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Concerts

Un Requiem électrisant de jeunesse au Festival Berlioz

Le Festival Berlioz s'attache du 18 août au 2 septembre, à l'orée des commémorations des cent cinquante ans de la disparition du grand compositeur français (en 1869), à mettre en valeur ses œuvres sacrées et sa personnalité hors du commun. Cet acte I offre ainsi quatre-vingt-dix manifestations variées (gratuites aux deux tiers) réunissant mille cinq cents artistes.



© Bruno Moussier.
© Bruno Moussier.
Dans la ville natale de Berlioz, en Isère, à La-Côte-Saint-André, l'orchestre-académie du festival et quatre chœurs ont ainsi livré un "Requiem" électrisant de jeunesse sous la direction de l'excellent François-Xavier Roth.

Plusieurs rendez-vous émaillent la journée du festivalier pendant deux semaines à la Côte-Saint-André et sa région : apéros-concerts à 11 heures, visite du Musée Berlioz (sa maison natale) et conférences à 15 heures, concert de chambre à 17 heures en l’Église de La-Côte-Saint-André (où fut baptisé Hector), récital "Sous le balcon d'Hector" à 19 heures (dans son jardin d'enfance), grand concert symphonique au château à 21 heures puis soirée joyeuse assurée avec de jeunes ensembles à la Taverne ensuite.

Inauguré par une grande fête des moissons et un Bal Contrebandier (tels que les a connus le jeune Berlioz), l'acte I des commémorations de la mort du compositeur français se décline donc en une proposition enrichie d'année en année depuis une décade. Le Festival Berlioz, devenu incontournable, a d'ailleurs vu récemment son mentor, Bruno Messina, nommé à la tête de l'organisation des commémorations nationales de 2019 par Françoise Nyssen, Ministre de la Culture, (présente en ce 21 août pour le premier concert au Château Louis XI avec le "Requiem").

© Bruno Moussier.
© Bruno Moussier.
À 17 heures en ce 21 août, le récital a mis à l'honneur le hautbois de Céline Moinet, super-soliste de la Staatskapelle de Dresde, accompagnée de la jeune pianiste Suzana Bartal dans un programme dominé par les "Romances" et "Pièces dans le style populaire" de Robert Schumann (composées en 1849 entre Dresde et Düsserldorf) et la transcription pour deux instruments de "La Mort d'Ophélie" de Berlioz, entre autres. À la virtuosité et l'expressivité de Céline Moinet a répondu la grâce de la pianiste d'origine roumaine dans un dialogue rare entre bois et clavier.

Dans cette édition vouée au "Sacré Berlioz", c'est au Jeune Orchestre Européen Hector Berlioz assisté par les forces de quatre chœurs dont le Spirito de Nicole Corti qu'il revenait de donner la Grande Messe des morts (opus 5) du compositeur romantique. Fresque sonore grandiose, ce Requiem composé en trois mois en 1837 est l'un des chefs-d'œuvre du maître - conçu à l'origine "pour cinq cents à six cents exécutants (instrumentistes et chanteurs), gigantisme berliozien oblige (1), et donné habituellement avec les forces quand même considérables de quatre cents artistes (2), comme en cette soirée iséroise.

Fresque tripartite inspirée du Dante, l'auditeur traverse les climats tantôt fracassants, tantôt intimistes, de l'Enfer au Paradis via le Purgatoire en une cérémonie originale. Berlioz s'empare en démiurge (épris de liberté créatrice) du genre sacré entre tous pour en livrer une version très personnelle, modifiant même le texte liturgique à des fins d'efficacité dramatique.

© Bruno Moussier.
© Bruno Moussier.
Joie de retrouver à cette occasion les juvéniles interprètes de l'orchestre-académie jouant sur instruments français de 1840 (une formation unique de jeunes issus des meilleurs conservatoires européens, fondée par Bruno Messina et François-Xavier Roth) encadrés par quelques musiciens des Siècles (3) - sans oublier les quatre formations chorales nécessaires (Spirito, Jeune Choeur Symphonique, Chœur d'oratorio de Lyon, Chœur régional d'Auvergne). Un magistral casse-tête pour tout chef puisque ce Requiem invite impitoyablement chaque impétrant à donner la preuve de ses capacités et de son art.

Gageure évidemment largement dominée par François-Xavier Roth, magicien des effets dynamiques (essentiels ici), dont la puissance généreuse et l'énergie galvanisante sait comme personne extraire la meilleure et substantifique moelle de l'engagement de ces jeunes musiciens passionnés, élevés pour ainsi dire dans la dévotion du Maître de la musique française.

On retiendra particulièrement la petite et grande harmonie, stupéfiante de densité apocalyptique dans ses interventions ("Tuba mirum", "Rex tremendae" spatialisées comme il se doit - entre autres, avec le chef Mathieu Romano du haut des fenêtres du Château Louis XI), ainsi que celles des solistes (le "Quid sum miser" ou le beau solo des deux flûtes dans le "Sanctus"), ses bois coloristes, et ses cordes (aiguës et graves) un peu écrasées par les chœurs au début mais réussissant finalement à s'imposer avec éloquence.

© Bruno Moussier.
© Bruno Moussier.
Les chœurs nous offrent de très beaux moments (malgré une prononciation latine assez aventureuse, des entrées un peu erratiques parfois), fruits d'un travail considérable pour mener à bien ces moments de désolation nue, ces méditations inquiètes que ménage la partition. La très belle vision des anges du "Sanctus" se poétise des accents de la voix du ténor Toby Spence (qui semble nettement plus à l'aise dans sa deuxième entrée, prenant la mesure de l'espace des hauteurs du château). Une très belle soirée qu'aurait applaudie le génial et sensible Berlioz, ce passionné et passionnant artiste.

(1) Voir l'exposition jusqu'en décembre 2018 au Musée Berlioz sur les Caricatures (celles du Maître et celles des autres).
(2) Sur ce Requiem, se reporter à l'article consacré (ici-même) à la soirée de l'Orchestre Philharmonique de Radio France (M. Franck, dir.) paru le 13/05/2018.
(3) L'orchestre Les Siècles jouant sur instruments anciens a été fondé par F.X. Roth en 2003.

© Bruno Moussier.
© Bruno Moussier.
Festival Berlioz
Du 18 août au 2 septembre 2018.
38, place de la Halle,
La Côte-Saint-André (38).
festival.berlioz@aida38.fr
Programmation complète et réservations :
>> festivalberlioz.com
Tél. : 04 74 20 20 79.

Le festival est organisé par l’Agence Iséroise de Diffusion Artistique (AIDA).

Christine Ducq
Jeudi 23 Août 2018

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