La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Trib'Une

Quand la jeunesse est unie… dans les brasseries, au concert, ou sur un plateau de théâtre… Le vendredi !

"Quand la jeunesse est unie, elle se retrouve dans les brasseries, au concert, ou sur un très beau plateau de théâtre. Elle se retrouve le vendredi… et continuera à corps et à cris." Ce soir-là, c'était un vendredi. J'embarquais un copain au théâtre…



© DR.
© DR.
Ce théâtre porte un nom que j'aime bien : opprimé. Le Théâtre de l'Opprimé. Si vous ne connaissez pas, n'ayez surtout pas peur d'y aller. Il s'y joue des créations contemporaines depuis plus de vingt ans. Des textes souvent engagés sur un monde qui va, vit et tourne. Sur ce monde qui, à l'heure où j'écris ses lignes, vient encore de creuser une tombe. Une pierre tombale où des innocents, jeunes le plus souvent, viennent de glisser, alors qu'ils fêtaient avec allégresse l'entrée d'un week-end, l'espérant, joyeux, convivial et musical.

C'était il y a 2 jours. Paris a perdu des âmes et ce sont à des fanatiques fous alliés et cinglés qu'on doit cette soirée sanglante… et chaotique. Un vendredi, aussi.

Il y aura donc vendredi 13 novembre et tous ceux d'avant. Et le vendredi précédent, je traînais donc mes yeux un peu brillants (de fatigue), dans un quartier peu animé du XIIe arrondissement, pour aller voir cette pièce : "Les Bienfaisants".

Sérénité. C'est à peu près ce à quoi j'ai pensé en entrant dans le hall du Théâtre de l'Opprimé. Ambiance décontractée. Pas seulement pour les Bretzels… et leurs grains de sel qui m'ont été servis à l'entrée.

© DR.
© DR.
Originale : la conception de la salle. Une moustiquaire géante sous laquelle se dresse un décor, sobre : une loge d'acteurs en tournée théâtrale.

Vivant. Cette bande de jeunes qui, dès notre arrivée, est là, discutant, riant, en attendant le noir. Justement.

Noir. Nous sommes en Afrique. Une bande de comédiens, jeune, agréable à regarder, aux physiques divers et variés, nous accueille dans leur périple. Ils se préparent à entrer en scène. Ils tournent un spectacle. Préventif ? On ne voit rien de la pièce proprement dite mais on devine bien.

Musique. Le choix des morceaux est réussi. Bonga… ce guérisseur de l'âme. Angolais d'origine traverse un tableau puis un autre son, "made in Africa", nous saisit. Des images…vont et viennent au rythme des mots, du texte subtilement écrit de l'auteur et d'une jolie scénographie.

© DR.
© DR.
Maladie. La pièce prend tournure quand, dans un des sacs, est retrouvée une feuille, anonyme, sur laquelle il est indiqué que l'un d'eux, de ces jeunes qui semblent s'éclater à jouer, a été contaminé par le HIV.

Qui ? Et tout bascule. La peur s'empare de nos comédiens qui soudain cessent de jouer la comédie. Qui ? La moustiquaire s'efface et des flash-back apparaissent. Lui ? Elle ? Qui ? Bordel !

Dans ce spectacle, celui qui est joué pour la population africaine, il y est question du sida et de la prévention. De la sensibilisation. Du dépistage.

L'action de cette joyeuse bande est donc très noble… Mais la découverte de ce dépistage positif au sein de ce petit comité va retourner les esprits, leurs motivations et leurs appréhensions.

Nécessaire. Oui. De continuer à parler de ce virus. Il tue encore. Trop ! Là-bas. Sur ce continent africain. Ici, chez nous, les soins existent. Et les malades sont pris en main.

Cette troupe de comédiens en est une belle dans la vraie vie. Sur scène, leurs personnages sont vivants, humains mais pas tout le temps. Lâches par moment. C'est ainsi.

Engagement. Ils sont six sur le plateau. Six comédiens. Ils se renvoient la balle, les tirades, avec une justesse impeccable. Quand l'une est agacée par les moustiques (excellente cette comédienne, Mathilde Roehrich), une autre retient ses larmes avec tact. Quand la voix grave et ultra sensuelle de Caroline Stefanucci se place, elle transporte tout avec elle. Les jeunes femmes de ce spectacle sont toutes aussi talentueuses que les hommes. Parité absolue.

© DR.
© DR.
Ces "Bienfaisants" font en effet beaucoup de bien au public. J'ai regardé autour de moi à l'issue du spectacle. J'ai vu cette femme, les yeux embués de larmes. Je lui ai parlé. Elle m'a dit : "Je me suis occupés des malades. Cette pièce me parle. C'est un très bon moment. C'est important."

Ce Théâtre de l'Opprimé, non seulement est un lieu propice à la sérénité mais on y découvre des pépites. Et de ces "Bienfaisants" il n'y a rien à jeter.

"Quand la jeunesse est unie, elle se retrouve dans les brasseries, au concert, ou sur un très beau plateau de théâtre. Le vendredi."

Continuez à aller au théâtre. Cette pièce fait beaucoup de bien comme son titre l'indique. Et je lui souhaite aussi, de continuer, à corps et à cris.

"Les Bienfaisants"

Texte : Raphaël Thet.
Mise en scène : Gaëlle Bourgeois.
Scénographie : Emmanuel Mazé.
Acteurs : Dalia Bonnet, Hugo Brunswick, Nicolas Bresteau, Jacinthe Cappello, Christophe Ntakabanyura, Mathilde Roehrich.
Compagnie Qui porte quoi ?

A été joué au Théâtre de l'Opprimé à Paris du 4 au 15 novembre 2015.
27 et 28 novembre 2015.
Centre Culturel Le Point du Jour, Paris 16e, 01 46 51 03 15.

>> compagniequiportequoi.com

Isabelle Lauriou
Vendredi 27 Novembre 2015


1.Posté par jean le 28/11/2015 10:29
merci pour cette tribune. qui n'est pas compassionnelle mais positive et pleine de tact.
Le monde du théâtre et de manière plus large le monde du spectacle vivant est en effet celui de la Bien - faisance et que c'est dans cet espace clos mais ouvert sur l'imaginaire que que se nouent les liens symboliques qui relient les êtres humains et les déclics thérapiques.lc'est le monde de la valeur symbolique .
Que c'est celà hélas qu'oublient absolument les économistes et les dirigeants .

Il n'est de richesse que d'hommes ce sont pierres vives

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022







À découvrir

"Tropique de la violence" Une forme d'opéra rock comme un cri de détresse des oubliés de Mayotte

Cent-unième département de France, Mayotte, petite île au nord-ouest de Madagascar, souffre. Loin des clichés de lagons tropicaux et de végétation luxuriante, elle est devenue l'endroit de France le plus peuplé en immigrés, officiels mais surtout clandestins, qui débarquent régulièrement des Comores à bord de kwassa-kwassa (bateaux de pêche à fond plat) quand ils ne finissent pas noyés. C'est dans ce plus grand bidonville de France, situé à Mamoudzou (préfecture du département), que se situe l'action de la pièce. Bienvenue à Kaweni, surnommé bien à propos Gaza, décharge humaine où survivent comme ils peuvent une partie des échoués de notre monde.

© Victor Tonelli.
Et parmi eux de nombreux jeunes isolés, comme le héros de cette histoire, Moïse, 15 ans, abandonné par sa mère lorsqu'elle débarqua sur une plage de sable noir, bien des années auparavant. Un enfant recueilli par une infirmière venue du continent, morte depuis. Dans ce contexte pire qu'une jungle, zone de non-droit où l'ordre est aux mains de gangs, Moïse va devoir se débrouiller, survivre et subir la pression de Bruce Wayne, jeune voyou autoproclamé roi de Gaza.

De cet univers décomposé jusqu'aux dans les veines des habitants coule la violence, mieux que le sang. Violence née du manque de tout. D'une pauvreté sans mesure. D'un abandon total. D'un avenir interdit. Aucun repère. Sur le plateau, les projections gigantesques de visages interpellent le minuscule Moïse enfermé dans une cellule de prison. Fantômes imaginaires de la taille de dieux ou de démons. La mise en scène extrêmement élaborée d'Alexandre Zeff fait se caramboler sur scène les mondes intérieurs et les événements de l'histoire.

Bruno Fougniès
05/09/2022
Spectacle à la Une

•Off 2022• "Fantasio" L'expression contemporaine d'un mal-être générationnel

"Buvons l'ami et songeons à ce mariage point désiré." Éternel sujet maintes fois traité par nos grands auteurs classiques, l'union "forcée" reste encore d'actualité et l'acte de résistance qu'opposent les femmes, quel que soit le pays, peut induire une forme de rébellion et une revendication d'indépendance, d'autonomie, de liberté qui traversent facilement le prisme de la modernité.

© Andreas Eggler.
Il y a des compagnies et des metteurs en scène que l'on a particulièrement plaisir à suivre, à retrouver. Qui nous offre des moments où l'on aime sans crainte laisser se glisser nos oreilles, nos yeux, notre attention dans le confort d'une nouvelle création dont on sait quasiment par avance qu'elle nous régalera, ravira tous nos sens. Un spectacle de la Cie de L'Éternel fait assurément partie de ces petits bonheurs qui sont résolument inscrits dans une pratique novatrice, fougueuse, audacieuse et talentueuse de l'art des saltimbanques… celui qui réjouissait les foules au temps des tréteaux, des "sauteurs de bancs"*.

Au cœur de la pièce de Musset se joue le mariage politique de la princesse Elsbeth, enjeu d'un pays/royaume, décevant, sans vigueur et sans perspective pour les jeunes générations, à la gouvernance désabusée. En contrepoint, Fantasio, jeune homme désespéré - fuyant la routine, l'ennui qui naît du quotidien, la lassitude du "rien faire" -, désargenté et à l'avenir incertain, se joue des conventions, peu respectueux de la gente bien-pensante. Endossant de manière inattendue la posture et le costume de bouffon, habité d'une folle énergie soudaine et d'excès de lucidité bénéfique, il bouleverse la donne, sème un joyeux et revigorant bordel, boosté par un esprit vif et pertinent, et fait imploser sans violence le mariage.

Gil Chauveau
23/06/2022
Spectacle à la Une

Les 67e Nuits de la Citadelle à Sisteron

À partir du 22 juillet, les Nuits de la Citadelle de Sisteron accueilleront de beaux spectacles consacrés à la musique, à la danse et au théâtre sous l’égide du nouveau directeur artistique du festival, Pierre-François Heuclin.

Carmina Latina © Cappella Mediterranea.
Après la disparition tragique d'Édith Robert, c'est donc à Pierre-François Heuclin de reprendre le flambeau des Nuits de la Citadelle de Sisteron, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Le plus ancien festival (avec les Chorégies d'Orange) propose, pour sa 67e édition, un programme varié assuré par certains des meilleurs artistes français et européens.

Dès le 22 juillet, le chef Leonardo Garcia Alarcon à la tête de son orchestre, la Cappella Meditterranea, et du Chœur de chambre de Namur, offrira un concert consacré à des œuvres espagnoles et sud-américaines des XVIe et XVIIe siècles. Ce sera une soirée "Carmina Latina" emmené par la soprano Mariana Flores.

Au cloître Saint-Dominique, une superbe voix retentira encore le 27 juillet avec la venue du ténor britannique Freddie de Tommaso. Le premier prix du concours Plàcido Domingo donnera des airs de Verdi, de Puccini mais aussi des mélodies de Liszt, accompagné du pianiste Jonathan Papp.

Le Duo Jatekok pour "Un Carnaval de Animaux pas comme les autres" (le 7 août) et les sœurs Camille et Julie Berthollet (le 13 août) se produiront ensuite sur la scène du très beau théâtre de verdure pour les premières et celle du cloître Saint-Dominique pour les autres. Des rendez-vous musicaux qui ne manqueront donc pas de charme.

Christine Ducq
18/07/2022