La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Danse

"The Propelled Heart"… chante, danse !

"The Propelled Heart", Théâtre national de Chaillot, Paris

Rarement dans un spectacle, la voix aura été d'une telle complicité avec le mouvement. Lisa Fischer et Alonzo King réunissent leurs talents respectifs pour proposer une chorégraphie dans laquelle la voix de la chanteuse met en lumière l'émotion du geste.



© Queen B Wharton.
© Queen B Wharton.
Alonzo King a fondé le Lines Ballet (1982), l'une des compagnies les plus reconnues sur le continent américain. William Forsythe dit de lui que "c'est l'un des véritables maîtres de ballet de notre époque". Il sait allier modernité et "tradition".

Pour ce spectacle, Alonzo a travaillé avec Lisa Fischer, connue pour son premier album solo "So intense" (1991) et comme choriste de Stevie Wonder, de Sting ou des Rolling Stones qu'elle accompagne, sauf pour leur dernière tournée, depuis 1989. C'est autour de la chanson, dépositaire de l'expression corporelle de la danse, que le chorégraphe a décidé d'inverser les repères de celle-ci qui s'appuie en règle générale sur la musique ou plus rarement sur le silence pour donner du relief à son expression.

Ainsi sur scène, les bras ondulent ou s'élancent quand les corps se tassent, s'étendent ou s'étirent. Les plantes des pieds, quand elles ne prennent pas appui ouvertement sur le sol, le caressent pour glisser dessus. La gestuelle est basée sur de grands mouvements où la vitesse, de piano-piano à forte, varie et devient inclusive pour que chaque tableau forme un tout, celui d'une chorégraphie chantée.

Le ciment de celle-ci est la voix de Lisa Fischer, coulée dans une qualité vocale que la grâce semble avoir bénie. Sa voix se glisse dans la représentation, l'enveloppe, la porte. Lisa Fischer devient ainsi le liant, la partie "articulatoire" de cette mosaïque artistique qui donne un cachet à la fois coulant et soutenu, expressif et directif.

© Queen B Wharton.
© Queen B Wharton.
La musique a différents rythmes avec des solos en point de mire parfois. Des danseurs viennent aussi se glisser dans des duos ou trios bousculant le rythme. Nous sommes dans l'élégance toujours, dans la fragilité parfois et la force souvent.

La voix est très "sonore", soutenant, sur de longs instants par sa puissance, chaque moment de la représentation d'une fluidité élastique. Elle les annonce, les accompagne et les finit. Fluidité liée à la tessiture vocale soprano de Lisa Fischer qui lie chaque gestuelle à l'autre, comme un collier de perles, dans une parfaite osmose. Les interprètes y répondent, toujours corporellement, vocalement parfois.

Le chant donne un cachet "aérien" au spectacle. Aérien car la soprano semble porter les mouvements, même ceux où l'énergie et la force sont de mise, vers un univers où le geste devient, et ce quel que soit son rythme et sa "tenue", fragile quand il se recroqueville, "suspendu" dans les airs quand les corps ondulent, les bras se tendent et les jambes décollent du sol. Il porte avec lui toute la quintessence de la chorégraphie.

Cette approche vocale donne une esthétique basée sur l'émotion. Le corps est appréhendé dans un rapport extérieur où le chant devient son messager, et la chanson, celui de la danse comme une partition où chaque note devient un pas musical.

"The Propelled Heart"

© Queen B Wharton.
© Queen B Wharton.
Chorégraphie : Alonzo King.
Avec : Lisa Fischer (chant) et Babatunji, Adji Cissoko, Madeline DeVries, Shuaib Elhassan, James Gowan, Maya Harr, Guerra Ilaria, Yujin Kim, Michael Montgomery, Kendall Teague, Jeffrey Sciver (danse).
Musique arrangée et enregistrée : JC Maillard et Lisa Fischer.
Lumières : Axel Morgenthaler.
Costumes : Robert Rosenwasser.
Durée : 1 h 30, entracte compris.

Du 9 au 16 mars 2018.
Mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20 h 30, jeudi à 19 h 30, dimanche à 15 h 30.
Théâtre national de Chaillot, Salle Jean Vilar, Paris 16e, 01 53 65 30 00.
>> theatre-chaillot.fr

Safidin Alouache
Mardi 13 Mars 2018

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021




    Aucun événement à cette date.
Vidéos les plus récentes



À découvrir

"Les femmes de la maison" L'épopée des luttes féminines sous le prisme d'une maison très spéciale

Voici la dernière pièce de Pauline Sales (écriture et mise en scène) qui a été présentée au Théâtre Paul Scarron du Mans devant un public professionnel restreint. Un privilège que d'assister à cette histoire que l'on sent chevillée au corps de sa créatrice. Il y est question de femmes artistes. Question également des femmes non artistes. Question de la liberté que les femmes ont peu à peu conquis depuis bientôt un siècle. Arrachant bribe après bribe le droit d'agir, de s'exprimer, le droit sur leur corps, leur sexualité, leurs choix. Et trouver enfin la puissance pour se détacher du diktat masculin si bien bétonné.

© Jean-Louis Fernandez.
L'histoire des "femmes de la maison" commence dans les années cinquante et se termine de nos jours. Elle va mettre en jeu une dizaine de personnages féminins sur trois périodes symboliques : les années cinquante, les années soixante-dix et 2022. Pour cela, Pauline Sales invente une maison qui sera le moyen de traverser le temps et l'espace. Cette maison est celle de Joris, un amoureux, par ailleurs cinéaste militant contre les méfaits des guerres. Il achète cette maison par amour pour une photographe, l'amour s'en va, il ne sait qu'en faire, alors il la prête à des artistes. Le hasard veut au départ que ce ne soit que des femmes - peintres, poètes, sculptrices… et cela se transforme en règle : seules des femmes artistes pourront venir un temps pour créer ici.

Première période, maison fermée entourée de bois. C'est l'après-guerre et l'artiste que Joris installe dans la maison dessine. Dessine en mode combat contre elle-même. Contre la pensée que chez elle, son mari, sa fille sont là comme une destinée de femme au foyer qu'elle refuse. Combat contre le mal que cela peut faire.

Bruno Fougniès
25/08/2021
Spectacle à la Une

•Off 2021• Sales Gosses Une approche vertigineuse et bouleversante de la maltraitance à l'école

Harcèlement, maltraitance ponctuelle ou récurrente… à l'école, à la maison, au travail, comment le traiter sur scène, comment prendre ou pas position ? Ici d'ailleurs, pas de prise de position, mais une exposition des faits, du déroulé des événements, en une manière de monologue où la comédienne Claire Cahen habite tous les personnages principaux, offrant l'accès au public à différentes appréciations du drame - victime, tyran, prof, mère - menant à une mise en perspective vertigineuse !

© Théâtre du Centaure.
Pour l'écriture de "Sales gosses", Mihaela Michailov s’est inspirée de faits réels. Une enseignante ligota une élève dans sa salle de classe, les mains derrière le dos, suite à son manque d'attention pour la leçon sur la démocratie qu'elle était en train de donner. Elle exposera ainsi l'enfant saucissonnée en exemple. Les "camarades" de cette petite-fille de onze ans, pendant la récréation, la torturons à leur tour. Elle sera retrouvée sauvagement mutilée… attachée dans les toilettes…

Dans une mise en scène que l'on perçoit nerveuse et précise, millimétrée, visant à l'efficacité, les choix de Fábio Godinho font être immédiatement lisible, mettant en quasi-training sportif la comédienne Claire Cahen et son partenaire musicien chanteur Jorge De Moura qui assure avec énergie (et talent) les multiples interventions instrumentales et/ou vocales. Metteur en scène, mais également performeur, Fábio Godinho joue clairement la carte de l'école "théâtre de la violence", de l'arène/stade où la victime est huée, vilipendée par la foule, cherchant à exprimer la performance telle que demandée sur un ring de boxe. Claire Cahen et Jorge De Moura sont à la hauteur jouant en contre ou en soutien avec le troisième acteur qu'est le décor !

Gil Chauveau
19/07/2021
Spectacle à la Une

•Off 2021• L'Aérien Le fabuleux défi de l'insoupçonnable légèreté de l'être…

Solliciter ressources du corps et de l'esprit unis dans la même entité afin d'affranchir l'humaine condition aux semelles de plomb de la pesanteur la clouant au sol, c'est le prodige réalisé par Mélissa Von Vépy "à l'apogée" de son art. À partir d'une vraie-fausse conférence sur les rapports entre l'Homme et les airs depuis que la Terre est Terre - écrite avec légèreté par Pascale Henry, complice inspirée -, la circassienne rivalise de grâces ascensionnelles. De quoi damer le pion, du haut de son Olympe, à Hermès au casque et chaussures ailées…

© Christophe Raynaud de Lage.
La conférencière au look décontracté étudié, chaussée de lunettes à monture d'écailles et d'escarpins mettant en valeur ses longues jambes, mallette à la main renfermant les planches évocatrices des tentatives humaines pour vaincre la résistance des airs (l'utilisation d'un Powerpoint n'aurait pas été assez daté…), s'emploie avec naturel et humour à survoler cette histoire à tire-d'aile… S'arrêtant cependant sur une reproduction d'Icare, celui par qui la faute advint. Pour avoir voulu voler toujours plus haut, l'intrépide, aux plumes assemblées de cire, s'est brûlé les ailes… et depuis, cette question récurrente : voler est-ce humain ?

Joignant gestes et paroles, elle ôte son blouson libérant des plumes virevoltantes autour d'elle et s'adonne à quelques envolées autour de sa chaise devenant vite le second personnage en scène. D'ailleurs, lorsque, dans le déroulé de sa conférence, elle évoquera les fabuleuses machines volantes nées de l'imaginaire de Léonard de Vinci, on se dit que cette prouesse d'horlogerie fine - que l'on doit à Neil Price - permettant de projeter en douceur ladite chaise jusque dans les cintres, mériterait de les rejoindre au panthéon des créations volantes…

Yves Kafka
26/07/2021