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Concerts

Un céleste banquet musical avec Damien Guillon au Festival Sinfonia

Avec sa programmation pertinente et colorée, invitant à parcourir le monde baroque, le Festival Sinfonia sis en Dordogne a encore ouvert les cœurs en cette édition 2018. Moment fort de tant de douces soirées périgourdines, le concert de Damien Guillon accompagné de son ensemble, Le Banquet Céleste, a constitué un ravissement.



Damien Guillon © DR.
Damien Guillon © DR.
C'est toujours un immense bonheur que d'aller écouter le contre-ténor Damien Guillon, un des plus grands chanteurs de sa génération. Artiste modeste infiniment musicien, il a débuté enfant comme soprano solo dans la Maîtrise de Bretagne, avant que les plus grands chefs ne fassent appel à lui (Christie, Malgloire, Savall ou Herreweghe entre autres), séduits par le timbre exquis (et la technique idéale) de ce contre-ténor - baryton à l'origine.

Il est accompagné en ce 29 août par sa complice de longue date, la soprano Céline Scheen, et dirige en même temps les musiciens du Banquet Céleste - ensemble qu'il a fondé en 2009. Et c'est sans surprise que nous avons pu croiser ses nombreux admirateurs (comme ces Espagnols qui le suivent fidèlement depuis qu'ils l'ont découvert) dans l'Abbaye de Chancelade. Une superbe abbaye romane du XIe siècle qui a failli ne pas rouvrir ses portes pour cause d'inondation sévère au printemps.

Reprenant le programme de leur avant-dernier CD paru en 2016, "Bach et l'Italie", les chanteurs ne sont cependant plus accompagnés par Baptiste Lopez (viole d'amour, alto) mais on retrouve l'alto de Deirdre Dowling et l'art de Kevin Manent (clavecin, orgue). Céline Scheen propose un "Salve Regina" de Pergolèse qui manque un peu de chair et parfois de rondeur, mais à la ligne vocale élégante et aux aigus éclatants.

Cécile Scheen © DR.
Cécile Scheen © DR.
Dans la cantate de Vivaldi qui suit, le fameux "Nisi Dominus", Damien Guillon impose dès l'entrée une sensibilité, une qualité de diction et une fluidité d'émission qui honore sa sublime "voce colorata". Dans ce petit théâtre quasi opératique, son "Cum dederit (dilectis suis somnum)" (Quand Il accorde le sommeil à ceux qu'il chérit) donne des frissons en dévoilant les joies parfaites des félicités promises au croyant.

Après l'entracte, une pièce rare de J.S. Bach - un pasticcio du "Stabat Mater" de Pergolèse - déploie ses richesses. C'est le Psaume 51 "Tilge Höchster" qui brille par un net enrichissement de l'écriture initiale (avec par exemple l'ajout de très beaux dialogues alto/voix), l'usage de l'allemand et une fin un peu plus optimiste proposée à la méditation des Fidèles dans une perspective luthérienne - pour cette déploration de la Vierge devant la Croix. Le duo du contre-ténor et de la soprano se révèle parfaitement délectable avec un art mis en valeur par la belle acoustique de Chancelade.

L'émotion pure surgit des transparences diaphanes des unissons, solos et tissages précieux de leurs voix ; l'interprétation de Céline Scheen balayant les réserves du début de concert avec une voix mieux projetée, d'une clarté sans défaut. Si les deux violons se sont révélés insuffisants pendant la majeure partie de la soirée et l'alto non sans reproche parfois, Julien Barre, Thomas de Pierrefeu pour les cordes graves comme Kevin Manent au clavier ont servi avec talent cette très belle partition.

© DR.
© DR.
Après le festival, place à Sinfonia La Saison pour 2018-2019 avec un récital de piano ou un concert de musique de chambre par mois donné au Centre départemental de la Communication à Périgueux. C'est Alexandre Tharaud qui l'ouvrira avec des Sonates de Beethoven (19 octobre). Le public aura ensuite l'occasion d'applaudir (entre autres) François-Frédéric Guy, Jean-Philippe Collard, Michel Dalberto mais aussi le Quatuor Danel ou le Trio formé par David Grimal, Philippe Cassard et Anne Gastinel.

Du 19 octobre 2018 au 23 mai 2019.
Sinfonia La Saison - Grands Interprètes
Organisé par Culture Loisirs Animation Périgueux (CLAP),
11, place du Coderc, Périgueux (24).
contact@clap-perigueux.com
Tél. : 05 53 08 69 81.
>> sinfonia-en-perigord.com

Prochains concerts de Damien Guillon et le Banquet Céleste (petite sélection)
23 septembre 2018 à 17 h : "Acis et Galatée" (Haendel), Festival d'Ambronay (01).
6 octobre 2018 à 20 h : "Maddalena ai piedi di Cristo" (Caldara), Concertgebouw de Bruges (Belgique).
9 et 10 novembre 2018 : "San Giovanni Battista" (Stradella), Théâtre Graslin, Nantes (44).
13 novembre 2018 : Opéra, Rennes (35).
17 novembre 2018 20 h 30 : "Bach et l'Italie", Collège des Bernardins, Paris.

>> banquet-celeste.fr

Christine Ducq
Dimanche 9 Septembre 2018

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Fred Pallem et Le Sacre du Tympan racontent les Fables de La Fontaine

Excellente idée que celle de Fred Pallem, musicien compositeur aux multiples talents et goûts musicaux, de revisiter avec quelques belles notes revigorantes "Les Fables de La Fontaine", quatorze plus précisément, qui sont racontées par une belle "brochette" d'artistes, des fidèles parmi les fidèles ou des - nouvellement ! - copains et copines.

Concert
En ces temps si particuliers, où nous sommes coincés - petits et grands - dans nos lieux de vie, notre disponibilité pour lire, écouter, songer, affabuler, s'évader sur des histoires anciennes ou nouvelles, est grande. C'est l'occasion aussi de redécouvrir nos classiques, mais en mode inédit, portés par des phrasés mélodiques et des conteurs aux personnalités affirmées et talentueuses.

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Gil Chauveau
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"Rabudôru, poupée d'amour" Une expérience intime de théâtre filmé, diffusée en direct via le web

L'incidence de la mise en sommeil de tous les spectacles, en ce mol novembre 2020, n'est pas la seule raison de cette représentation destinée aux internautes à laquelle nous à conviée la Compagnie La Cité Théâtre. Dès la conception du spectacle, Olivier Lopez, auteur et metteur, envisageait une double vision du spectacle : une en contact direct avec le public de la salle, l'autre en streaming par captation en temps réel.

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Le filmage en direct apporte, dans certaines scènes, une proximité, une intimité avec les personnages sans le filtre de la déclamation théâtrale. Les expressions en plans rapprochés semblent plus fortes. Les cadrages permettent d'oublier un temps le reste du décor plateau et s'immerger plus profondément dans la scène, passer d'un lieu à un autre avec souplesse et précision.

Bruno Fougniès
16/11/2020
Sortie à la Une

"Zaï Zaï Zaï Zaï" Road movie déjanté… Tout ça pour un poireau !

Ne devoir son salut qu'à un légume à bulbe blanc et à longues feuilles vertes, brandi sous le nez d'un vigile expert en roulade arrière dissuasive, marque le point de bascule de ce jeune homme - peu recommandable, il est auteur de BD - venant de commettre l'impensable : ne pas avoir été en mesure de présenter sa carte de fidélité à la caissière ! Telle est l'origine de la folle cavale du "héros" échappé de l'album éponyme de Fabcaro pour être porté sur la scène par Angélique Orvain, réalisant là une prouesse propre à rendre lumineuse toute grisaille.

© Romain Dumazer.
Dans un dispositif immergeant le spectateur au cœur de l'action effrénée - pas moins de quatre podiums disposés en cercle, éclairés tour à tour, incluent le public dans des tableaux vivants -, l'épopée du fuyard décrété ennemi numéro 1 par la vox populi reprenant en chœur les voix des médias et des représentants de l'ordre va être vécue de manière haletante. L'occasion pour l'auteur et la metteure en scène, fins observateurs des travers contemporains, de croquer à pleines dents les errements hilarants des conduites dites "ordinaires".

En effet ces "arrêts sur images", joués superbement par huit acteurs tirant parti avec intelligence des ressorts du théâtre de tréteaux et des ralentis cinématographiques, passent au scanner les dérives de la pensée commune érigée en système de pensée. Aucun milieu n'y échappe. Pas moins les complotistes avachis devant leur téloche, les bobos contents d'eux-mêmes lisant Les Inrocks ou Le Monde Diplomatique, les artistes charitables réalisant un album de soutien à l'auteur de BD à la dérive, les forces de l'ordre au képi bas, et encore moins les journalistes des chaînes d'infos en continu commentant en boucle l'absence d'infos.

Éberlué par tant de perspicacité bienveillante mais non moins mordante, on jubile… Rien ne nous est épargné du grotesque qui sous-tend les comportements de la meute de ces (braves) gens commentant avidement la cavale du dangereux mécréant ayant bravé l'interdit suprême des fidèles du "Temple de la consumation". Et si le trait est grossi à l'envi, il déforme à peine la réalité des travers.

Yves Kafka
29/10/2020