La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

Une Saison Philharmonique pour l’Orchestre de Paris

En résidence à la Salle Pleyel jusqu’en décembre, l’Orchestre de Paris prendra ses quartiers à la Philharmonie de Paris dès janvier 2015. Coup de projecteur sur une saison 2014-2015 des plus passionnantes.



Orchestre de Paris © Gérard Uferas.
Orchestre de Paris © Gérard Uferas.
Entendu ce mercredi 17 septembre à Pleyel, l'Orchestre de Paris emmené par son directeur musical Paavo Järvi impressionne davantage d'année en année. Quatre saisons d'un travail minutieux ont façonné une complicité sans faille, une véritable osmose entre l'orchestre et son chef estonien. Un grand orchestre mené par un grand chef, voilà ce qu'on sait depuis un bon moment à l'étranger (Japon, Chine, Corée…) et qui s'impose désormais en France (dans cette rubrique cela fait longtemps). Nul n'est jamais prophète en son pays, dit-on. Le départ de Paavo Järvi à la fin de son mandat (en 2016) sera vécu difficilement sans doute par la formation aux 120 musiciens et aux 130 chanteurs.

Cette cohésion, cette entente profonde se vérifieront pendant la soirée. Avec les "Métaboles" de Henri Dutilleux d'abord. Cette belle œuvre redoutable du compositeur disparu en 2013 revit, et remarquablement. Créant une matière sonore en perpétuelle fusion, tous les pupitres déroulent la texture mouvante d'une partition qui réclame une très grande précision et une haute inspiration. Défi relevé à la perfection sous la baguette de Paavo Järvi. Le cinquième et dernier mouvement "Flamboyant" se voit très justement nommé en cette soirée.

Paavo Järvi © Mirco Magliocca.
Paavo Järvi © Mirco Magliocca.
Avec le magnifique Concerto pour violoncelle en ré mineur de 1876 de Lalo entre en scène un jeune homme qui paraît plutôt effacé. Sitôt que le violoncelliste Xavier Phillips entame son dialogue avec l'orchestre, le temps suspend son vol comme dirait le poète. Un jeu habité et d'une grande expressivité, un magnétisme irrésistible pas seulement dû à sa virtuosité récolteront les acclamations méritées du public. Cet artiste qui a fait ses débuts avec l'Orchestre de Paris en 2006 fait partie de la tournée en Chine prévue cet automne (avec le pianiste Nicholas Angelich).

Une nouvelle saison s'annonce donc très riche avec ses chefs invités prestigieux (Riccardo Chailly, Christoph von Dohnànyi, Guennadi Rozhdestvensky, Esa Pekka Salonen, etc.) et sa quarantaine de solistes programmés. Des pianistes (Martha Argerich, Hélène Grimaud, David Fray, Boris Berezovsky, Fazil Say entre autres) succéderont aux violonistes (Renaud Capuçon, Isabelle Faust, Chad Hoopes, etc.), aux violoncellistes tel Gautier Capuçon, aux chanteurs comme Julie Pasturaud, Matthias Goerne ou Petra Lang par exemple. Lionel Sow, qui se consacre désormais entièrement au Chœur de l'orchestre, va accompagner la création d'un chœur d'enfants avec une centaine de (petits) participants.

Xavier Phillips © DR.
Xavier Phillips © DR.
Parmi la centaine de concerts produits par l'Orchestre de Paris, ceux qui seront donnés à la Philharmonie (aux beaux bâtiments conçus par Jean Nouvel) bénéficieront d'une politique tarifaire plus accessible avec un prix des places divisé par deux. Quatre concerts gratuits sont prévus en 2015 dont trois les 17 et 18 janvier pour fêter l'ouverture. Les concerts donnés lors de trois week-ends thématiques ("Love Stories", "Vienne et Berlin", "Nouveaux Mondes") et celui du 24 juin au format "Proms" de Londres seront proposés respectivement à dix et cinq euros - sans oublier le tarif jeune. Bref une saison très excitante !

Concert entendu le 17 septembre 2014.
A réécouter en podcast sur le site de France Musique.

Programmation complète de la saison 2014-2015 :
>> orchestredeparis.com

Programme :
Henri Dutilleux (1916-2013).
"Métaboles" (1964).
Édouard Lalo (1823-1892).
Concerto pour violoncelle en ré mineur (1876).
Piotr Illyitch Tchaïkovski (1840-1893).
Symphonie n° 5 en mi mineur, opus 64 (1888).

Paavo Järvi, direction.
Xavier Phillips, violoncelle.
Orchestre de Paris.
Philippe Aïche, violon solo.

Christine Ducq
Jeudi 25 Septembre 2014

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique




    Aucun événement à cette date.
Vidéos les plus récentes



À découvrir

"Les femmes de la maison" L'épopée des luttes féminines sous le prisme d'une maison très spéciale

Voici la dernière pièce de Pauline Sales (écriture et mise en scène) qui a été présentée au Théâtre Paul Scarron du Mans devant un public professionnel restreint. Un privilège que d'assister à cette histoire que l'on sent chevillée au corps de sa créatrice. Il y est question de femmes artistes. Question également des femmes non artistes. Question de la liberté que les femmes ont peu à peu conquis depuis bientôt un siècle. Arrachant bribe après bribe le droit d'agir, de s'exprimer, le droit sur leur corps, leur sexualité, leurs choix. Et trouver enfin la puissance pour se détacher du diktat masculin si bien bétonné.

© Jean-Louis Fernandez.
L'histoire des "femmes de la maison" commence dans les années cinquante et se termine de nos jours. Elle va mettre en jeu une dizaine de personnages féminins sur trois périodes symboliques : les années cinquante, les années soixante-dix et 2022. Pour cela, Pauline Sales invente une maison qui sera le moyen de traverser le temps et l'espace. Cette maison est celle de Joris, un amoureux, par ailleurs cinéaste militant contre les méfaits des guerres. Il achète cette maison par amour pour une photographe, l'amour s'en va, il ne sait qu'en faire, alors il la prête à des artistes. Le hasard veut au départ que ce ne soit que des femmes - peintres, poètes, sculptrices… et cela se transforme en règle : seules des femmes artistes pourront venir un temps pour créer ici.

Première période, maison fermée entourée de bois. C'est l'après-guerre et l'artiste que Joris installe dans la maison dessine. Dessine en mode combat contre elle-même. Contre la pensée que chez elle, son mari, sa fille sont là comme une destinée de femme au foyer qu'elle refuse. Combat contre le mal que cela peut faire.

Bruno Fougniès
25/08/2021
Spectacle à la Une

"Marilyn Inside" Dévoiler Marilyn pour tenter de retrouver l'intimité secrète de Norma Jean

Qui était-elle, réellement ? Être dual, aux structures intimes complexes, celles d'une âme en quête de sérénité, de sincérité. D'un côté Marilyn, sex-symbol fabriqué par le cinéma hollywoodien des années cinquante, ou Norma Jeane, femme-enfant à la vie chaotique, ballotée entre une mère atteinte de troubles psychologiques graves et les placements dans de multiples familles d'accueil. Confrontation ou rencontre imaginaire entre ces deux fantômes, souvenirs de ces deux réalités successives, tentative de traversée du miroir, c'est ce que nous propose l'étonnant et réussi "Marylin Inside".

© Clarisse Bianco.
Incarnation féminine idéalisée jusqu'à en devenir une icône planétaire, tempête sensuelle à la robe blanche virevoltante, blonde écervelée à la jeunesse intemporelle… Elle fut tout cela tout en restant une femme mystérieuse, secrète que seules la captation de regards fugaces, la perception de fragiles coups d'œil éphémères laissaient deviner. Actrice quasi vénérée malgré ses extravagances conjugales, ses dépressions et, parfois, ses excès de consommation d'alcool et/ou de médicaments, elle était à la fois saisissante et insaisissable.

L'auteure, Céline Barcaroli, nous propose une traversée intérieure dans la dualité d'une femme publique où se confronte et se rencontre les deux faces de celle qui bouleversa à jamais la représentation cinématographique féminine - registre "blonde incendiaire" - tout en exposant involontairement, puis volontairement, ce que peuvent être les fragilités et les failles d'un être sublimé. Son propos, fondé sur du réel, nous emporte dans le fictionnel pour effleurer, parfois approcher, ce qu'ont pu être les mystères, les fêlures indicibles, les tourments naissant d'une continuelle et insatiable quête d'amour.

Gil Chauveau
01/10/2021
Spectacle à la Une

"L'âne et la carotte"… Siège de chaises !

Dans un spectacle qui mêle l'humour à la réflexion, Lucho Smit se livre à une série de numéros circassiens où, autour d'un récit, l'artiste raconte ses doutes, sa vision du monde et celle du cirque.

© František Ortmann - Letní Letná.
L'un des nombreux attraits du nouveau cirque, nommé aussi cirque contemporain, est sa capacité à surprendre et à faire découvrir aux spectateurs des arts de la scène aussi différents que du théâtre, de la chanson et/ou de la musique en plus des acrobaties. Le décor est aussi très important. Dans "L'âne & la carotte", le plateau découvre une colonne de chaises, ce dernier élément étant la matrice même de la scénographie. Ionesco aurait pu se retrouver dans celle-ci où leur amoncellement tient lieu d'œuvres de construction.

Lucho Smit tient l'équilibre pour un art, mais aussi pour une compagne du déséquilibre, les deux sont sœurs d'armes à chaque instant dans sa création. Cela démarre en trombe dans une course sur des chaises où celles-ci s'écroulent bien que l'artiste finisse assis sur la dernière de la rangée. Ce pourrait être le résumé de la représentation. Tout est en équilibre au travers des déséquilibres et s'il ne devait en restait qu'un, ce serait une et elle aurait quatre pieds et un dossier.

La voix off de Lucho Smit accompagne le spectacle pour raconter ses états d'âme, sa vision du monde et du cirque. On peut aimer cette narration comme en être agacé. J'ai eu les deux sentiments, agacé au début puis intéressé par le récit à la fin avec quelques longueurs toutefois. Les choses sont dites avec humour, même si ce n'est pas là où il excelle le plus, l'acrobatie du trait d'esprit n'étant pas celui du corps.

Safidin Alouache
05/10/2021