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Théâtre

Un non-conte de fée russe ou de l'impossibilité de modifier l'ordre des choses

"Idiot", Théâtre de Belleville, Paris 11e

"Idiot" qui est présenté sur scène par Laurence Andreini est un condensé du roman de Fédor Dostoïevski dont le héros, le prince Mychkine, est affecté par un syndrome étrange. Il ne sait pas mentir et décrypte les destins des personnes qui croisent sa vie. Il dit ce qu’il voit. C’est apparemment une figure lumineuse qui ne semble connaitre de l’amour que sa dimension oblative.



© Frantz Plotard.
© Frantz Plotard.
Le prince, éternel enfant, porteur des espoirs des femmes, s’attache à la plus belle des figures, Nastassia, et ne sait nouer de liens. Il a la satisfaction amère de voir se réaliser ses prédictions les plus noires sur l’impossibilité de l’amour.

Le récit théâtral proposé ne retient du roman que les rencontres et les séparations des principaux personnages, gomme les péripéties, réduit le récit à une succession de faits divers et de mauvaises rencontres. Trépidant et fébrile, comme en un accéléré, il multiplie et éclaire les différents points de vue des personnages où chacun est pris dans le rets de ses rêves et contraint par la réalité des préjugés sociaux. Les passions russes qui s’expriment sont violentes, passionnelles et vénales. À la manière d’un roman feuilleton, les caractères sont révélés par les aspects extérieurs des personnages. Elles sont ainsi simples à lire. La distribution reflétant un véritable traité de physiognomonie.

© Frantz Plotard.
© Frantz Plotard.
C’est pour le spectateur un plaisir de suivre les différents couples qui se constituent avec le prince, le désir d’amour qui ne trouve pas son point de fusion dans ses retards, ses écarts, ses rendez-vous manqués, ses déchirures ; et de vivre, dans la vivacité, la variation des points de vue, leur découplement. De manière étonnante, par le fil du récit et du jeu, chacun prend son poids respectif de caricature, d’enfance et de mythe.

Au bout du conte, cet "Idiot-là", le prince Mychkine à la bonté platonique ravageuse, est présenté de manière appuyée comme un révélateur de la fatalité. Il est le mauvais œil par qui meurt la jeune femme qui l’aime probablement vraiment. Le spectateur dans cette manière de théâtre tourbillonnant feuillette aussi les pages d’un journal intime : celui d’une jeune femme qui se perd parce qu’elle aime celui qui ne sait l’aimer.

Cette fable sonne terrible comme une dénonciation. Celle d’une bonté imposture qui se révèle incapable de trouver la solution de courage et de liberté. Dans cette Russie-là, le conte de fée est impossible tout comme il est impossible de modifier l’ordre des choses. Marie-Madeleine en est absente.

De la belle ouvrage.

"Idiot"

© Frantz Plotard.
© Frantz Plotard.
D'après le roman de Fédor Dostoïevski.
Nouvelle Traduction de Sergueï Vladimirov.
Partition pour 6 acteurs écrite par Laurence Andreini, Pauline Thimonnier, Sergueï Vladimirov.
Mise en scène : Laurence Andreini, assistée de Laury André.
Avec : Valentine Alaqui, Eric Bergeonneau, Clémentine Bernard, Romain Cottard, Philippe Maymat et Bertrand Poncet.
Scénographie et Costumes : Charlotte Villermet.
Collaboration artistique : Gabrielle Piwnik.
Création Lumière : Maurice Fouilhé.
Création Son : Michaël Schaller.
Chant : Sacha Mars.
Durée : 2 h.

Du 15 octobre au 24 novembre 2013.
Du mardi au samedi à 21 h 15, dimanche à 17 h (relâches du 28 octobre au 4 novembre).
Théâtre du Belleville, Paris 11e, 01 48 06 72 34.
>> theatredebelleville.com

Tournée 2014 :
20 janvier 2014 à 20 h 30 : Gallia Théâtre, Saintes (17).
23 janvier 2014 à 20 h 30 : Palais des Congrès, Royan (17).
27 janvier à 19 h et 28 janvier 2014 à 14 h : Théâtre de l’Université, La Rochelle (17).
À suivre...

Jean Grapin
Lundi 4 Novembre 2013

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© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

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