La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle




Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

Telemann, maître des "Goûts réunis", au Festival Terpsichore

L'édition 2017 du Festival Terpsichore s'est terminée brillamment par un concert dédié au compositeur Georg Philipp Telemann. Avec l'Ensemble Masques, le flûtiste Julien Martin et le contre-ténor Damien Guillon ont donné la pleine mesure de leur immense talent.



Julien Martin (flûte à bec), et l'Ensemble Masques dirigé par Olivier Fortin (au clavecin) © DR.
Julien Martin (flûte à bec), et l'Ensemble Masques dirigé par Olivier Fortin (au clavecin) © DR.
Telemann (1681-1767) fut un le compositeur allemand le plus célèbre de son temps, ce qu'on a du mal à se représenter à notre époque. Et pourtant, fêté à travers toute l'Europe, il s'illustra par une carrière variée et fut un champion du cumul des mandats principalement dans les villes hanséatiques allemandes et en Prusse au XVIIIe siècle.

Pratiquement autodidacte, il ajouta à son prestige de compositeur les postes de directeur d'opéras (premier poste à vingt-cinq ans), de chef d'orchestre, de fondateur d'ensembles, de cantor, et même de premier violon quelquefois. Il créa aussi la première société de concerts payants ouverts à un large public (dès 1704 avec le Collegium Musicum) à Leipzig.

Son œuvre démesurée (il compose son premier opéra à douze ans) comprend plus de six mille œuvres, dont la plupart sont perdues. Les spécialistes dénombrent tout de même quarante-neuf Passions, une quarantaine d'opéras et près de deux mille cantates. La réputation européenne de Telemann ne survécut cependant pas au-delà du XVIIIe siècle et c'est timidement qu'on se prend de ce côté-ci du Rhin à réévaluer son œuvre, toujours dans l'ombre du génie de Bach (du moins jusqu'ici).

Olivier Fortin, Damien Guillon et l'Ensemble Masques © DR.
Olivier Fortin, Damien Guillon et l'Ensemble Masques © DR.
Pour la quatrième édition du Festival Terpsichore, dont les concerts se donnent dans des lieux historiques et charmants de la capitale, son directeur artistique Skip Sempé a choisi de faire la part belle aux cordes et aux voix. Pour le dernier concert du festival, le 12 octobre, l'Ensemble Masques dirigé par Olivier Fortin accompagnait le flûtiste à bec Julien Martin et le contre-ténor Damien Guillon. Dans la belle Église Saint-Thomas d'Aquin, l'esprit du concert intime était préservé (au cœur de l'identité de Terpsichore) non sans rendre justice au grand théâtre musical de Telemann grâce au talent des deux solistes.

Alternant compositions instrumentales et vocales, la soirée permettait au profane de découvrir un échantillon de l'inventivité prolifique du compositeur. Débutant par le "Concerto Polonois" composé comme il se doit après un voyage en Pologne (en 1706), les musiciens de l'ensemble en livrent une version un peu sage, lissant quelque peu l'origine populaire de son inspiration.

Mais ils excellent bientôt, emportés par le flûtiste surdoué Julien Martin, qui conjugue virtuosité ébouriffante et jeu brillant dans la "Suite en La mineur" (TWV 55 :a2). Cette très belle pièce, vrai manifeste des "Goûts réunis", propre à l'écriture du compositeur qui n'aime rien tant que l'alliage - celui du style français et de la follia italienne (se concluant par une "Polonaise" ici) - offre un passionnant dialogue aux cordes et à la flûte.

L'Ensemble Masques © DR.
L'Ensemble Masques © DR.
Le "Divertimento en La", composé l'année de la mort de Telemann (1767), éclaire l'évolution du compositeur, à qui on reconnaîtra plus tard la faculté d'avoir jeté un pont entre esthétiques baroque et classique. Pour les arias et cantates sacrées choisies pour ce concert, dont certaines sont parfois défendues sur scène et au disque par nos contre-ténors, c'est au genre de l'opéra qu'ils font penser irrésistiblement.

Quand Damien Guillon, superbe timbre et chant habité, ornemente l'aria "Entzückende lust" (une cantate de communion), brillent alors les prestiges d'une mélodie d'inspiration italienne à l'orchestration raffinée. Lignes artistes et sonorité sensuelle envahissent l'espace pour ce "Plaisir adorable" (traduction du titre) jusqu'à la conclusion extatique ("dass sie recht ein Himmelsparadies") avec l'art habituel du contre-ténor.

Même merveille dans les passages de la cantate (tirée d'une Passion) "Der am Ölberg Zagende Jesus". Avec "Die stille Nacht umschloss den Kreis der Erden" (La nuit silencieuse encerclait la terre) et un sens dramatique admirable, Damien Guillon donne la hauteur voulue à ce drame suspendu (avec les traits rythmiques des cordes).

Damien Guillon (contre-ténor) et l'Ensemble Masques © DR.
Damien Guillon (contre-ténor) et l'Ensemble Masques © DR.
Entre exaltation ("Mein Vater ! Wenn dir's wohlgefällt") et récitatifs inspirés, ce théâtre spirituel toujours élégant et parfois grandiose donne le frisson. C'est tout le génie du chanteur, en osmose avec les musiciens de Masques, de le ressusciter, à la fois si terrestre et pourtant céleste.

Festival Terpsichore.
>> terpsichoreparis.com

Georg Philipp Telemann "Cantates & Concerti".
.Julien Martin, flûte à bec.
Damien Guillon, contre-ténor.
Ensemble Masques :
Cecilia Bernardini, Tuomi Suni, violons.
Kathleen Kajioka, alto.
Mélisande Corriveau, violoncelle, basse de viole.
Benoît Vanden Bemden, contrebasse.
Olivier Fortin, clavecin.

Concert retransmis ultérieurement sur France Musique.

Christine Ducq
Mercredi 25 Octobre 2017

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


PUB

PUB

PUB


Publicité



À découvrir

● Avignon Off 2018 ● "Gueule d'Amour - Gainsbourg for ever" de Myriam Grélard

Le parcours d'un Dom juan pas comme les autres à travers le regard de sa sœur jumelle.
De Lucien à Serge, de Juliette à Charlotte… des destinées se croisent, s'aiment, s'enrichissent, se déchirent… pour donner vie à une légende.
L'inspiration que Serge Gainsbourg a trouvée en ces femmes a fait de lui un personnage éternel.

● Avignon Off 2018 ●
"Gueule d'Amour" pour évoquer Serge Gainsbourg semble bien paradoxale, si l'on se souvient qu'il s'identifiait plutôt à un "homme à tête de chou". Et si ce personnage cynique et arrogant qu'il laissait paraître était au fond qu'un être sensible et vulnérable ? Un homme généreux et attachant ? Chéri par sa mère, entouré de deux sœurs, dont une jumelle, Lucien Ginsburg (de son vrai nom) a été dès son plus jeune âge fasciné par les femmes. Complexé par son physique et doté d'une timidité maladive, ses relations avec la gente féminine s'annonçaient compliquées.

Mais voilà que l'homme a hérité d'une culture musicale très riche… et voilà que l'homme a du talent, de l'esprit, qu'il vénère la poésie. Et le voilà avec un charme fou.

J'ai choisi de donner à Liliane, sa sœur jumelle, le rôle de narratrice. Méconnue du grand public et malgré la grande distance qui les séparait, elle ressentait de près ce que vivait son frère. Le but étant de livrer aux spectateurs l'intimité de Serge Gainsbourg d'une façon tendre et fraternelle. Mon fil conducteur est le rapport avec les femmes de sa vie, qu'il soit amical, amoureux ou paternel. Toutes ayant un point commun : l'inspiration qu'elles lui procuraient et qui a fait naître une légende de son vivant… La légende que nous connaissons tous.

Annonce
26/05/2018
Spectacle à la Une

● Avignon Off 2018 ● Du 9 au 21 juillet - Île Piot "L'Occitanie fait son cirque en Avignon"

Pastille 96 du journal du Off

12e édition de ce rendez-vous avec le cirque contemporain dans le off d'Avignon. "L'Occitanie fait son cirque en Avignon" présente cette année 11 compagnies venues d'Occitanie, de France et d'Europe (Belgique et Catalogne).
En salle, sous chapiteau (climatisés) ou en plein air, un slow festival dans l'effervescence avignonnaise !

● Avignon Off 2018 ● Du 9 au 21 juillet - Île Piot
Depuis plus de 10 ans, "L'Occitanie fait son cirque en Avignon" crée l'événement et permet à des compagnies émergentes ou renommées de donner à voir l'ingéniosité et la diversité de la création circassienne d'aujourd'hui.

Pour cette 12e édition, un chapiteau, un dôme et une salle de spectacle (tous climatisés) recréent un véritable village de cirque pour découvrir 11 spectacles d'Occitanie et d'ailleurs.
Un simple pont à traverser depuis la ville intra-muros pour s'offrir une respiration dans l'effervescence du festival, profiter d'une programmation de qualité et se restaurer au bar restaurant à l'ombre du chapiteau d'accueil.

Une opération impulsée par la Région Occitanie avec le soutien de la ville de Toulouse, d'Alès Agglomération, du Grand Auch Cœur de Gascogne et coordonnée par quatre structures représentatives de la filière circassienne en Occitanie : La Verrerie d'Alès, producteur délégué, La Grainerie, Le Lido et CIRCa.

Annonce
06/06/2018
Sortie à la Une

Lili Cros et Thierry Chazelle… Artistes distillateurs de chansons de vie aux saveurs poétiques et pétillantes

"Peau neuve", Ciné XIII Théâtre, Paris et en tournée

Avec la bonne humeur accrochée en bandoulière et le sourire affiché comme une signature, Lili Cros et Thierry Chazelle, dans une harmonie en habit de duettiste, font "Peau neuve" pour unir leur poétique et charmeuse fraîcheur en un vocal et musical duo de music-hall.

Lili Cros et Thierry Chazelle…  Artistes distillateurs de chansons de vie aux saveurs poétiques et pétillantes
Dès le début, le ton est donné. On sait qu'on va passer un bon moment, que des éclairs de poésie vont illuminer ce spectacle-concert et que des traits d'humour dessineront des sourires sur nos visages, mais aussi que les textes de chansons et les répliques échangées auront parfois une teneur plus sérieuse, abordant la vieillesse ("Le vieux chien"), la mort d'un ami ("L'éclaireur") - tout en tristesse et tendre beauté, où la voix de Lili bouleverse -, la séparation ("L'anneau"), les problèmes sociaux ("Les petits attributs"), l'enfance meurtrie ("Le petit soldat")…

Mais "Le rythme est amour" et l'harmonisation des voix de Lili Cros et Thierry Chazelle régale, telle une douce friandise, nos pavillons auditifs qui hissent haut… et naviguent - entre acoustique et électrique, entre rire et émotion - sur des musiques au groove chaloupé et sur des phrasés limpides et volubiles, voire aériens et riches en couleurs tonales.

Et l'une des particularités de leur approche artistique de la composition est une pratique bien particulière de la cadence avec des appuis marqués de la voix sur les syllabes accentuées, marquant la répartition rythmique des éléments d'une phrase et créant un système de percussions vocales bâti spécifiquement pour chaque chanson où le procédé est utilisé.

Gil Chauveau
16/04/2018