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Théâtre

"Bluebird", un rêve éveillé… ou plutôt comme l'éveil rêvé d'un autre monde

"Bluebird", en tournée

Noctambules. Insomniaques. Travailleurs aux horaires décalés. Nomades de la nuit. Tous pris en charge par Jimmy le chauffeur de taxi au volant de sa Nissan Blue Bird. Les personnages de "Bluebird" pièce écrite par l'auteur anglais Simon Stephens sont des isolés de Londres.



© Julien Piffaut.
© Julien Piffaut.
Des atomes qui surgissent au fil du temps, au défilement des réverbères, au surgissement des ombres, à la fragmentation des halos des devantures et repartent. Comme égrenés sous le poids de lassitude du moment.

Ce chauffeur dont le spectateur suit la tournée nocturne est comme un ange gardien. Toujours à la parade d'un danger éventuel. Le désamorçant avec talent quand il se manifeste. Avec ses petits rituels du café partagé, sa cigarette offerte, sa question posée à l'abrupt. Son silence pesé aussi. Ménageant des instants de presque confiance, propices aux confidences. Autant d'amorces, qui laissent transparaître les petits secrets des uns et des autres et qu'il amasse comme le ferait un écrivain.

Au fur et à mesure des échanges, son propre secret apparaît. Bien plus lourd que ne le laissent entendre les indices donnés à chaque client. Jimmy est toujours sur le qui vive. Jimmy avance dans l'allégement de sa conscience. C'est un secret que le critique ne peut dévoiler car c'est le ressort de la pièce.

© Julien Piffaut.
© Julien Piffaut.
La mise en scène de Claire Devers opère par glissements du récit filmique au récit scénique. Sans artifice visible. Les différentes perceptions des mondes parallèles se font de manière conjuguée, jamais alternative, jamais illustrative. La mise en scène donne à voir l'extériorité et l'intériorité.

Le regard est guidé par des objets concrets pour que mieux s'articulent les imaginaires. Ainsi du rétroviseur créant une boucle des complicités entre personnages, acteurs et spectateurs. La mise en scène respire à un rythme naturel.

Ce faisant, Londres filmé la nuit devient un véritable personnage silencieux et obsédant et Philippe Torreton par sa présence puissante et sa conscience aiguë de l'espace de la scène et de l'écran de projection avance pas à pas dans la conscience de Jimmy, fait des ricochets avec ses clients en sale gosse qui veut voir s'évanouir le passé. Vibre au rythme des événements, joue à cache-cache avec lui-même, jusqu'à son devenir d'homme libre capable du don absolu, gratuit et désintéressé.

© Julien Piffaut.
© Julien Piffaut.
Ironiquement le spectacle se termine au petit matin blême à la sortie de Canary Wharf désert*. Manière de ressentir une dimension de l'être humain incommensurable, irréductible à tout étalonnage financier.

Dans la proposition scénique de Claire Devers cinéma et théâtre se fondent dans la nuit qui avance. Comme un rêve éveillé ou plutôt comme l'éveil rêvé d'un autre monde.

* Quartier des banques d'affaires.

Spectacle vu le mardi 16 janvier à la création à Chalon-sur-Saône.

"Bluebird"

© Julien Piffaut.
© Julien Piffaut.
Texte : Simon Stephens.
Traduction : Séverine Magois.
Mise en scène : Claire Devers.
Assistanat à la mise en scène : Julie Peigné.
Avec : Philippe Torreton, Baptiste Dezerces, Serge Larivière, Marie Rémond, Julie-Anne Roth.
Scénographie : Emmanuel Clolus.
Lumières : Thomas Cottereau, Olivier Oudiou.
Son : François Leymarie.
Vidéos : Yann Philippe, Renaud Rubiano.
Costumes : Fanny Brouste.
Production Espace des Arts, Scène nationale Chalon-sur-Saône
>> espace-des-arts.com

Tournée

© Julien Piffaut.
© Julien Piffaut.
23 au 27 janvier 2018 : Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence (13).
1er au 2 février 2018 : Maison de la Culture, Amiens (80).
7 février au 4 mars 2018 (off les 11, 12, 19 et 26 février 2018) : Théâtre du Rond-Point, Paris.
29 et 30 mars 2018 : Théâtre Sartrouville Yvelines - CDN, Sartrouville (78).
3 au 7 avril 2018 : Célestins, Théâtre de Lyon, Lyon (69).

Jean Grapin
Vendredi 19 Janvier 2018

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© Compagnia dell'Edulis.
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© Théâtre du Centaure.
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