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Danse

"Patio Flamenco"… de la cour au patio

De la cour de l'émirat de Cordoue au patio de son enfance, Rubén Molina nous emmène dans son histoire personnelle ainsi que dans celle de l'Andalousie, avec ses invasions, ses influences et sa culture flamenca.



© John Candotti.
© John Candotti.
C'est d'abord une voix, un texte qui nous amène jusqu'à l'époque de l'invasion arabo-berbère (711) qui donna naissance à Al Andalus (Andalousie), puis à l'inquisition espagnole (à partir de 1478). Cette histoire, c'est aussi celle du flamenco que retrace le superbe spectacle de Rubén Molina, faisant référence au musicien Ziryab (789-857), "L'oiseau noir" chassé de Bagdad qui se réfugie en Andalousie en 822 sous l'émirat de Cordoue (756-929), enrichissant de son génie, entre autres, la musique andalouse en introduisant des techniques vocales qui vont ouvrir le chant au flamenco.

Au travers d'un éclairage historique riche d'enseignements et de celui de l'enfance de l'artiste, la représentation déroule dans différentes scènes, à la scénographie bien calibrée, des séquences où cette expression montre toute sa force artistique. Rubén Molina dévoile une virilité théâtrale dans des figures chorégraphiques ponctuées de sauts, genou au sol, où alternent tension corporelle, ondulations des mains, démontrant une dextérité certaine et un rapport à l'espace maîtrisé.

© John Candotti.
© John Candotti.
La mise en scène est très bien structurée avec des séquences de chants, de guitare, de danse, qui alternent. Nulle monotonie. Rarement deux solos s'enchaînent. Le chant passe le relais à la guitare qui passe le relais à la chorégraphie qui est appuyée à l'entame du spectacle par les palmas. C'est une construction artistique dans laquelle chaque composante traditionnelle du flamenco vienne par vagues successives s'insérer.

Le jeu du danseur est rapide, vif avec un jeu de taconeos utilisant, dans deux approches différentes, autant le talon au sol que la pointe du pied. Tout le corps parle, joue, est théâtral sans excès. Il y a chez Rubén Molina un aspect conquistador, nourri par l'histoire qui est racontée en off. Bras, jambes, genoux, torse, c'est toute une "machine" corporelle qui incarne et fait vivre le flamenco dans son art théâtral et son rythme autour de cassures, de gestes, souvent sous tension, toujours gracieux, parfois virevoltants.

Le corps est droit avec un contrebalancement venant d'un jeu de main courbe. Tout chez Molina respire cette danse andalouse, du regard au menton en passant par l'attitude. La gestique est tranchante à souhait avec des mouvements de bras et de jambes angulaires et vifs. L'espace, dans lequel le chorégraphe évolue, se dessine dans une gestuelle souvent rectiligne avec des déplacements courbes. Le spectacle se finit avec une alegria. C'est superbe.

"Patio Flamenco"

© John Candotti.
© John Candotti.
Mise en scène et chorégraphie : Rubén Molina.
Composition musicale : Daniel Barba.
Guitare : Dani Barba.
Chant : Cécile Évrot.
Son et lumières : Élise Boisseau.
Costumes : Maria Molina.

Jusqu'au 30 mai 2018.
Mercredi à 20 h 
.
Théâtre du Gymnase, Paris 10e, 01 42 46 79 79.
>> theatredugymnase.com

Safidin Alouache
Lundi 28 Mai 2018

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