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Théâtre

"Tenir paroles" Et inventer de nouveaux lendemains désirables

Il y eut l'aventure des "Consultations poétiques" pendant le confinement et les mois qui suivirent, initié par le Théâtre de la Ville. Plus de 8 500 personnes à ce jour ont participé, en France, en Europe et dans le monde… au début au téléphone, puis en face à face. Le résultat fut le partage de près de 9 000 poèmes. Emmanuel Demarcy-Mota, les artistes et les scientifiques engagés dans cette démarche voulaient donner une nouvelle vie à ces moments exceptionnels… Pour lancer la saison 20-21 du Théâtre de la Ville, c'est aujourd'hui une nouvelle proposition artistique, condensée, qui est représentée, faite de poèmes, de témoignages, de musiques et de chansons… Ils ont tenu parole !



© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Pendant le confinement, et durant la fermeture de tous les théâtres et lieux publics en Europe, "Les Consultations poétiques" proposées par Emmanuel Demarcy-Mota et le collectif artistique ont été la seule activité du Théâtre de la Ville. Celles-ci sont sorties de l'Hexagone pour parcourir téléphoniquement toute la planète, pour des rencontres en 19 langues différentes avec des acteurs de différents pays : en grec, espagnol, anglais, portugais, mandarin, wolof, beti, lingala, sango, pidgin, kongo, italien, arabe, roumain, hongrois, allemand, albanais, slovène et en hébreu.

Un réseau international de théâtres et d'institutions partenaires s'est ainsi tissé, développant une mondialité des "Consultations poétiques" : le Teatro della Pergola à Florence, Insula 42 à Bucarest, la Schaubühne à Berlin, le Weiwuying Theatre à Taïwan sont devenus les partenaires du Théâtre de la Ville pour ces échanges singuliers et inédits. Et les contacts continuent avec d'autres théâtres du monde pour d'autres associations à venir.

Dans sa forme initiale, la consultation débute toujours par une première question : "où êtes-vous ?", puis "comment allez- vous ?"… Et une discussion débute, un poème est lu ou chuchoté à l'oreille… et une prescription poétique est délivrée à la fin de la consultation. Lancées le 24 mars, elles sont toujours proposées cette saison, au gré de la programmation, se poursuivant depuis maintenant 25 semaines.

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Des "consultations scientifiques" ont été aussi inventées dès le 22 avril avec la complicité de quatre scientifiques (l'astrophysicien Jean Audouze, les biologistes Georges Chapouthier et Marie-Christine Maurel, le physicien Kamil Fadel), trois médecins (les neurochirurgiennes Carine Karachi et Hayat Belaid, le neurologue David Grabli) et un architecte (Denis Laming).

C'est ces émotions, ces instants magiques, uniques, poétiques, qu'Emmanuel Demarcy-Mota a voulu retranscrire, porter au plateau, avec les actrices, acteurs et quelques scientifiques. Ce sont les artistes qui ont écrit les textes de ce spectacle particulier, singulier, s'inspirant des relations, des propos tenus avec ces milliers d'anonymes, seulement identifiés par leur prénom. Sans conteste, la matière est riche pour évoquer ce temps du confinement, mais aussi la crise sanitaire telle qu'elle est vécu en ce moment et, bien sûr, l'avenir à imaginer.

Avec le téléphone, c'est un nouveau lien poétique qui naît. Sans le contact visuel, la proximité se crée par la voix et l'ouïe, une écoute attentive, une bienveillance réciproque. Cela permet de donner une nouvelle densité, importance aux mots, aux sons, aux langues. Les tonalités émotionnelles, les variations vocales font entendre un rire, un sourire ou une larme. Une nouvelle dramaturgie émerge à chaque fois, nourrissant de microséquences, scènes ou mini tirades. Chaque rencontre à distance devient un voyage immobile, partagé entre deux personnes d'un bout à l'autre du fil. C'est de cela que se sont nourris les comédiens.

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Avec tous ces textes, des poèmes, des témoignages, des musiques et des chansons, ont été imaginé par Emmanuel Demarcy-Mota et tous les artistes - en création collective - deux tableaux d'une heure. Grâce à une scénographie, une mise en espace, assez simples mais très intelligentes, les interventions se succèdent mais sans jamais se ressembler. Usant de jeux visuels variés avec utilisations de profondeurs différentes - indéniable efficacité du voile transparent modifiant notamment les perspectives -, de déambulations, d'effets de foule, et de projections vidéo sur le fond de scène, générant des décors d'avenues, de rues désertes (période confinée) ou projetant des références textuelles. À plusieurs moments, l'effet choral est utilisé donnant, du fait du nombre de comédiens(nes) sur le plateau, la dimension de la foule de personnes ayant contribué aux consultations.

L'interprétation de chacun des comédiens est quant à elle sobre mais plutôt ancrée dans la réalité, presque documentaire. Son jeu s'attache à définir pour le spectateur les spécificités de chaque personnage contributeur, participant volontaire aux "Consultations poétiques". Personnes âgées, homme, femme, jeune, ados, ménagère, travailleurs de l'ombre, personnels de santé, chaque profil apparaît discrètement. L'ensemble est un immense témoignage d'une part de notre humanité dans un contexte épidémique, anxiogène, mais traité avec énormément de poésie, et avec une positive et dynamique théâtralité.

"Tenir paroles"

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Création collective en deux tableaux sous la direction d'Emmanuel Demarcy-Mota.
Construction dramaturgique : Julie Peigné.
Avec la participation de Pascal Vuillemot et de l'ensemble des acteurs.
Collaboration artistique : Christophe Lemaire, Julie Peigné.

Avec : (troupe du Théâtre de la ville) Céline Carrère, Charles-Roger Bour, Gaëlle Guillou, Gérald Maillet, Pascal Vuillemot, Philippe Demarle, (troupe de l'Imaginaire) Julie Bordas, Maxime Bouteraon, Antonin Chalon, Sophy-Claire David, Marie Escriva, Hugo Jasienski, Isabelle Jeanbrau, Paul Nouhailler, Mathias Zakhar, Charly Fournier, Marie Lauricella, Eirini Patoura, Johanna White Palacio, Anne Rodier, Anna Rotger, Anne-Charlotte Dupuis, Yilin Yang, Mahmoud El Haddad, Fama Ly, José Messongo, Emil Abossolo-Mbo, Astrid Mamina, Ludovic Parfait Goma, Roland Timsit, Cylia Malki, Sophie Mousel, Meital Peretz, Arben Bajraktaraj, Coralie Trichard, Alexandra Ansidei, Lionel Cecilio, Nicolas Le Bossé, Shih-Wei Wang.

Musique : Arman Méliès (guitare) et Henri Tournier (flûte).
Mise en espace : Emmanuel Demarcy-Mota.

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Lumières : Christophe Lemaire et Yves Collet, assistés de Thomas Falinower.
Création vidéo : Baptiste Klein.
Son : Flavien Gaudon.
Coordination des consultations : Loudice Gourmelon et Alice Magdalena.
Durée : 2 h (2 fois 1 h et un entracte de 30 min).
Production du Théâtre de la Ville.

Du 23 septembre au 9 octobre 2020.
23 et 24 septembre à 20 h ;
28 et 29 septembre à 20 h ;
8 et 9 octobre à 20 h.
Théâtre de la Ville, Espace Cardin, Paris 8e, 01 42 74 22 77.
>> theatredelaville-paris.com

Gil Chauveau
Vendredi 25 Septembre 2020

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Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

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Gil Chauveau
09/09/2020
Spectacle à la Une

"Les Dodos" Virtuoses aux agrès comme aux guitares… pour des envolées poétiques et musicales, sensibles et rebelles !

Quel point commun peut-il y avoir entre un dodo, gros oiseau incapable de voler - et plutôt maladroit - et un acrobate ? L'inconscience naïve pour le premier, qui le conduisit à sa disparition, l'inconscience maîtrisée - avec une peur raisonnée pour la sécurité - qui le mène vers le spectaculaire et la performance virtuose pour le second... C'est en résumé l'étonnante création de la compagnie Le P'tit Cirk qui s'articule autour de la musique et de l'envol avec la guitare comme partenaire privilégié, instrument musical ou agrès des plus surprenants !

Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

Gil Chauveau
17/09/2020
Sortie à la Une

"Cabaret Louise" Cabaret foutraque et jouissif pour s'indigner encore et toujours !

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
31/08/2020