La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"1 heure 23’ 14’’ et 7 centièmes" : une leçon d’intense plaisir

Jusqu'à présent, nous en avons très peu parlé. Et pourtant, c’est un comédien qu’on aime particulièrement. Rares d’ailleurs ceux qui ne s’inclinent pas devant son talent d'auteur et d'acteur. Certainement parce qu’au cinéma comme au théâtre, Jacques Gamblin est là où on ne l’attend pas. Avec son dernier spectacle qu’il écrit, co-dirige, joue et co-produit (rien que ça !), c’est dans une salle de sport qu’il (nous) entraîne (en compagnie de) Bastien Lefèvre. L'un en tant que coach, l'autre en tant qu'athlète. La leçon est intense !



© Pascal Gely
© Pascal Gely
Toujours sur une corde raide, Jacques Gamblin réussit à réunir encore une fois deux entités antinomiques, deux arts paradoxaux : la danse et le théâtre. Paradoxaux, car en danse, le sens vient après ; au théâtre, on cherche l’histoire avant tout le reste. Entre un Bastien Lefèvre confiant que le sens va arriver et un Jacques Gamblin inquiet qu’il n’arrive pas, c’est sur ce fil, dans cette "recherche infinie de l’équilibre et de la confiance" que ce spectacle se co-construit, sur scène comme dans sa mise en scène.

Avec Gamblin, il s’agit toujours de petites histoires, celles de fragments de vie regardés à la loupe et qui racontent une aventure humaine. Son auteur aime qu’une histoire soit racontée sans qu’on sache comment elle s’est racontée. "C’est mon truc", confie t-il après le spectacle. C’était déjà le cas dans "Tout est normal mon cœur scintille", son spectacle précédent. Ici, les conseils de l’entraîneur exultent et rebondissent, marquent le tempo de charybde en scylla, entrecoupés de quelques adages, des moments de poésie tout en suspension. À couper le souffle. Et articulés par l’enchevêtrement de ces deux corps désarticulés.

Comment donc trouver la brèche, transmettre et arriver à apprendre, apprendre à s’échapper aussi de la petite histoire (souvent une question de survie) pour qu'elle devienne universelle ? Dans une scénographie au décorum sobre et confiné d’une salle de sport, deux corps superbement sculptés (et revêtus de survêtements noirs et orange pétant, on aime le contraste) font du sport, ou plutôt l'évoquent de manière "dynamique" sans pour autant toucher à aucun sport. Universalité transcendée encore un peu plus grâce à l’absurde que côtoie Gamblin dans chacun de ses spectacles et qui peut aussi devenir ici un bel éloge de la folie. Tous les moyens sont bons dans ce voyage où corps et mots se cherchent et se disputent. Ils vont en tout cas chercher en chacun de nous un peu de cette fragilité, de cette rage, de cette colère, de cette sueur "de soi" qui fait notre humanité. Cette difficulté à être et à devenir. Tellement.

"1 heure 23’ 14’’ et 7 centièmes"

© Pascal Gely
© Pascal Gely
Sous la direction de Catherine Gamblin-Lefèvre, le danseur Bastien Lefèvre (c’est donc aussi dans la vie comme sur scène une belle histoire de famille et de transmission) possédait déjà, dans "Tout est normal mon cœur scintille", cette beauté évanescente et spectrale. Dans ce duo, il révèle cette recherche perpétuelle du geste précis, une endurance époustouflante dans laquelle le corps repousse sans cesse les limites de l’acceptable. Le spectacle est intense et exigeant. Intense en émotion, exigeant physiquement puisqu’il nécessite trois heures d’échauffement pour les comédiens avant chaque représentation.

Quant au spectateur qui traverse ces "1 heure 23 minutes 14 secondes et 7 centièmes" (ou presque !) de spectacle, certaines phrases sont une gifle : "Ce n’est plus l’heure des pourquoi, c’est l’heure des parce que". D’ailleurs, "tu as le droit d’aller mal, mais tu n’as pas le droit de ne rien faire pour aller mieux"… car "Il ne faut pas vouloir trop et travailler à ne pas vouloir". Dans cette séance de répétition, les corps sont en suspension, les mots en extension. Les deux s’enchevêtrent, se transmettent et travaillent à être, dans une réciprocité troublante.

Nota bene : Nous avons eu la chance d’assister à la dernière représentation d’une première tournée en province (là, c’était à Falaise, en Normandie, dans le cadre du festival "Danse de tous les sens", organisé par Catherine Gamblin-Lefèvre). Les prochaines représentations seront maintenant en janvier 2016 au Centquatre où Jacques Gamblin est en résidence. Nous aurons l’occasion de vous en reparler… Mais ce sera à voir, absolument !

"1 heure 23’ 14’’ et 7 centièmes"

© Pascal Gely
© Pascal Gely
Textes : Jacques Gamblin.
De et avec : Jacques Gamblin et Bastien Lefèvre.
Chorégraphie et sélection musicale : Bastien Lefèvre.
Assistante à la mise en scène : Domitille Bioret.
Assistante à la chorégraphie : Catherine Gamblin-Lefèvre.
Scénographie : Alain Burkath.
Lumières : Laurent Béal.
Costumes : Marilyne Lafay.
Staff d'entrainement : Anne Bourgeois et Yannick Hugron.
Son : Marc de Frutos.
Durée : 1 h 20.

Du 12 au 24 janvier 2016.
Du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 17 h.
Le Centquatre-Paris, Salle 400, Paris 19e, 01 53 35 50 00.
>> 104.fr

Tournée
26 et 27 janvier 2016 : Théâtre Anthea, Antibes (06).
31 janvier 2016 : Théâtre municipal Ducourneau, Agen (47).
3 au 6 février 2016 : Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées, Toulouse (31).
9 février 2016 : Théâtre municipal, Cahors (46).
11 février 2016 : Le Théâtre - Scène nationale, Narbonne (11).
19 février 2016 : Théâtre Jean Arp, Clamart (92).
29 février 2016 : L’Equinoxe - Scène nationale, Châteauroux (36).
3 et 4 mars 2016 : Théâtre municipal, Grasse (06).
8 mars 2016 : Théâtre de l’Olivier, Istres (13).
10 mars 2016 : Théâtre Casino, Le Locle (Suisse).
15 et 16 mars 2016 : Théâtre Beausobre, Morges (Suisse).
18 et samedi 19 mars 2016 : Maison des Arts du Léman, Thonon-les-Bains (74).
22 et 23 mars 2016 : Le Carré, Les Colonnes, Saint-Médard-en-Jalles (33).
25 mars 2016 : Espace culturel Capellia, La Chapelle-sur-Erdre (44).

Jeudi 14 Janvier 2016

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022


Brèves & Com



Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À découvrir

"Salle des Fêtes" Des territoires aux terroirs, Baptiste Amann arpente la nature humaine

Après le choc de sa trilogie "Des Territoires", dont les trois volets furent présentés en un seul bloc de sept heures à Avignon lors du Festival In de 2021, le metteur en scène se tourne vers un autre habitat. Abandonnant le pavillon de banlieue où vivait la fratrie de ses créations précédentes, il dirige sa recherche d'humanités dans une salle des fêtes, lieu protéiforme où se retrouvent les habitants d'un village. Toujours convaincu que seul ce qui fait communauté peut servir de viatique à la traversée de l'existence.

© Pierre Planchenault.
Si, dans "La vie mode d'emploi", Georges Perec avait imaginé l'existence des habitants d'un bâtiment haussmannien dont il aurait retiré la façade à un instant T, Baptiste Amann nous immerge dans la réalité auto-fictionnelle d'une communauté villageoise réunie à l'occasion de quatre événements rythmant les quatre saisons d'une année. Au fil de ces rendez-vous, ce sont les aspirations de chacun qui se confrontent à la réalité - la leur et celle des autres - révélant, au sens argentique d'une pellicule que l'on développe, des aspérités insoupçonnées.

Tout commence à l'automne avec l'exaltation d'un couple de jeunes femmes s'établissant à la campagne. Avec le montant de la vente de l'appartement parisien de l'une d'elles, écrivaine - appartement acquis grâce au roman relatant la maladie psychiatrique du frère qui les accompagne dans leur transhumance rurale -, elles viennent de s'installer dans une usine désaffectée flanquée de ses anciennes écluses toujours en service. Organisée par le jeune maire survient la réunion du conseil consultatif concernant la loi engagement et proximité, l'occasion de faire connaissance avec leur nouvelle communauté.

Yves Kafka
17/10/2022
Spectacle à la Une

Appel à candidatures pour la création d'un spectacle patrimonial de divertissement

La ville d'Orange a confié depuis le 1er avril 2022, la gestion et la valorisation du Théâtre antique, du Musée d'art et d'histoire et de l'Arc de triomphe, à la société Edeis pour une durée de 10 ans.

© Edéis Orange février 2023 - DR pour l'appel à projet.
Dans le cadre de sa délégation, Edéis l'allié des territoires, a pour ambition :
- De donner sa pleine envergure au Théâtre antique à la fois en tant que monument du Patrimoine mondial riche d'un attrait historique et scientifique majeur mais aussi en sa qualité de porte-étendard de tout un territoire et de son art de vivre ;
- De proposer des approches novatrices et expérimentales afin d'améliorer significativement l'expérience visiteur ;
- D'agir en pleine cohérence et en parfaite synergie avec la politique culturelle de la ville.

Le projet décennal est de faire d'Orange, la scène de l'innovation sonore.
Une place forte et incontournable de la culture et de l'innovation.

1. Reprise des éléments du contrat de Délégation de service public entre la ville d'Orange et la société Edéis :
Article 2 – Définition des missions confiées au délégataire.
"Le délégataire sera notamment chargé des activités suivantes :
La création de contenus culturels, d'animations, d'évènements et de spectacles adaptés et cohérents avec la politique culturelle, patrimoniale et touristique de la ville et en lien avec les propositions des services concernés (Culture, Musée, Office de tourisme) ainsi que le développement significatif des flux de visiteurs. De manière générale, il s'agit de faire évoluer le Théâtre antique vers un statut de lieu de vie aux animations multifacettes (diurne et nocturne, saison, hors-saison, ailes de saison…) ouvert à différents types de publics cibles.

Gil Chauveau
02/02/2023
Spectacle à la Une

Dans "Nos jardins Histoire(s) de France #2", la parole elle aussi pousse, bourgeonne et donne des fruits

"Nos Jardins", ce sont les jardins ouvriers, ces petits lopins de terre que certaines communes ont commencé à mettre à disposition des administrés à la fin du XIXe siècle. Le but était de fournir ainsi aux concitoyens les plus pauvres un petit bout de terre où cultiver légumes, tubercules et fruits de manière à soulager les finances de ces ménages, mais aussi de profiter des joies de la nature. "Nos Jardins", ce sont également les jardins d'agrément que les nobles, les rois puis les bourgeois firent construire autour de leurs châteaux par des jardiniers dont certains, comme André Le Nôtre, devinrent extrêmement réputés. Ce spectacle englobe ces deux visions de la terre pour développer un débat militant, social et historique.

Photo de répétition © Cie du Double.
L'argument de la pièce raconte la prochaine destruction d'un jardin ouvrier pour implanter à sa place un centre commercial. On est ici en prise directe avec l'actualité. Il y a un an, la destruction d'une partie des jardins ouvriers d'Aubervilliers pour construire des infrastructures accueillant les JO 2024 avait soulevé la colère d'une partie des habitants et l'action de défenseurs des jardins. Le jugement de relaxe de ces derniers ne date que de quelques semaines. Un sujet brûlant donc, à l'heure où chaque mètre carré de béton à la surface du globe le prive d'une goutte de vie.

Trois personnages sont impliqués dans cette tragédie sociale : deux lycéennes et un lycéen. Les deux premières forment le noyau dur de cette résistance à la destruction, le dernier est tout dévoué au modernisme, féru de mode et sans doute de fast-food, il se moque bien des légumes qui poussent sans aucune beauté à ses yeux. L'auteur Amine Adjina met ainsi en place les germes d'un débat qui va opposer les deux camps.

Bruno Fougniès
23/12/2022