends par poésie cette approche scénographique où les corps se marient avec grâce et temporalité à la scène. La rapidité est mise souvent de côté pour laisser place à un état de "flottement", de corps suspendus où le "laisser couler" temporel devient moyen de propulsion, de lévitation, de rapport à l'atmosphère.

La gestuelle devient, paradoxalement, plus en adéquation avec sa gravité. C'est le corps qui existe pour ce qu'il est avec une gestique où les mouvements, au-delà de toute technique, sont d'une simplicité absolue. L'artiste dans les airs est là pour sentir, non pour montrer. Sa présence exprime comme une "palpation" de l'espace.

L'acrobatie n'est qu'un passage temporaire, même si elle a ses propres numéros, à des états où l'équilibre est recherché et non plus bouleversé. La musique apparaît avec guitare, basse, percussion, darbouka et piano. Les sketchs, toujours au travers d'une grille humoristique, donnent un autre tempo au spectacle, celui d'une mise en situation dans laquelle les artistes instaurent un dialogue avec le public en débanalisant le cirque par le biais de l'humour. Il sort en effet de ses chemins de traverse acrobatique pour créer une relation à l'espace et au temps en dehors de toute prérogative technique. Il devient ainsi pure poésie.

© Yves Petit.
© Yves Petit.
Natalie Good, sur ses deux fils en parallèle comme des barres/poutres asymétriques, a aussi ce rapport au temps en se dodelinant sur ceux-ci et en en jouant. Technicité il y a mais le rapport à celui-ci est autre car bousculé. Il s'agit de ne plus se concentrer sur ses fils mais d'intégrer le public dans ce numéro. La concentration est ainsi décentrée volontairement. L'auditoire devient objet d'attention autant que le fil pour l'acrobate.

Ce rapport à l'autre est aussi nourri par les corps, virils ou faussement virils. Grands, gros, ronds, beaux, maigres, costauds ou malingres, les troncs sont de tous les gabarits et revendiqués comme tels. Ils sont montrés pour s'en amuser autant sur scène que dans le public.

L'intégration, de plus en plus couru dans le monde circassien, du faux quidam sur scène (car c'est Bernard Kudlak, le directeur de la troupe) avec ses maladresses et ses approximations tisse un lien truculent avec le public. C'est un monde ouvert à tous. Chacun peut ainsi faire partie de la ronde.

© Yves Petit.
© Yves Petit.
L'univers circassien est un monde où l'animal apprivoisé, abandonné par le cirque, revient habiter les lieux au travers d'imitations, où les corps sont acceptés quelle que soit leur morphologie et où le maladroit a droit de cité.

De même, la danse, avec laquelle Nicolas Sannier se joue d'une plume dans les airs, n'est pas forcément d'une grande technicité. L'objet n'est pas là. Il est dans cette approche du tout-en-un de cette triade du corps, de l'espace et du temps sous-tendu, à l'exception de ce numéro, par le rapport à l'autre.

Le chant parfois, la musique souvent, sont aussi très présents avec ce joli ensemble dont les couples portent un parapluie jaune, allumé à l'intérieur. C'est très romantique avec cette lumière tamisée qui décline le mariage du temps et du geste, du pas et du tempo, de la partition et du mouvement. Cela se finit un peu plus loin avec toute la troupe sur un tronçon de bois, comme perdue dans la mer, tous ensemble, portés par le flot de la musique. Telle une peinture.

C'est beau, léger et poétique.

"La dernière saison"

© Yves Petit.
© Yves Petit.
Cirque Plume
Écriture, mise en scène, scénographie, direction artistique : Bernard Kudlak.
Composition, arrangements, direction musicale : Benoit Schick.
Assistance à la mise en scène : Hugues Fellot.
Avec : Nicolas Boulet (batterie, percussions, vibraphone, cuivres, habillage sonore), Cyril Casmèze (performer, acrobate zoomorphe), Julien Chignier (saxophones, percussions, choeurs), Natalie Good (fil, acrobatie), Pierre Kudlak (soubassophone, figures), Jacques Marquès (saxophones, harmonica, figures), Anaëlle Molinario (contorsion), Bernard Montrichard (guitares, banjo indien), Nicolas Sannier (danse), Yacine Sbay en alternance avec Jonathan Volson (percussions), Benoit Schick (piano, accordéon, chant), Andrea Schulte (mât chinois), Analia Serenelli (acrobatie, anneau aérien), Hichem Serir Abdallah (acrobatie, danse hip hop), Laurent Tellier-Dell'ova (contrebasse, basse, percussions, trombone).
Création costumes : Nadia Genez.
Création lumières : Fabrice Crouzet.
Création son : Jean-François Monnier.
Direction technique : Jean-Marie Jacquet.
Direction de la production : Dominique Rougier.

Du 26 septembre au 30 décembre 2018.
Du mercredi au vendredi à 20 h, samedi à 19 h et dimanche à 15 h.
Relâche du 31 octobre au 8 novembre.
Espace chapiteaux, La Villette, Paris 19e, 01 40 03 75 75.
>> lavillette.com

Tournée 2019

© Yves Petit.
© Yves Petit.
15 au 21 février 2019 : dans le Théâtre de Sénard - scène nationale, Lieusaint (77).
8 au 29 mars 2019 : Odyssud (en salle), Blagnac (31).
23 au 29 avril 2019 : Le Quartz - scène nationale (en salle), Brest (29).
9 au 19 mai 2019 : Aula Magna (en salle), Louvain-la-Neuve (Belgique).
26 mai au 18 juin 2019 : Espace Malraux - scène nationale Chambéry-Savoie (sous chapiteau) Chambéry, France (73).
11 au 24 octobre 2019 : Le Pin Galant (en théâtre), Mérignac, France (33).

Safidin Alouache
Jeudi 4 Octobre 2018

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"La petite fille de monsieur Linh" Tenter de donner une raison à la vie… à l'exil

Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

De la guerre, de la fuite, de l'exil peut naître la folie. Lorsque l'on a vu sa famille, tous ceux que l'on aime se faire tuer, quand on a tout perdu, perdre la raison peut devenir un refuge, un acte de survie, une tentative désespérée de renaissance en s'inventant une nouvelle histoire…

Guerre, mort, fuite inéluctable pour un espoir de survie, triviale association caractérisant chaque jour toujours plus notre monde… Bateau, exil, nouvelle contrée inconnue, centre d'hébergement, accueil pour vieil homme et petite fille. Pays nouveau, pays sans odeur, sans les odeurs colorées et épicées de son Asie natale, peut-être le Vietnam ou le Cambodge.

Tout commença un matin où son fils, sa belle-fille et sa petite fille s'étaient rendus dans les rizières. Cette année-là, la guerre faisait rage. Ils sont tués durant leur travail. Tao Linh récupère sa petite fille, Sang diû (Matin doux) 10 mois - elle a les yeux de son père (son fils), dit-il - et entreprend une épuisante traversée, à l'horizon une terre occidentale. Apprivoiser ce nouveau pays, ces gens inconnus, cette promiscuité dans ce centre d'accueil pour émigrés. Puis, au bout d'un moment, se résoudre, se décider à sortir pour découvrir cette ville qui l'accueille.

Dans un parc, assis sur un banc, et l'arrivée de monsieur Bark. Premier contact, et les prémices d'une nouvelle amitié. Ils parlent de leur femme (mortes). Parle de la guerre, celle à laquelle a participé Bark dans le pays de Linh. Bark l'invite au restaurant, lui offre un cadeau, une robe pour la petite. Tao Linh va être déplacé mais dans la même ville. Se retrouve dans une chambre… Enfermement…

Gil Chauveau
09/09/2020
Spectacle à la Une

"Les Dodos" Virtuoses aux agrès comme aux guitares… pour des envolées poétiques et musicales, sensibles et rebelles !

Quel point commun peut-il y avoir entre un dodo, gros oiseau incapable de voler - et plutôt maladroit - et un acrobate ? L'inconscience naïve pour le premier, qui le conduisit à sa disparition, l'inconscience maîtrisée - avec une peur raisonnée pour la sécurité - qui le mène vers le spectaculaire et la performance virtuose pour le second... C'est en résumé l'étonnante création de la compagnie Le P'tit Cirk qui s'articule autour de la musique et de l'envol avec la guitare comme partenaire privilégié, instrument musical ou agrès des plus surprenants !

Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

Gil Chauveau
17/09/2020
Sortie à la Une

"Cabaret Louise" Cabaret foutraque et jouissif pour s'indigner encore et toujours !

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
31/08/2020