La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Danse

Nouvelles pièces courtes… un cocktail d'atmosphères, de poésie et de couleurs

"Nouvelles pièces courtes", Théâtre national de Chaillot, Paris puis tournée

Philippe Decouflé, dans des chorégraphies variées et séquencées, propose un monde artistique aux multiples reflets où la scénographie déroule des lieux et des nuances de différents horizons.



© Charles Freger.
© Charles Freger.
Tout est ambiance colorée. La scénographie est partie intégrante du spectacle, presque un personnage à lui tout seul dans cette série de "Nouvelles pièces courtes". Musique et théâtre viennent se greffer à la danse. Dans l'art, les frontières n'existent plus et Philippe Decouflé suit à la lettre ce précepte. Les scènes sont courtes, comme différents rythmes d'une pulsation qui nous emmènent dans les dédales d'un univers où les lieux bousculent le temps chorégraphique.

Les tempos, les rythmes se mêlent sans s'imbriquer et donnent un sentiment kaléidoscopique de voyage. Le noir au début, puis les couleurs, submergent le plateau, étalant à profusion différentes atmosphères créées autant par celles-ci que par la scénographie.

La gestuelle est très marquée dans ses balancements coordonnés. Elle est homogène, tout en étant différente. Les mouvements sont très élancés avec le tronc souvent droit, les membres faisant office de bascule, le tronc devenant l'axe sur lequel les équilibres se jouent. Les membres inférieurs vont chercher un espace, autre, alors que les membres supérieurs en font de même mais de façon plus équilibrée en restant légèrement en biais par rapport aux épaules.

© Laurent Philippe.
© Laurent Philippe.
La danse contemporaine se mêle aussi à une autre, latine, dans une scène où le tempo devient plus velouté. Ce n'est pas fête mais plutôt douceur, atmosphère chaude dans des pas glissés où les plantes des pieds sont bien au sol.

Les corps respirent, se croisent, se rencontrent, se séparent, s'imbriquent, se taquinent, se retrouvent pour se perdre. C'est un carrefour de pieds et de pas, une descente scénique avec, pour chacune des pièces, son parfum et son timbre. Il y a des danses aériennes, d'autres plus ancrées au sol avec des pas qui glissent, qui se lèvent, se longent et s'allongent.

La scénographie est superbe dans ses couleurs, dans ses éléments. D'une poutre, nous passons à un trou perdu au milieu de la scène, dans lequel un jeu corporel se fait entre des jambes féminines quand torse et visage sont masculins. Nous nous retrouvons, entre autres, dans un aéroport puis dans un avion pour finir dans une grande pièce aux grands paravents qui s'ouvrent pour laisser passer une lumière, toujours colorée, légèrement aveuglante aux premières secondes.

Le spectacle démarre sans musique. Puis des bruitages viennent se greffer dans une ligne mélodique créée par les interprètes autour d'un piano et d'une flûte traversière. Le cajon donne le tempo à certains moments. Les chorégraphies se lient à la musique de façon légère, avec grâce, de façon presque pointilleuse, sans que les corps ne viennent écraser de leur présence les notes. On s'effleure, se touche comme si le pas était une note qui suivait une partition de danse.

Tout est dans le gracieux, comme des caresses sur la peau. Puis la force vient s'immerger dans le corps mais jamais dans le mouvement. Decouflé opère une disjonction entre les deux, ou plutôt entre gravité du corps et "antigravité" du mouvement. L'un se pose quand l'autre se glisse.

C'est beau, car tout va à l'essentiel dans une effusion musicale où la gestuelle porte les notes comme des étendards.

"Nouvelles pièces courtes"

© Laurent Philippe.
© Laurent Philippe.
Mise en scène et chorégraphie : Philippe Decouflé.
Assistante chorégraphique : Alexandra Naudet.
De et avec : Flavien Bernezet (caméra et cajon), Meritxell Checa Esteban, Julie Ferranti (piano et chant), Aurélien Oudot (acrobatie et piano), Alice Roland, Suzanne Soler (aérien), Violette Wanty (chant et flûte traversière).
Textes originaux : Alice Roland.
Musiques originales : Pierre Le Bourgeois, Peter Corser, Raphaël Cruz, Violette Wanty, Cengiz Djengo Hartlap.
Lumières et régie générale : Begoña Garcia Navas.
Vidéo : Olivier Simola, Laurent Radanovic.
Scénographie : Alban Ho Van assisté d'Ariane Bromberger.
Costumes : Jean-Malo, Laurence Chalou assistés de Charlotte Coffinet, Peggy Housset.
Régie plateau et vols : Léon Bony.
Régie plateau et construction : Guillaume Troublé.
Régie son : Jean-Pierre Spirli.
Compagnie DCA/Philippe Decouflé.
Durée : 1 h 30.

Du 29 décembre 2017 au 12 janvier 2018.
Vendredi 29 et samedi 30 à 20 h 30 ; mardi 2, mercredi 3, vendredi 5, samedi 6, mardi 9, mercredi 10, vendredi 12 à 20 h 30 ; samedi 6 et dimanche 7 à 15 h 30 ; jeudis 4 et 11 à 19 h 30.
Du 20 avril au 10 mai 2018.
Mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20 h 30, jeudi à 19 h 30, samedi et dimanche à 15 h 30.
Théâtre national de Chaillot, Salle Jean Vilar, Paris 16e, 01 53 65 30 00.
>> theatre-chaillot.fr

© Charles Freger.
© Charles Freger.
Tournée
25 au 27 janvier 2018 : Anthéa-Antipolis, Théâtre d’Antibes, Antibes (06).
31 janvier au 2 février 2018 : Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau, Séte (34).
14 au 17 février 2018 : Le Quartz - Scène Nationale, Brest (29).
21 au 24 mars 2018 : Odyssud - Centre culturel, Blagnac (31).
29 juin au 1er juillet 2018 : Saitama Arts Theater (Japon).
7 et 8 juillet 2018 : Kitakyushu Performing Arts Center (Japon).
14 et 15 juillet 2018 : Biwako Hall, Shiga (Japon).

Première publication : 5 janvier 2018.

© DR.
© DR.

Safidin Alouache
Samedi 28 Avril 2018

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives








À découvrir

Le festival Nice Classic Live poursuit sa mue

Un nouveau festival à Nice ? Depuis 2018, le Nice Classic Live a repris l'héritage des Concerts du Cloître et le fait fructifier. Pour l'édition 2019, le festival s'étoffe en offrant une belle programmation estivale dans divers lieux patrimoniaux de la ville et en créant une Session d'Automne pour les cent ans des Studios de la Victorine.

Le festival Nice Classic Live poursuit sa mue
Depuis 1958, les Concerts du Cloître embellissaient les étés des adeptes de la perle de la Méditerranée (habitants et touristes). Désormais sous la direction artistique et la présidence de l'enfant du pays, la pianiste Marie-Josèphe Jude, le festival devient un rendez-vous classique majeur des Niçois et plus largement de la Région Provence-Côte d'Azur. Le festival investit ainsi de nouveaux lieux tels que le Musée Matisse ou le Palais Lascaris, un chef-d'œuvre baroque en plus du superbe Cloître du XVIe siècle - jouxtant avec son jardin et sa roseraie le Monastère de Cimiez fondé au IXe siècle par des Bénédictins.

Pour cette deuxième édition sous le nouvel intitulé de Nice Classic Live, Marie-Josèphe Jude a imaginé une programmation placée sous le signe de la filiation entre les compositeurs, les artistes invités (la crème des interprètes français) ; réunissant également une famille d'artistes dans le cadre de l'Académie internationale d'Été qui donne sa chance aux jeunes talents depuis soixante ans. Petite sélection des concerts à ne pas rater si vous avez la chance de passer quelques jours le long de la Baie des Anges.

Christine Ducq
28/06/2019
Spectacle à la Une

39e édition du Festival de la Vézère

Du 9 juillet au 22 août 2019, la 39e édition du Festival de la Vézère propose une vingtaine de concerts très variés et deux beaux opéras de chambre avec la compagnie Diva Opera dans quatorze lieux du riche patrimoine de Corrèze.

39e édition du Festival de la Vézère
Créé en 1981, le Festival de la Vézère a toujours eu à cœur de proposer une série de rendez-vous musicaux d'une très grande qualité en Corrèze. Deux orchestres, une compagnie d'opéra, des chanteurs et des instrumentistes d'envergure internationale mais aussi de jeunes talents (que le festival a toujours su repérer avant l'envol de leur carrière) se succèderont jusqu'à la fin de l‘été. À suivre, quelques rendez-vous choisis dans une programmation qui cultive l'éclectisme.

Des deux orchestres invités, l'Orchestre d'Auvergne toujours fidèle au festival vient d'obtenir le label "Orchestre national" cette année. Il sera dirigé par son chef depuis 2012, Roberto Forès Veses. Dans le Domaine de Sédières, on l'entendra dans un beau programme d'airs de Mozart à Broschi accompagner la soprano russe qui monte, Julia Lezhneva (14 août). Le second est l'Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine dirigé par Jean-François Heisser qui donnera à entendre une de ses commandes (entre autres pépites telle la 41e symphonie "Jupiter" de Mozart) pour sa première venue en Corrèze, "Le Rêve de Maya" de Samuel Strouk - un double concerto pour accordéon et violoncelle, que joueront ses créateurs Vincent Peirani et François Salque (16 juillet).


Christine Ducq
26/06/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le marathon "hors pair" de William Mesguich… Entretien à paroles déliées

William Mesguich, monstre de travail scénique et maître ès arts dramatiques, doté d'une soif inextinguible pour tout ce qui le fait vibrer, s'apprête à affronter un Festival d'Avignon tout particulièrement chaud cet été… Et ce n'est pas là que question de canicule ! Qu'on en juge par le programme pantagruélique qu'il a dévoilé en "avant-première" à La Revue du Spectacle.

•Off 2019• Le marathon
Yves Kafka - William Mesguich, votre appétit pour le théâtre n'est plus à prouver, mais pour cette édition d'Avignon 2019, on pourrait parler de boulimie… On vous verra quatre fois en tant que comédien et pas moins de cinq en tant que metteur en scène. Alors, comme le personnage de "Liberté !" que vous mettez en jeu, êtes-vous atteint "d'une curieuse maladie, celle de ne pas arriver à faire des choix" ? Brûler les planches serait-ce votre manière à vous de soigner cette addiction dont vous avez hérité ?

William Mesguich - Les chiens ne font pas des chats… L'exemple donné par mon père m'a "imprégné" durablement. Sa faconde, son enthousiasme, sa générosité… J'aime infiniment le théâtre. Il ne s'agit pas de courir après l'exploit, d'établir des records, mais de faire vivre cet amour du théâtre. Je suis profondément heureux sur les planches…

J'aime la vie, ma famille, mes amis… mais il est vrai que je suis tout particulièrement heureux sur la scène, quand je dis des textes et ai le bonheur de les partager. C'est là ma raison de vivre. Depuis 23 ans, c'est le désir de la quête qui me porte. Après quoi je cours ? Une recherche de reconnaissance ? Ou peut-être, simplement, ma manière à moi d'exister…

Yves Kafka
25/06/2019