La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Tempête sous un crâne... Une rencontre abstraite de la littérature hugolienne et du théâtre contemporain

"Tempête sous un crâne", Théâtre des Quartiers d'Ivry Antoine Vitez, Ivry-sur-Seine (94)

"Tempête sous un crâne", une adaptation des Misérables de Victor Hugo dimensionnée à la puissance Jean Bellorini et magistralement interprétée par le cri de jeunesse de Mathieu Coblentz, Karyll Elgrichi, Camille de la Guillonnière, Clara Mayer, Céline Ottria, Marc Plas, Hugo Sablic.



© Pierre Dolzani.
© Pierre Dolzani.
Depuis le 28 avril, la scène francilienne est une nouvelle fois frappée par une collision entre littérature et théâtre. L'effet s'est propagé au TQI, c'est la faute à Bellorini. Le souffle balaie le présent, c'est la faute à Jean.

"Paroles gelées" de Rabelais ne l'ayant pas rassasié, il s'assoit à la table des passionnés de littérature pour dévorer "Les Misérables" de Victor Hugo. Combien de lectures furent nécessaires pour servir à point cette adaptation fort réussie et surprenante de "Tempête sous un crâne" ?

Le théâtre de Jean Bellorini rayonne d’une profusion de sons, de lyrisme, d’une musicalité narrative construite sur le fil d’histoires adaptées avec la subtilité de l’imagination et de la création. L’accumulation d’éléments extérieurs associés à la scénographie ouvre de nouveaux espaces. Un univers où se profilent des images extraites à l’actualité, des heurts qui s’apparentent en sons et en images à des expressions contemporaines.

© Pierre Dolzani.
© Pierre Dolzani.
L'écriture de Rabelais et Victor Hugo scandent des mots, lesquels encrent la renaissance de l’homme entre illumination, altruisme et désinvolture. Jean Bellorini réécrit l'histoire des personnages en les incarnant dans un décomplexe social où l’homme sort grandi, presque vainqueur de sa condition, aussi humble soit-elle.

"Les Misérables" de Victor Hugo, des destins qui marchent dans les caniveaux de la misère, de l’indifférence, du désamour, de l’injustice. Une œuvre institutionnelle de la littérature française à comparer aux "Mystères de Paris" d’Eugène Sue et aux "Rougon-Macquart" d’Émile Zola. La confrontation sociale et humaine des petites gens, ces gens de peu montraient du verbe cynique par les notables et bourgeois des grands boulevards.

La trivialité des couches sociales génèrent les extrêmes que sont faiblesse et pouvoir, fidélité et trahison, amour et mort. Lesquels se transmettent tels des legs immatériels de père en fils, de mère en fille.

Ces sentiments donnent libre cours à l’adaptation de "Tempête sous un crâne" sur la scène du théâtre Antoine Vitez. Le cri de jeunesse des comédiens s’extériorise à force d’individualités et de tempéraments. Naît de cet ensemble, une cohésion qui respire littérature et fidélité à l’esprit des hommes de lettres illustres traduits sur la page blanche sans cesse réécrite du théâtre.

La pièce de Bellorini, l'équilibre entre narration et fiction, poésie de survie et énergie. La création musicale de Céline Ottria réveille des silences enfouis dans la profondeur des personnages de Victor Hugo, lesquels sur scène jouent leur - la - vie avec l’innocence des enfants. L’accordéon libère des partitions nacrées d’obsessions, lesquelles s’accordent au rythme des éléments de la batterie.

© Pierre Dolzani.
© Pierre Dolzani.
Un arbre fait de morceaux de bois assemblés, la batterie, le piano composent le décor auxquels se greffent un lit pliable et une mobylette par épisode.

Le rythme hugolien vibre avec l’interprétation des comédiens, lesquels se montrent convaincants, délirants et impétueux dans le jeu scénique de la répartie et de l’occupation de l’espace. Le spectacle rayonne avec les envolées confondues d’intensité, les espérances soulignées de vérité.

Clara Mayer monte son personnage en puissance avec une précision et une formidable énergie dans la première partie. Clara se fond, tel un caméléon, dans la progression de la pièce, elle donne de l’ampleur à son rôle car elle a le souci de l’exigence. N’est-ce pas là, le propre des comédiens impliqués et généreux.

Camille de La Guillonnière, l’expression de la virtuosité des artistes intelligents et sensibles. Karyll Elgrichi, une voix envoûtante, une présence de tous les instants, un regard profond et pétillant. Karyll est magnifique de romanesque et de tragédie, de vers et de prose.

Mathieu Coblentz, Marc Plas et Hugo Sablic apportent la dynamique à "Tempête sous un crâne" car ils font preuve d’audace et de lucidité De leur prestation respective, ressurgissent les hommes forts des "Les Misérables" et le talent à fleur de comédien s’exprime avec la grandeur qui leur revient.

Cette "Tempête sous un crâne" n’a pas fini d’emporter vents et courants dans son souffle puissant et impressionnant.

"Tempête sous un crâne"

© Pierre Dolzani.
© Pierre Dolzani.
Adapté des "Misérables" de Victor Hugo.
Adaptation : Jean Bellorini et Camille de La Guillonnière.
Mise en scène : Jean Bellorini.
Avec : Mathieu Coblentz, Karyll Elgrichi, Camille de la Guillonnière, Clara Mayer, Céline Ottria, Marc Plas, Hugo Sablic.
Création musicale : Céline Ottria.
Durée : 3 h 30 + entracte.

Du 28 avril au 25 mai 2014.
Du mardi au samedi à 19 h, dimanche à 15 h.
Théâtre des Quartiers d'Ivry Antoine Vitez, Ivry-sur-Seine (94), 01 43 90 11 11.
>> theatre-quartiers-ivry.com

Philippe Delhumeau
Lundi 5 Mai 2014

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.







À découvrir

Nice Classic Live - Académie internationale d'Été de Nice

Du 30 juillet au 15 août 2020, la troisième édition du Nice Classic Live consacrée aux répertoires classique et jazz sous la direction artistique de Marie-Josèphe Jude se tiendra dans le Jardin des Arènes de Cimiez.

Nice Classic Live - Académie internationale d'Été de Nice
Le concert d'ouverture du 30 juillet "Métamorphoses", en écho à l'exposition au musée Matisse, propose un concert de pianos avec les "Métamorphosis" de Philippe Glass, puis la transcription pour deux pianos et huit mains des neuf symphonies de Beethoven. On y applaudira Claire Désert, Valentina Igoshina, Marie-Josèphe Jude, Michel Béroff, Florent Boffard. À 21 h 30 un concert de jazz sera donné par Pierre Bertrand et la Caja Negra Sextet.

Le jour suivant, Beethoven sera encore à l'honneur avec Olivier Charlier et Marc Coppey ainsi que les pianos de Michel Béroff et Emmanuel Strosser et, à 21 h 30, Jean-Philippe Collard et Patrick Pouvre d'Arvor offriront un concert lecture "L'âme de Chopin". Beaucoup d'autres compositeurs encore, jusqu'au 15 août. Citons Poulenc Tchaikovsky, Barber, Stravinsky, Éric Satie Mozart, Purcell, Ravel, Gershwin et beaucoup d'autres pour le plaisir de réentendre de la musique vivante en live avec les meilleurs artistes du moment.

Christine Ducq
18/07/2020
Spectacle à la Une

Les Échappées Cirque remplacent, durant cet été de déconfinement, le festival "Parade(s)" à Nanterre

Le festival "Parade(s)", qui devait avoir lieu la première semaine de juin, a dû être annulé suite à la crise sanitaire… Mais la ville, l'équipe du festival "Parade(s)" et Les Noctambules - école de cirque et lieu de fabrique des Arènes de Nanterre - ont décidé de programmer en juillet et en août des propositions circassiennes dans les quartiers.

Les Échappées Cirque remplacent, durant cet été de déconfinement, le festival
Ainsi, durant tout l’été, 10 échappées seront accueillies dans le cadre des Terrasses d'été imaginées par la ville de Nanterre dans chaque quartier. Une programmation des arts du cirque et de la rue qui mêle spectacles de danse, numéros de cirque (tissu, trapèze, mât chinois, etc.), impromptus spectaculaires et poétiques, ateliers de jonglage et de sérigraphie… mais aussi espace détente avec transats, jeux d'eau et animations.

Les artistes invités, (en alternance) :
Léonardo Montresor, Christopher Lopresti et Lou Carnicelli, Thomas Trichet, Hervé Dez Martinez et Boris Lafitte (Cie FFF), Iorhanne Da Cunha et Anahi de las Cuevas (Cie l'un Passe), Rocco Le Flem (Cie Iziago), Déborah Mantione (Cie Trat), Laura Terrancle (Cie Femme Canon), Yumi Rigout (Cie Furinkaï), Antoine Helou, Ilaria De Novellis, Atelier de la Banane…
Coordination artistique : Satchie Noro.

Gratuit et ouvert à tous.
De 15 h à 19 h, en continu.

Gil Chauveau
06/07/2020
Sortie à la Une

"Nos films" Faire vibrer le cinéma, même absent, au cœur de nos rêves

Cendre Chassanne, femme de théâtre amoureuse de cinéma, rend hommage au 7e art. À sa manière. En mettant en scène "Nos films" sur un plateau de théâtre quasi vide. Le spectateur est face à un acteur seul sur le plateau éclairé chichement. Un micro et, au lointain, quelques légendes filmiques peu visibles.

Il n'y a pas de ces images animées en contrepoint du jeu. De celles qui fascinent et dispersent l'attention. Ce qui est rare de nos jours… L'acteur se trouve dans la situation commune du spectateur qui, à la sortie de la séance de cinéma, conserve la vivacité de son émotion, son plaisir. Comme un trop-plein de sensations à transmettre.

Sur scène, l'acteur se trouve au point focal, au point neutre, face au public, mis en position de raconter. Sommé en quelque sorte de raconter. La représentation proposée par Cendre Chassanne est celle de la prise de parole. Après coup, après la représentation. Comme si celle-ci devait être réitérée pour mieux exister. Des fragments, des bribes, comme extraites de la projection.

Le projet de Cendre Chassanne prévoit neuf films portés par neuf comédiens en trois trilogies successives qui seront achevées en 2020. La première porte sur la "nouvelle vague" - François Truffaut, Jacques Doillon, Agnès Varda. Trois monologues distincts. Trois témoignages. Trois comédiens différents. Trois pépites théâtrales.

Jean Grapin
21/07/2020