La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

Rabelais en Musique avec le Paris Mozart Orchestra : redécouvrons Jean Françaix !

Le 28 décembre, à La Seine Musicale, le PMO, dirigé par sa cheffe Claire Gibault et assisté par le comédien Éric Genovese, offrira un programme original avec une œuvre truculente de Jean Françaix, "Les inestimables chroniques du bon géant Gargantua". Un compositeur trop peu joué à (re)découvrir absolument.



Claire Gibault (au centre) et le PMO © Gilles Mermet.
Claire Gibault (au centre) et le PMO © Gilles Mermet.
Claire Gibault a choisi, pour le concert de fin d‘année de son orchestre, de mettre en lumière un compositeur trop peu joué, qui mérite mille fois la reconnaissance publique et la réévaluation de son œuvre. Jean Françaix, né en 1912, est l’élève en composition de Nadia Boulanger dès 1922, et proclame (enfant) vouloir "remplacer Saint-Saëns" quand ce dernier disparaît.

Pianiste primé au Conservatoire de Paris, cet ami de Francis Poulenc n’a jamais obtenu la reconnaissance que lui devrait son pays. Beaucoup joué dans le monde, il paie aujourd’hui encore en France son parti-pris d’avoir voulu ignorer toutes les avant-gardes de son temps pour cultiver un style unique : le sien.

Il meurt en 1997 mais le chemin de la postérité ne se ferme pas tout à fait. La personnalité de ses divers et nombreux défenseurs convaincrait d’ailleurs n‘importe quel adepte de l’excommunication de revoir sa position. Compositeur de musiques de films (principalement pour Sacha Guitry), de musiques de ballet, de chambre et d’œuvres symphoniques (sans oublier cinq opéras !), son écriture raffinée et classique dans l’héritage de la grande école française de Couperin à Chabrier lui valent l’admiration de Marcel Landowski, du compositeur Henri Dutilleux (qui loue sa "texture orchestrale") et du philosophe Michel Serres (1).

Éric Genovese, de la Comédie-Française © Marco Borggreve.
Éric Genovese, de la Comédie-Française © Marco Borggreve.
Grand amateur de François Rabelais pour qui il affirmait "ressentir de la vénération", Jean Françaix écrit lui-même l’adaptation d’un de ses romans les plus célèbres (publié en 1532), le "Gargantua" pour récitant et orchestre à cordes. Créée en 1971, l’œuvre d’une durée d’une quarantaine de minutes s’attache à trouver la profondeur et l’universalité du discours humaniste à travers les hénaurmes et comiques aventures du géant.

D’une exécution d’une rare difficulté, la pièce fait dialoguer instruments et voix, instaurant une rare harmonie entre eux. Mais attention aux oreilles chastes : la verdeur du texte rabelaisien est bien présente. Dietrich Fiescher-Dieskau en fit changer certains mots, dit-on, quand il en enregistra la version allemande (due aussi de la main de Françaix).

C’est donc à la fête de la convivialité et de l’intelligence que nous invite le Paris Mozart Orchestra. C’est le comédien français Éric Genovese (2) qui en sera le récitant prenant la suite de grands anciens tels Gabriel Bacquier ou Jean Piat. Outre la (re)découverte d’une œuvre tout à fait passionnante, l’orchestre donnera aussi la "Sérénade nocturne en ré majeur" (K 239) composée par Mozart en 1776 à Salzbourg. Une courte pièce qui mettra aux prises le PMO et le Quatuor Psophos, son ensemble de chambre.

Claire Gibault © DR.
Claire Gibault © DR.
(1) Voir à ce propos l’excellent documentaire de Raymond Pinoteau, "Un Certain Musicien Françaix" réalisé en 1999.
(2) Membre de la Comédie Française depuis 1993.


Concert le 28 décembre 2017 à 20 h 30.

La Seine Musicale.
Île Seguin, 92100 Boulogne-Billancourt.
Tel : 01 74 34 53 53.
>> laseinemusicale.com

"Rabelais en Musique".
Paris Mozart Orchestra.
Quatuor Psophos.
Claire Gibault, direction.
Éric Genovese, récitant.
>> parismozartorchestra.com

Christine Ducq
Mardi 19 Décembre 2017

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


PUB


Publicité



À découvrir

Si Louise Michel m'était contée… Cabaret peu orthodoxe sur l'art de la rébellion !

"Cabaret Louise", Théâtre Le Funambule Montmartre, Paris

Reprise Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et sa compagne Louise Michel sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur un cinquantenaire soixante-huitard bienfaisant, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

Si Louise Michel m'était contée… Cabaret peu orthodoxe sur l'art de la rébellion !
En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
22/01/2019
Spectacle à la Une

"Cassandra", cruauté et infinie tendresse pour conter le métier de comédienne

La chronique d'Isa-belle L

"Cassandra", C majuscule s'il vous plaît. Pas uniquement parce que c'est un prénom qui, aussi, introduit une phrase ou parce que c'est le titre du spectacle, mais parce que Cassandra, qu'elle soit moderne ici, mythique là-bas, mérite en capitale (C) cette jolie troisième lettre de l'alphabet à chaque recoin de mon papier. La lettre "C" comme Cassandra et comme le nom de famille de l'auteur. Rodolphe Corrion.

Deux C valent pour un troisième : Coïncidence. L'auteur, masculin, très habile répondant au nom de "Corrion" a écrit pour une comédienne à multiples facettes ce seul(e) en scène. Nous voilà à 3 C et trois bonnes raisons d'aller découvrir et applaudir ce spectacle mené de main de maîtresse par la comédienne Dorothée Girot. Jolie blonde explosive, sincère et talentueuse.

Inspiré du mythe de Cassandre, Rodolphe Corrion nous propose aujourd'hui, dans son texte à l'humour finement brodé, un personnage - Théodora -, comédienne enchaînant les castings avec peine, se retrouvant d'ailleurs en intro de spectacle, face à une conseillère Pôle Emploi. Excellent moment et monologue réjouissant. Théodora sent que quelque chose va se produire dans la vie de cette conseillère, quelque chose de… bah ! Oui. Il va se passer quelque chose… elle l'avait sentie, on ne l'a pas écoutée puis… la conseillère, elle ne l'a plus jamais revue.

Isabelle Lauriou
27/03/2019
Sortie à la Une

"Trissotin…" Union du corps et de l'esprit par l'amour, le désir et l'humour

"Trissotin ou Les Femmes Savantes", Théâtre La Criée, Marseille

Reprise ! Pour Henriette et Armande, c'est l'heure de l'émancipation. Ces deux jeunes femmes ont reçu une très bonne éducation, s'expriment avec précision et même élégance, jouissent d'une évidente aisance matérielle au sein d'une famille solide et traditionnelle. La mère tient en effet la culotte en son ménage et le père est gentil quoique un peu faible…

Elles ont trouvé l'oiseau rare. Clitandre. Un jeune homme beau comme un comédien, certes un peu pauvre mais qui a la tête bien faite et de grandes espérances car il est poussé à la cour…

L'ainée a approfondi Descartes, le dualisme ainsi que les stoïciens, et conteste l'institution du mariage. La cadette à l'évidence, dans sa capacité à conjuguer plaisir et amour dans une perspective de mariage heureux, a compris Lucrèce et son "de natura rerum".

Leur mère Philaminte et leur tante Belise se sont piquées des dernières connaissances scientifiques logiques et poétiques. Leur apprentissage encore naïf pèse sur l'ordonnancement de la maison. Voulant être savantes pour se montrer savantes, elles se sont entichées d'un Tartuffe au petit pied, un Trissotin pédant et à la pointe de la mode qui en veut à leur richesse. L'histoire frise la catastrophe.

Jean Grapin
04/04/2019