Cheveux plaqués et mine du parfait satisfait (de lui-même), couvant des yeux la platine où il fait succéder les vinyles des stars de la funk, il commente avec emphase l'objet de ses transes… La funk ? C'est le diapason de l'humanité, une promesse de liberté… pas celle des pancartes des manifs brailleuses, mais celle joyeuse de Kool & The Gang et autres groupes de disco funk dont il égrène les noms, comme d'autres les perles de leur chapelet. Joignant le geste à la parole, il se lance dans un numéro exalté où le balancement frénétique des hanches, l'expression extatique du visage, confirment le lieu où il place sa fureur de vivre.
Face à lui, une femme épuisée de solitude n'a d'yeux que pour lui… Il a posé son regard sur elle ! Elle, qui l'instant d'avant se sentait invisible, enveloppée de la nuit épaisse qui la recouvrait, se sent, comme sous l'effet d'un philtre, extraordinairement vivante… Encore un brin lucide, elle se dit que ce n'est pas la beauté plastique de l'homme qui l'attire, mais ce quelque chose d'animal qui se dégage de sa présence, l'odeur magnétique de sa sueur. "Je veux qu'il m'embrasse, me sorte de la masse"…
Face à lui, une femme épuisée de solitude n'a d'yeux que pour lui… Il a posé son regard sur elle ! Elle, qui l'instant d'avant se sentait invisible, enveloppée de la nuit épaisse qui la recouvrait, se sent, comme sous l'effet d'un philtre, extraordinairement vivante… Encore un brin lucide, elle se dit que ce n'est pas la beauté plastique de l'homme qui l'attire, mais ce quelque chose d'animal qui se dégage de sa présence, l'odeur magnétique de sa sueur. "Je veux qu'il m'embrasse, me sorte de la masse"…
Et lorsque Doudou introduira, sans préliminaire, sa langue dans la bouche de Bébé, c'est dans son cœur qu'elle pénétrera… enfin pas que… si l'on en croit la décharge électrique qu'elle ressent dans son vagin. Le tableau suivant (le temps du théâtre n'a pas d'épaisseur) les retrouvera entrelacés au sol dans une posture donnant la mesure de l'intensité de leurs ébats (amoureux ? Elle, oui)… jusqu'à ce qu'une mystérieuse petite culotte, échappée inopinément de la poche du pantalon de Doudou, s'invite dans le jeu à deux. Lui, avec l'aplomb de ceux que rien ne désarme, rira de la situation en prétendant qu'elle ne se souvient plus que c'est la sienne, elle dont la garde-robe en regorge… Mauvaise foi si tranquille qu'elle est de nature à faire vaciller la raison de celle qui, viscéralement, doute d'elle-même.
Harold Searles, psychanalyste américain, a écrit naguère un essai au titre évocateur restant d'actualité : "L'effort pour rendre l'autre fou"… Le processus de déstabilisation, celui de la force du déni versus réalité, est enclenché avec son cortège de récompenses sucrées succédant sans transition à des reproches acides sapant l'estime de soi, déjà ébranlé, de Bébé. Des compliments sirupeux accompagnés de douches glaciales la désarçonneront.
Harold Searles, psychanalyste américain, a écrit naguère un essai au titre évocateur restant d'actualité : "L'effort pour rendre l'autre fou"… Le processus de déstabilisation, celui de la force du déni versus réalité, est enclenché avec son cortège de récompenses sucrées succédant sans transition à des reproches acides sapant l'estime de soi, déjà ébranlé, de Bébé. Des compliments sirupeux accompagnés de douches glaciales la désarçonneront.
Les tableaux suivants alterneront actions, propos échangés sur scène et pauses au micro où chacun des protagonistes tour à tour confiera les pensées qui le traversent, éclairant la problématique de chacun. Lui : "Pourquoi elle me fait penser à Margaret Thatcher ? La dame de fer, la casse-couilles…". Elle : "Tombée inerte et personne pour me relever… Est-ce que j'existe quand je suis seule ?…".
Plus Doudou se montrera odieux, plus il lui dira qu'il ne peut vivre sans elle, allant jusqu'à la supplier de l'épouser. À ses plaisanteries – "Tu glousses comme une pintade" –, elle rira, par politesse, ne pouvant affronter un seul instant l'idée qu'il puisse l'abandonner… Le dénigrement au quotidien ira crescendo, parallèlement Doudou compensera par les aveux de sa jalousie (réelle et/ou feinte), lui qui est fou d'elle au point de remettre en question les sorties de Bébé, car "les mecs sont des chacals rêvant d'exposer, comme des trophées sur le rebord de la cheminée, les chattes empaillées de leurs plus belles prises".
Les mécanismes de l'emprise refermant leurs mâchoires sur la victime en quête vitale de reconnaissance, sur fond de musiques électrisantes, les conduiront vers la chute annoncée dès leur rencontre… De Charybde en Scylla, Bébé aura à ravaler toutes ses aspirations pour n'être plus qu'une outre vidée d'elle-même, devenue l'objet de Doudou avec lequel il jouera, jouira, comme le gros matou avec la petite souris… Sauf que, à certains moments, si manipulateur soit-il, lui-même pris à son propre piège, on peut se demander s'il n'existe plus que grâce au jeu dont il est le maître… et l'esclave à la fois.
Un élément déclencheur, sous la forme d'un aperçu d'écran "éclairant" l'une des nombreuses relations féminines de Doudou, précipitera l'action vers son dénouement. Un dénouement en plusieurs temps et mouvements. Un premier verra Bébé s'émanciper sous le choc de la révélation, le second la verra s'effondrer face au vide béant s'ouvrant à ses pieds, avant que, dans un troisième temps, le pire ne pointe son nez. Quant au final, à l'image de la vraie vie dont un extrait est "projeté" en voix off, il est – on s'en doutera – peu compatible avec un happy end.
Construit comme un thriller dopé aux vibrations de la funk, troué d'arrêts sur images – sous la forme des voix au micro – faisant entendre les pensées de chacun, ce road-movie immobile d'un couple où la femme sous influence court à sa perte annoncée, fait figure de tableau "vivant"… celui mortifère de l'emprise destructrice d'un "mâle" endémique. L'enfermement, un sujet de prédilection pour le Collectif Denisyak et son autrice metteuse en scène, Solenn Denis, experts en la matière (Cf. le très remarquable "SStockholm", et "Sandre"). Un moment de théâtre intense, pour les spectateurs.
◙ Yves Kafka
Vu le 6 mars 2026 au Glob Théâtre à Bordeaux (33).
Plus Doudou se montrera odieux, plus il lui dira qu'il ne peut vivre sans elle, allant jusqu'à la supplier de l'épouser. À ses plaisanteries – "Tu glousses comme une pintade" –, elle rira, par politesse, ne pouvant affronter un seul instant l'idée qu'il puisse l'abandonner… Le dénigrement au quotidien ira crescendo, parallèlement Doudou compensera par les aveux de sa jalousie (réelle et/ou feinte), lui qui est fou d'elle au point de remettre en question les sorties de Bébé, car "les mecs sont des chacals rêvant d'exposer, comme des trophées sur le rebord de la cheminée, les chattes empaillées de leurs plus belles prises".
Les mécanismes de l'emprise refermant leurs mâchoires sur la victime en quête vitale de reconnaissance, sur fond de musiques électrisantes, les conduiront vers la chute annoncée dès leur rencontre… De Charybde en Scylla, Bébé aura à ravaler toutes ses aspirations pour n'être plus qu'une outre vidée d'elle-même, devenue l'objet de Doudou avec lequel il jouera, jouira, comme le gros matou avec la petite souris… Sauf que, à certains moments, si manipulateur soit-il, lui-même pris à son propre piège, on peut se demander s'il n'existe plus que grâce au jeu dont il est le maître… et l'esclave à la fois.
Un élément déclencheur, sous la forme d'un aperçu d'écran "éclairant" l'une des nombreuses relations féminines de Doudou, précipitera l'action vers son dénouement. Un dénouement en plusieurs temps et mouvements. Un premier verra Bébé s'émanciper sous le choc de la révélation, le second la verra s'effondrer face au vide béant s'ouvrant à ses pieds, avant que, dans un troisième temps, le pire ne pointe son nez. Quant au final, à l'image de la vraie vie dont un extrait est "projeté" en voix off, il est – on s'en doutera – peu compatible avec un happy end.
Construit comme un thriller dopé aux vibrations de la funk, troué d'arrêts sur images – sous la forme des voix au micro – faisant entendre les pensées de chacun, ce road-movie immobile d'un couple où la femme sous influence court à sa perte annoncée, fait figure de tableau "vivant"… celui mortifère de l'emprise destructrice d'un "mâle" endémique. L'enfermement, un sujet de prédilection pour le Collectif Denisyak et son autrice metteuse en scène, Solenn Denis, experts en la matière (Cf. le très remarquable "SStockholm", et "Sandre"). Un moment de théâtre intense, pour les spectateurs.
◙ Yves Kafka
Vu le 6 mars 2026 au Glob Théâtre à Bordeaux (33).
"Bébé et Doudou"
Texte : Solenn Denis.
Mise en scène : Collectif Denisyak.
Avec : Olivia Corsini et Erwan Daouphars.
Lumière : Fabrice Barb
Par le Collectif Denisyak.
À partir de 15 ans.
Durée : 1 h 20.
Représenté du 4 au 6 mars 2026 au Glob Théâtre de Bordeaux (33).
Tournée
11 mars 2026 : Amis du Théâtre Populaire (ATP), Théâtre Auditorium, Poitiers (86).
26 mars 2026 : ATP, Atrium, Dax (40).
28 mars 2026 : ATP, Théâtre des Bastides, Villefranche-de-Rouergue (12).
31 mars 2026 : ATP de l'Aude, Théâtre Na Loba, Pennautier (11).
2 avril 2026 : ATP, Ancien Évêché, Uzès (30).
3 avril 2026 : ATP, Théâtre de l'Odéon, Nîmes (30).
21 avril 2026 : Le Théâtre - Scène conventionnée d'intérêt national, Thouars (79).
24 avril 2026 : ATP, Théâtre de la Maison du Peuple, Millau (12).
26 mai 2026 : ATP, Théâtre, Roanne (42).
Du 4 au 25 juillet 2026.
À 13 h 25 (relâche le vendredi) au Théâtre 11 d'Avignon (84), dans le cadre du Festival Off.
Mise en scène : Collectif Denisyak.
Avec : Olivia Corsini et Erwan Daouphars.
Lumière : Fabrice Barb
Par le Collectif Denisyak.
À partir de 15 ans.
Durée : 1 h 20.
Représenté du 4 au 6 mars 2026 au Glob Théâtre de Bordeaux (33).
Tournée
11 mars 2026 : Amis du Théâtre Populaire (ATP), Théâtre Auditorium, Poitiers (86).
26 mars 2026 : ATP, Atrium, Dax (40).
28 mars 2026 : ATP, Théâtre des Bastides, Villefranche-de-Rouergue (12).
31 mars 2026 : ATP de l'Aude, Théâtre Na Loba, Pennautier (11).
2 avril 2026 : ATP, Ancien Évêché, Uzès (30).
3 avril 2026 : ATP, Théâtre de l'Odéon, Nîmes (30).
21 avril 2026 : Le Théâtre - Scène conventionnée d'intérêt national, Thouars (79).
24 avril 2026 : ATP, Théâtre de la Maison du Peuple, Millau (12).
26 mai 2026 : ATP, Théâtre, Roanne (42).
Du 4 au 25 juillet 2026.
À 13 h 25 (relâche le vendredi) au Théâtre 11 d'Avignon (84), dans le cadre du Festival Off.
























