La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Trib'Une

"Piège mortel"… Superman a donc un nouveau nom et il s'appelle Nicolas Briançon

La chronique d'Isa-belle L

Pièce mortelle. La rime est facile et efficace. Est-elle fidèle pour autant à la pièce d'Ira Levin, adaptée en Français par Sibleyras ?



© Lot.
© Lot.
Suspens ! Je serre les dents. Heureusement que j'ai porté ma gouttière la nuit d'avant… Non pas que je stressais de me rendre dans une salle de spectacle mais j'avais, il est vrai, anticipé la rime, bien avant l'ouverture du rideau de scène.

Je me suis donc rendu guillerette et affamée au théâtre La Bruyère, dans le neuvième. L'hiver glacial avait cédé sa place à une sorte de douceur automnale… qui, peut-être, n'était que les résidus des particules de pollution ayant loupé leur destination quelques jours plus tôt (j'ai raté de peu le casting miss météo !).

Bref ! Avant que la pièce ne démarre, accompagnée d'une copine au prénom délicieux - Myrtille - j'ai avalé quelques bulles pour fêter la nouvelle année. Ce soir-là, nous étions le 1er février. Quelle bonne idée ! Quand on n'aime pas la routine. Marie Vincent, comédienne dans cette même pièce et dont la prestation encore me surprend, se détendait avant le lever de rideau. Assise près de nous, nous avons ensemble entamé une discussion.

© Lot.
© Lot.
Puis vint le temps avec Myrtille de se lever. Pour nous rasseoir deux minutes après. Il est 21 heures, le spectacle ne devrait plus tarder. Un ou deux bla-bla de filles et soudain, sur le plateau : Nicolas Briançon et Virginie Lemoine.

Le décor rappelle celui du film. Je ne vais pas comparer toute la sainte chronique, promis juré ! C'est juste l'effet que cela m'a fait. À la fois c'est écrit ainsi, donc, si Éric Métayer - metteur en scène - avait transposé la scène dans une salle de fitness, j'aurais été choquée.

Tout est bien aménagé, placé, décoré. Il ne manque rien. Et il y a, tralala, Nicolas Briançon… dit-elle, telle une fan enflammée ! Que voulez-vous il est génial et je l'envie.

Cet homme m'étonne en effet. Il y a peu de temps encore, je me suis fait le théâtre de Poche, un lieu vraiment sympa où j'aimerais jouer un jour… [Je le place là, on ne sait jamais si Stéphanie Tesson me lit]. Nicolas Briançon jouait (et joue toujours) aux côtés de Nicolas Vaude (ces Nicolas, quels talents !) et Roxana Carrara, un texte de Sarraute : "Pour un oui, pour un non". Autant je n'ai pas été emballée par le spectacle, mais Nicolas Briançon a suffi à canaliser l'envie de griller, avant les claps de fin, ma petite blonde goudronnée.

© Lot.
© Lot.
Cet homme est un acteur immense aux qualités de jeu indéniables et stupéfiantes. Il a une endurance exceptionnelle. Il joue à 19 heures un texte d'une heure, rive gauche, puis rejoint la rive droite pour jouer 1 h 40 une autre pièce. Il a donc à peine une heure de battement pour reprendre souffle, verre ? Féculents et café peut-être, avant de dégainer au La Bruyère.

De mauvaises langues me diront qu'il n'est pas le seul à assurer cet exploit. Ma langue, un peu plus savoureuse répondra : "si, il est le seul à réussir ce pari-là !". Textes diamétralement opposés, personnages aux antipodes et énergies contraires. Il assure et elles me saoulent les langues de vipère.

"Piège mortel" ou l'histoire d'un auteur reconnu de théâtre qui, suite à l'échec cuisant de sa dernière pièce, ne trouve plus l'inspiration. Miracle : Superman, euh ! Non… enfin si, dans la version ciné, c'était Christopher Reeve, le personnage joué par Cyril Garnier, qui arrivait. Jeune auteur, il a eu la bonne ou mauvaise (vous jugerez) idée d'envoyer son bébé théâtral au mentor rencontré lors d'un séminaire d'écriture. La pièce démarre ainsi. Le couple formé par Nicolas Briançon et Virginie Lemoine, discute à ce sujet. Ce bébé théâtral s'intitule : "Piège mortel".

Et, tour à tour, de coups de théâtre en balles perdues, de tiroir fermé en voyance accélérée, le spectacle détonne. Marie Vincent, totalement habitée et déjantée à souhait, déboule comme la mère dans "Ma sorcière bien-aimée". Cyril Garnier, tel un gendre idéal, dévoile une autre facette, juste et maîtrisée. Virginie Lemoine passe par tous les états et, avec elle, nous aussi. Bien qu'elle en finisse à terre… c'est écrit comme ça, ne vous inquiétez pas ! Je n'oublie pas Damien Gajda qui n'a pas la partition facile puisqu'il intervient tard dans l'histoire, assurant sa position face à l'excellent Nicolas, extrêmement brillant !

Chers amis, Superman a donc un nouveau nom et il s'appelle Nicolas Briançon. Je cite une autre langue qui conclut ma chronique à merveille : "Cet acteur, j'le kiffe, il est mortel !".

"Piège mortel"

© Lot.
© Lot.
Texte : Ira Levin.
Adaptation : Gérald Sibleyras.
Mise en scène: Éric Métayer.
Assistante à la mise en scène : Sarah Gelle.
Avec : Nicolas Briançon, Cyril Garnier, Virginie Lemoine, Marie Vincent et Damien Gajda.
Décor : Olivier Hébert.
Costumes : Cécile Adam.
Lumières : Gaëlle de Malglaive.
Son : Vincent Lustaud.
Victime d’une mauvaise chute il y a quelques jours en arrivant au théâtre La Bruyère, Marie Vincent (qui interprète le rôle de la voyante) est remplacée à partir de ce soir, mardi 21 février, par Viviane Marcenaro (dans ce rôle) et ce jusqu’au 10 mars inclus.

Du 19 janvier au 1er avril 2017.
Mardi au samedi à 21 h, matinée samedi à 15 h 30.
Théâtre La Bruyère, Paris 9e, 01 48 74 76 99.
>> theatrelabruyere.com

Isabelle Lauriou
Mercredi 8 Février 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives








À découvrir

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique

L'histoire se passe au Québec. Dans "Antioche" de Sarah Berthiaume, Antigone est une adolescente un peu foutrac, qui fait un peu n'importe nawak avec son djin troué et sa toga praetexta. Normal, elle voudrait jouer Anouilh et son Antigone, et articuler parfaitement le Français standard plutôt que jouer les fièvres du samedi soir…

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique
… Quant à sa copine Jade, elle ne vaut pas mieux qui s'emmure dans les toiles d'Internet, universelle araigne maléfique, pendant que sa mère qui a fui la Syrie fait des listes de mots pour les mémoriser.

Dans cette terre d'exil et d'accueil, dans cette terre d'immigration qui mêle réfugiés du Proche-Orient et descendants des acadiens entourés d'Anglais, cette terre qui veut échapper au globish et se pose la question de sa présence au monde, les deux copines rêvent de fugues, vivent intensément le sentiment de la liberté ou de l'enfermement. C'est que le confort matérialiste ou l'exaltation romantique sont autant de pièges à éviter. Pour elles le retour aux origines est problématique. La pièce noue les contradictions contemporaines.

Le langage est populaire, direct et inventif. Et le spectacle évolue de la comédie populaire et farcesque au drame suspendu au dessus des têtes. Les personnages connaissent des paroxysmes et dans les allers et les retours de leurs rêves, dans leurs errances, leurs désirs de fugues se lit la construction d'une mémoire et d'une identité. Jusqu'à ce que les deux héroïnes, en bordure du danger, croisent le chemin de la fatalité et du destin. Le retour aux origines devient tentation de l'intégrisme, du terrorisme.

Jean Grapin
29/06/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et "bio-éthique" à dévorer tout cru

D'abord dire le choc artistique lié au mix d'un slam magnétique, d'une voix parlée aux résonances philosophiques, d'une musique live et de live painting se répondant l'une et l'autre, le tout réuni sur le même plateau pour créer l'univers poétique où deux histoires différentes - quoique… - se rencontrent au point de chute. Les contes partagent cela en commun, ils "parlent" au-delà de leur contenu et réservent des surprises "sans fin" qui nous mettent en appétit (d'ogre).

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et
Ensuite, dire que l'on ne doit pas se laisser abuser par le mot conte… Comme beaucoup de contes, il n'est pas destiné aux enfants même s'il peut être vu avec intérêt par eux aussi… ne serait-ce que pour qu'ils expliquent aux adultes que leur faim de bien faire - rêve d'une vie bio et écologique à tous crins - peut s'avérer à la fin, "une vraie tuerie"…

(Il était une fois) un ogre dont i["À [son] retour [sa] douce avait dressé la table/Préparée comme jamais des mets gorgés d'odeur"]i (il parle, l'ogre, en alexandrins slamés) et qui aimait ses sept filles plus que tout au monde, les bisoutant, les cajolant et veillant à ce que rien ne leur manquât de nourriture raffinée et autres conforts domestiques. Un père de famille au-dessus de tout soupçon…

Certes, les mets gorgés d'odeurs mijotés par sa femme ogresse étaient exquis à son goût mais ogre il était, et son penchant "naturel" pour la chair fraîche humaine ne pouvait longtemps rester au garde-manger.

Yves Kafka
27/07/2019