La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

Wagner et Stravinski par l’Orchestre national de France dirigé par Daniele Gatti… La fête dionysiaque, c’est maintenant !

La célébration du centenaire du Théâtre des Champs-Élysées à Paris est aussi celle de la création d’une partition et d’un ballet restée célèbre, "Le Sacre du Printemps", le 29 mai 1913. Et vous revenez sans doute d’un voyage intersidéral si vous ignorez encore que nous fêtons le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner, heureusement survenue le 22 mai 1803.



Orchestre national de France © Christophe Abramowitz/Radio France.
Orchestre national de France © Christophe Abramowitz/Radio France.
Coïncidence de la programmation ? Sûrement pas. Alors que Gabriel Astruc préside aux destinées d’un nouveau théâtre à Paris en 1913, il invite les "Ballets russes" de Serge Diaghilev, non sans espérer qu’ils feront trembler le Tout Paris. Grâce à une collaboration explosive entre le directeur du ballet, un jeune chorégraphe inspiré Vaslav Nijinski, et un jeune compositeur de trente et un ans, Igor Stravinski, auréolé d’une gloire incroyable pour son "Petrouchka", il ne sera pas déçu. Plus fort que les bombes des anarchistes à Saint-Pétersbourg, un nouveau complot russe !

Un an plus tard, au printemps 1914, alors que le théâtre a déjà connu une faillite pleine de panache moins d’un an après son ouverture, il réserve une entrée au répertoire restée célèbre (par le Boston Company Orchestra et Covent Garden) de trois opéras (1) de Richard Wagner en langue allemande. C’est alors un événement inédit en France et, ce, à un de ces moments tragiques des relations franco-allemandes.

Daniele Gatti © Christophe Abramowitz/Radio France.
Daniele Gatti © Christophe Abramowitz/Radio France.
Ce n’est pas ce seul point qui réunit les compositeurs. Car Wagner et Stravinski révolutionnent les canons esthétiques qui prédominent à leur époque respective. Au XIXe siècle, le compositeur allemand crée son propre mythe et une nouvelle religion… de l’art, en proposant à l’humanité le salut par ses œuvres, et un temple néo-grec pour ses offices : Bayreuth. Le géant de Leipzig, sauvé par Louis II, dernier roi de droit divin et de Bavière, bouleverse la musique en général et l’art lyrique en particulier, en imposant magistralement la puissance stratosphérique d’une mélodie dramatique continue, et une méthode de composition parfois inouïe.

Adulé par un roi, de nombreuses femmes extraordinaires et de grands hommes tels Charles Baudelaire et Friedrich Nietzsche, il est aussi responsable indirectement de l’effervescence regrettable de quelques poètes bien oubliés à juste titre aujourd’hui, coupables d’avoir écrit à sa gloire les pires sonnets qui soient, dans "La Revue wagnérienne" par exemple (je vous épargne les autres pays...). Wagner ne se fait pas que des amis cependant, perpétuellement en but aux controverses et aux mauvais procès - jusqu’à nos jours (2). Un admirateur, le romancier Thomas Mann, fera dire à un des personnages satiriques de son roman, "Les Buddenbrock", au sujet du Prélude de "Tristan et Isolde" : "Ce n’est que démagogie, blasphème, extravagance ! (…) la fin de toute morale". Rien que ça !

Dessin de Sagar © Sagar.
Dessin de Sagar © Sagar.
En cette soirée chaude de mai 1913, les réactions ne seront pas moins scandalisées ou enthousiastes devant ce "Sacre du Printemps" qui propose une partition aux rythmes sauvages et telluriques, avec de surcroît de formidables et jouissives dissonances, des transgressions tonales aux effets paniques. Une liturgie païenne cosmique au sujet incendiaire : il s’agit d’une jeune fille que de "vieux sages" sacrifient aux forces divines du printemps en la faisant danser jusqu’à la mort. Ce soir du 29 mai, le chahut est indescriptible, on doit faire appel à la police ! D’après les témoins, Maurice Ravel crie : "Génie ! Génie !, une certaine comtesse de Pourtalès s‘égosille car on lui manque de respect pour la première fois ! Et le compositeur Camille Saint-Saëns quitte la salle avant la fin du ballet. La soirée tourne à l’échauffourée, dans une chaude ambiance où s’échangent mêmes des coups !

Mais rien de tel ne se produira jeudi prochain au TEC. Les œuvres de Wagner et Stravinski sont devenues des classiques - toujours passionnants. Elles ont toujours leurs idolâtres (dont moi), c’est bien le moins. Les coups s’échangent ailleurs. Bien que la cérémonie wagnérienne nécessite de longs espaces-temps idoines pour qu’elle s’accomplisse vraiment (Ah ce scandale des deux entractes à l’opéra !), les préludes et autres extraits de choix du grand compositeur sont de vastes symphonies autonomes qui sont conçues pour un grand orchestre. Nous retrouverons avec plaisir le chef italien Daniele Gatti, directeur musical reconduit jusqu’en 2016 à la tête de l’Orchestre National de France, en résidence au TEC. Cet orchestre n’y donne pas moins de 27 concerts cette année pour fêter ce centenaire. Il nous offre donc logiquement sa version du "Sacre". Gageons que cette soirée nous ravisse… au sens premier du terme !

Notes :
(1) Il s’agit de "Tristan und Isolde", "Die Meistersinger von Nürnberg" et "Parsifal".
(2) Ceux qui ont vu l’imbécile documentaire diffusé sur la chaîne Arte le soir du 22 mai 2013, pour soi-disant commémorer la naissance du grand homme, me comprendront…

L'affiche du concert par Sagar © Sagar.
L'affiche du concert par Sagar © Sagar.
Concert le jeudi 13 juin 2013 à 20 h.
Théâtre des Champs-Élysées, 01 49 52 50 50.
15 avenue Montaigne 75008 Paris.
>> theatrechampselysees.fr
Durée du concert : 2 h 20.

Programme :
Richard Wagner (1813 – 1883).
"Le Vaisseau fantôme", Ouverture.
"Tannhäuser", Ouverture.
"Lohengrin", Prélude de l’acte I.
"Tristan et Isolde", Prélude et Mort d’Isolde.
"Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg", Prélude.
Igor Stravinski (1882 – 1971).
"Le Sacre du Printemps".

Orchestre national de France.
Daniele Gatti, direction.

Concert diffusé ultérieurement sur France Musique.

Christine Ducq
Lundi 10 Juin 2013

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À Découvrir

•Off 2024• "Momentos" Créativité à l'honneur avec des chorégraphies où s'exprime parfois une poésie intime et universelle

Le Flamenco est une force brute et pure qui nous touche en plein cœur, car il est l'art dans lequel le chant, la musique et la danse se questionnent, se répondent et se mêlent dans une totale intimité. Pour l'essentiel, le répertoire du flamenco a été codifié au cours du dernier tiers du XIXe siècle et du premier tiers du XXe. De cette époque, la guitare est son instrument emblématique, à la fois pour l'accompagnement du chant, de la danse et pour le concert soliste. Depuis, son évolution a été marquée par quelques grandes tendances esthétiques.

© Sandrine Cellard.
La musique et la danse flamencas sont basées sur des "palos" (formes) prescrivant pour chacune un mode et un cycle métrique avec accents ou "compas" (accents obligés) spécifiques. Une mécanique de précision qui convoque malgré tout une dimension artistique forte et étourdissante.

Sur scène, une danseuse, deux danseurs, trois musiciens et un chanteur-musicien envoûtant le public dès les premiers instants du spectacle. Que vous soyez novice ou aficionado du flamenco, vous vous laisserez embarquer dès les premiers instants du spectacle et impossible de ressortir déçu de cette éblouissante prestation flamenca de Valérie Ortiz.

Certes, le flamenco est sensiblement ancré dans la culture espagnole et d'aucuns diront que ce dernier ne les interpelle pas, qu'ils n'en perçoivent pas les codes, n'en mesurent aucunement les mouvements dansés à leur juste valeur. Ça peut être exigeant, en effet, de suivre "à la lettre" une prestation flamenca, comme le jazz aussi, par exemple, et ça demande une certaine phase d'initiation. Ceci n'est pas faux. Difficile d'entendre cette possible réticence, néanmoins… le flamenco revêt une portée universelle réunissant à lui seul un large éventail de situations allant de la tristesse à la joie, en passant par l'amour ou la souffrance. Alors, comment y rester indifférent ?

Brigitte Corrigou
27/05/2024
Spectacle à la Une

•Off 2024• Lou Casa "Barbara & Brel" À nouveau un souffle singulier et virtuose passe sur l'œuvre de Barbara et de Brel

Ils sont peu nombreux ceux qui ont une réelle vision d'interprétation d'œuvres d'artistes "monuments" tels Brel, Barbara, Brassens, Piaf et bien d'autres. Lou Casa fait partie de ces rares virtuoses qui arrivent à imprimer leur signature sans effacer le filigrane du monstre sacré interprété. Après une relecture lumineuse en 2016 de quelques chansons de Barbara, voici le profond et solaire "Barbara & Brel".

© Betül Balkan.
Comme dans son précédent opus "À ce jour" (consacré à Barbara), Marc Casa est habité par ses choix, donnant un souffle original et unique à chaque titre choisi. Évitant musicalement l'écueil des orchestrations "datées" en optant systématiquement pour des sonorités contemporaines, chaque chanson est synonyme d'une grande richesse et variété instrumentales. Le timbre de la voix est prenant et fait montre à chaque fois d'une émouvante et artistique sincérité.

On retrouve dans cet album une réelle intensité pour chaque interprétation, une profondeur dans la tessiture, dans les tonalités exprimées dont on sent qu'elles puisent tant dans l'âme créatrice des illustres auteurs que dans les recoins intimes, les chemins de vie personnelle de Marc Casa, pour y mettre, dans une manière discrète et maîtrisée, emplie de sincérité, un peu de sa propre histoire.

"Nous mettons en écho des chansons de Barbara et Brel qui ont abordé les mêmes thèmes mais de manières différentes. L'idée est juste d'utiliser leur matière, leur art, tout en gardant une distance, en s'affranchissant de ce qu'ils sont, de ce qu'ils représentent aujourd'hui dans la culture populaire, dans la culture en général… qui est énorme !"

Gil Chauveau
19/06/2024
Spectacle à la Une

•Off 2024• "Un Chapeau de paille d'Italie" Une version singulière et explosive interrogeant nos libertés individuelles…

… face aux normalisations sociétales et idéologiques

Si l'art de générer des productions enthousiastes et inventives est incontestablement dans l'ADN de la compagnie L'Éternel Été, l'engagement citoyen fait aussi partie de la démarche créative de ses membres. La présente proposition ne déroge pas à la règle. Ainsi, Emmanuel Besnault et Benoît Gruel nous offrent une version décoiffante, vive, presque juvénile, mais diablement ancrée dans les problématiques actuelles, du "Chapeau de paille d'Italie"… pièce d'Eugène Labiche, véritable référence du vaudeville.

© Philippe Hanula.
L'argument, simple, n'en reste pas moins source de quiproquos, de riantes ficelles propres à la comédie et d'une bonne dose de situations grotesques, burlesques, voire absurdes. À l'aube d'un mariage des plus prometteurs avec la très florale Hélène – née sans doute dans les roses… ornant les pépinières parentales –, le fringant Fadinard se lance dans une quête effrénée pour récupérer un chapeau de paille d'Italie… Pour remplacer celui croqué – en guise de petit-déj ! – par un membre de la gent équestre, moteur exclusif de son hippomobile, ci-devant fiacre. À noter que le chapeau alimentaire appartenait à une belle – porteuse d'une alliance – en rendez-vous coupable avec un soldat, sans doute Apollon à ses heures perdues.

N'ayant pas vocation à pérenniser toute forme d'adaptation académique, nos deux metteurs en scène vont imaginer que cette histoire absurde est un songe, le songe d'une nuit… niché au creux du voyage ensommeillé de l'aimable Fadinard. Accrochez-vous à votre oreiller ! La pièce la plus célèbre de Labiche se transforme en une nouvelle comédie explosive, électro-onirique ! Comme un rêve habité de nounours dans un sommeil moelleux peuplé d'êtres extravagants en doudounes orange.

Gil Chauveau
26/03/2024