La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Danse

Ballet de l'Opéra de Lyon… Quatre chorégraphies de quatre continents : une quadrature du monde !

Autour de Lucy Guérin, Tânia Carvalho, Emanuel Gat et William Forsythe, la danse contemporaine montre de multiples visages où les mouvements s'enchaînent dans de créatives chorégraphies, où le rapport à l'autre et au monde se décline de différentes façons.



"Xylographie" © Stofleth.
"Xylographie" © Stofleth.
Quatre danses de quatre continents, Australie (Océanie), Israël (Asie), Portugal (Europe) et USA (Amérique). Le monde de l'Art est un monde de migrants, où les frontières, quand elles existent, sont franchies avec délectation. La danse contemporaine est transfrontalière, seule la griffe du chorégraphe y imprime sa marque, son originalité, son territoire. Autour de Tânia Carvalho, Emanuel Gat, Lucy Guérin et Wiliam Forsythe, la gestuelle de chaque chorégraphie est différente dans une approche scénique où le rapport à l'autre est vu sous différents angles.

"Black box" de Lucy Guérin laisse apparaître un carré noir recouvrant un éclairage lumineux. La chorégraphie débute avec de petits mouvements brisés aux poignets, aux articulations sans être recroquevillés et dans laquelle la gestuelle se libère peu à peu. Le mouvement se fluidifie. Il se coordonne par petits bouts, comme un puzzle, où la fluidité repose sur les articulations des mains, des bras, des jambes et qui, au fil de la chorégraphie, arrive à s'étendre vers des mouvements amples et rythmés. L'amplitude et la force détrônent la légèreté des premiers mouvements. Ils deviennent ondulatoires faisant de chaque membre un organe pris dans sa totalité. Décomposé par bribes puis recomposé par morceaux au fil de disparitions et d'apparitions des danseurs, ceux-ci font, en solo, résurgence dans le noir et réapparaissent, en groupe, dans la lumière.

"Xylographie" © Stofleth.
"Xylographie" © Stofleth.
"Xylographie" de Tânia Carvalho est une chorégraphie composée de belles attitudes. Les jambes, les bras se replient ou s'étirent comme des figures nippones avec le tronc presque fixe. C'est cette fixité picturale qui fait effet de portraits, toujours symétriques les uns aux autres. Ce sont des tableaux humains animés par des corps qui dansent dans un canon corporel, les uns se positionnant selon un déplacement, les autres selon une direction, toujours de façon synchrone et sur le même tempo.

Les figures corporelles se rejoignent pour entamer un même chorus, celui d'une glissade au sol, d'un jeu de dominos humains ou d'une pose artistique. Les corps se déplacent par translation autour de petits mouvements de pied. La fixité est incarnée dans le regard soutenu par une gestuelle qui fait pendre la paume des mains dans une forme arrondie qui semble mourir dans la brisure d'un corps. Il y a de superbes tableaux de groupes où la position des danseurs est calibrée au degré près dans un synchronisme dans lequel chaque danseur est responsable de l'harmonie de l'ensemble.

"Black box" © Michel Cavalca.
"Black box" © Michel Cavalca.
"Sunshine" d'Emanuel Gat traite du groupe et de l'individu, du solo et du collectif, de ces rapports qui isolent et qui rassemblent. Une voix se fait entendre, extrait de la préparation d'un spectacle. Les danseurs sont regroupés dans des mouvements élancés où un(e) danseur(se) s'extirpe du groupe pour adopter une gestuelle vive, ample et à l'arrêt, pour repartir ensuite. Nous sommes dans un va-et-vient entre le groupe et la personne, entre la solitude et le vivre-ensemble. La gestuelle est très appuyée sur le sol et sur les autres. Les danseurs se touchent à peine mais leurs relations sont faites d'une complicité "spatiale" qui fait de chacun d'eux un écho à leur indépendance. Nous sommes dans une sorte de communion collective où le groupe et l'individu s'expriment dans leur propre tempo corporel.

"One flat thing, reproduced" de Forsythe fait apparaître une scénographie composée de tables blanches que les danseurs évitent, se lancent dedans ou se glissent dessus. Ce sont des mouvements de va-et-vient autour d'elles et dans lesquels les danseurs sont de face ou de côté. La gestuelle est rapide et est composée de différents rythmes.

À la fois élancée et ramassée, elle est portée autant par les membres inférieurs ou supérieurs que par le tronc. La chorégraphie possède trois niveaux de jeu faites autour de ses différentes parties du corps. La disposition des tables crée des vis-à-vis où la gestuelle de l'un est complétée par celle de l'autre. Les tables deviennent ainsi objets de rencontre, de liens mais aussi d'obstacles. Obstacles pour se mesurer, se jauger et s'apprécier.

Le spectacle est beau dans sa gestuelle et sa scénographie et la rencontre de ses différents chorégraphes fait de la danse contemporaine, un même langage parlé de continentales et différentes façons.

Ballet de l'Opéra de Lyon Cie

"Xylographie" (25 min) création.
Chorégraphie : Tânia Carvalho.
Costumes : Aleksandar Protic.
Lumières : Zeca Iglésia.
Avec 20 danseurs.

"Sunshine" (25 min) 2014.
Chorégraphie, lumières et bande-son : Emanuel Gat.
Musique : Georg Friedrich Haendel, "Water Music, Suite n°2 en ré majeur, HWV 349".
Assistante à la chorégraphie : Geneviève Osborne.
Collaboration pour la bande-son :
Frédéric Duru.
Avec 10 danseurs.

"Black box" (25 min) 2013.
Chorégraphie : Lucy Guerin.
Musique : Oren Ambarchi.
Scénographie : Ralph Myers.
Costumes : Ralph Myers, Lucy Guerin.
Lumières : Benjamin Cisterne.
Avec 10 danseurs.

"One flat thing, reproduced" (17 min) 2000.
Chorégraphie, costumes, scénographie et lumières : William Forsythe.
Musique : Thom Willems.
Avec 14 danseurs.

Durée totale : 2 h 30.

Du 20 au 27 février 2016.
Du jeudi au mardi à 20 h 30, dimanche à 15 h.
Théâtre de la Ville, Paris 4e, 01 42 74 22 77.
>> theatredelaville-paris.com

Safidin Alouache
Mercredi 24 Février 2016

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021




    Aucun événement à cette date.
Partenariat



À découvrir

Succès mérité pour CIRCa, le cirque dans tous ses états !

Premier week-end à chapiteaux pleins à Auch sous le soleil occitan pour la 34e édition du festival du cirque actuel. Dans une ambiance éminemment festive, le public avait investi les différents espaces du festival, tant le Dôme de Gascogne et la salle Bernard Turin que les toiles édifiées à proximité ou sur d'autres lieux de la commune gersoise, pour découvrir des propositions artistiques riches et variées, d'une grande diversité de formes et de styles.

On pouvait ainsi apprécier, lors de ces deux premières journées, l'espiègle énergie et la bonne humeur des jeunes acrobates australiens de la Cie Gravity and Others Myths, "PANDAX", le cirque narratif de Cirque La Compagnie, la Cie H.M.G. avec son onirique et carrément magique "080" ou encore "Les hauts plateaux", la création 2019 de Mathurin Bolze/Cie MPTA (Compagnie les Mains les Pieds et la Tête Aussi).

Proposition forte au programme de ce week-end introductif, "Les hauts plateaux" offraient une scénographie originale, mystérieuse et très technique faite de trampolines, de plateaux volants et d'agrès en suspension. Dans une vision aux couleurs d'apocalypse, sur fonds de ruines passées, présentes ou imaginaires, ces hauts plateaux se dessinent comme autant d'îles défiant les lois de la gravité… où des êtres, silhouettes parfois irréelles, artistes de l'aérien, de la légèreté, embrassent d'éphémères, mais sans cesse renouvelés, moments acrobatiques, entre deux équilibres, portés, guidés par les rebonds d'efficaces trampolines.

Gil Chauveau
26/10/2021
Spectacle à la Une

Un large déploiement de créations pour la 29e édition du Festival Marmaille

Pour la vingt-neuvième fois, l'association Lillico organise, dans Rennes, la métropole rennaise et l'Ille-et-Vilaine, le Festival Marmaille, événement consacré à la jeunesse, à l'enfance et à la prime-enfance, mais aussi aux spectacles "tout public" qui se déroulent durant deux semaines. Un festival pluridisciplinaire puisqu'il accueille théâtre, danse, chant, films, etc., dans différents lieux partenaires. Cette diversité permet aux enfants comme aux adultes de tous y trouver leur compte, d'autant que l'axe de programmation vise non seulement l'éclectisme, mais le sens, l'importance du propos autant que le plaisir de l'instant.

L'édition 2021 de Marmaille révèle vingt-deux propositions artistiques destinées à toutes les tranches d'âge puisque certains spectacles s'adressent à des bébés (comme le spectacle "Chuchoterie" pour un public accepté dès la naissance ou "Touche" à partir de 18 mois dont nous reparlerons plus bas). Elle rayonne dans une galaxie de lieux dans Rennes et dans les alentours. Et elle est riche de quatorze créations.

Des créations que Lillico connaît bien pour beaucoup d'entre elles puisqu'une des missions de l'association est d'accompagner tout au long de l'année des compagnies tournées vers le jeune public. Ceci depuis trente-deux. C'est certainement la raison pour laquelle ce festival révèle des propositions d'une très grande originalité et d'une grande valeur artistique. Accompagnés par l'association Lillico et révélés lors de cette quinzaine, ces spectacles continuent leur chemin sur tout le territoire pour des tournées importantes. Vous pourrez certainement en voir programmés près de chez vous.

Peut-être aurez-vous ainsi l'occasion de découvrir "Vendredi", une pièce inspirée de "Robinson Crusoé" de Daniel Defoe, qui s'attache à mettre en images l'évolution de la relation entre Robinson, l'homme civilisé et Vendredi, le sauvage. Dans un décor construit comme une île en miniature, les deux comédiennes qui interprètent les rôles racontent sans un mot le mimétisme dont Vendredi fait preuve face à Robinson, abandonnant ainsi une partie de sa personnalité. Toute cette histoire nous parvient ainsi par le mime, avec une lenteur voulue, comme un rituel moitié absurde, moitié ludique.

Bruno Fougniès
29/10/2021
Spectacle à la Une

"Olympe et moi" Redécouvrir les écrits d'Olympe de Gouges pour mieux envisager les combats restant à mener

Olympe de Gouges, courtisane, royaliste, puis républicaine, insoumise et revendicatrice, connut son heure de gloire avant de mourir sous la lame meurtrière de la Terreur en 1793 et de tomber dans l'oubli. Elle a réapparu à juste titre aux côtés des grandes féministes contemporaines, il y a quelques décennies. Véronique Ataly et Patrick Mons nous proposent une rencontre attachante, généreuse, avec celle-ci où est associée avec intelligence l'actualité de la Femme telle qu'elle est aujourd'hui.

© Philippe Delacroix.
En fond sonore, bruits confus d'une foule probablement en mouvement, séquence révolutionnaire suggérée. Et cette phrase jetée comme une réplique provocatrice aux événements que l'on imagine en cours : "Femmes, quels bénéfices avez-vous tirés de la révolution ?"… telle est l'adresse d'Olympe à la foule… Et le début du singulier spectacle imaginé par Véronique Ataly où une comédienne, Florence, doit interpréter l'Occitane émancipée et insoumise qui cultiva une révolte permanente contre l'injustice et surtout l'hypocrisie.

L'interprète ainsi désignée de la féministe révolutionnaire donne tout de suite la temporalité du récit envisagé : 1793, la montée vers la guillotine d'Olympe de Gouges. Mais si, ici, cette dernière y perdit la tête, pour Florence, c'est de perte de mémoire dont il s'agit, un énorme trou, l'oubli total de son texte sans souffleur pour la secourir, le métier n'existant plus depuis longtemps.

Perte de mémoire contre perte de tête, le procédé pourrait sembler "facile", cousu de fil blanc - j'avoue que telle fut ma première impression -, mais Véronique Ataly, usant avec subtilité et humour de la trame conçue par Patrick Mons à l'aide notamment des différents écrits d'Olympe, va découdre cette facilité avec beaucoup de talent.

Gil Chauveau
15/11/2021