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Théâtre

"Notre Innocence"… Plateau nu et dix-neuf comédiens pour clamer une parole qui tourne à vide

"Notre Innocence", La Colline Théâtre National, Paris

Un prologue d'une dizaine de minutes, porté par une des comédiennes, qui situe la pièce dans notre temps, raconte en partie la genèse du projet : une idée née d'un travail au plateau avec une classe du conservatoire national. S'ensuit une partie d'une quarantaine de minutes : les dix-huit comédiens regroupés au centre du plateau disent les mots d'une jeunesse qui s'adresse à ceux qui leur laissent ce monde chaotique et rapace en héritage.



© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.
Les dix-huit jeunes comédiens, pour la plupart issus d'écoles supérieures de formation artistique, psalmodient à l'unisson un long échantillonnage de revendications, et des perditions, des influences qu'ils subissent. Ils sont comme une mécanique à trois demi-douzaines de bouches, bizarrement déshumanisé. Ils sont la voix de la jeunesse qui égrène tout un échantillonnage de griefs et de questionnements tout en en parcourant en tous sens l'histoire du XXe siècle et quelques.

Ce panorama finit par ressembler à un kaléidoscope vaguement fourre-tout où les thèmes et les références brillent une seconde. Bref, un bric-à-brac qui ramasse très large : l'Europe, l'Algérie, le nazisme, le génocide arménien, mai 68, le génocide rwandais, la pub, internet, Nutella, le sexe etc.

Cela se veut revendicatif et sonne aigre. L'adolescence sans obsolescence. L'irresponsabilité comme mode d'existence. Parce que l'héritage est trop lourd, trop loin, trop peu ancré, dénaturé et violent.

© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.
La deuxième partie commence l'action centrale : un groupe de comédiens en formation est frappé de plein fouet par la mort par suicide de l'une des leurs. Autour d'une table aux verres vides, lendemain d'une fête mère de migraine, réunis là à la demande de la police pour regrouper les indices des dernières heures de la disparue. Ce sera une longue scène réaliste de choc, de reproches, de querelles qui ressortent, rancunes, dévoilement. Une scène sans véritable forme ni force.

Vient ensuite une troisième partie plus à la pâte de Wajdi Mouawad : on y retrouve l'écriture onirique riche, sensée où il excelle, et sa quête irrépressible de réconciliation, de mysticisme et d'espoir. Mais l'ensemble de la pièce, écrite en partie à base de matériaux réels, laisse un goût d'inachevé, de décousu. Même si une sorte de construction en actes charpente le tout, le souffle manque, le jeu est inégal, la confusion volontaire entre acteurs et personnages rend ces derniers parfois peu crédibles.

"Notre innocence"

© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.
Inspiré du texte "Victoires", paru en janvier 2017 aux éditions Leméac/Actes Sud-Papiers.
Texte et mise en scène : Wajdi Mouawad.
Assistanat à la mise en scène : Vanessa Bonnet.
Avec : Emmanuel Besnault, Maxence Bod, Mohamed Bouadla, Sarah Brannens, Théodora Breux, Hayet Darwich, Lucie Digout, Jade Fortineau, Julie Julien, Maxime Le Gac‑Olanié, Hatice Özer, Lisa Perrio, Simon Rembado, Charles Segard‑Noirclère, Paul Toucang, Étienne Lou, Mounia Zahzam, Yuriy Zavalnyouk et Inès Combier, Aimée Mouawad, Céleste Segard (en alternance).
Musique originale : Pascal Sangla.
Scénographie : Clémentine Dercq.
Lumières : Gilles Thomain.
Costumes : Isabelle Flosi.
Son : Émile Bernard, Sylvère Caton.
Régie : Laurie Barrère.
Durée : 2 h 10.

© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.
Du 14 mars au 11 avril 2018.
Du mercredi au samedi à 20 h 30, mardi à 19 h 30 et dimanche à 15 h 30.
Théâtre National de La Colline, Grand Théâtre, Paris 20e, 01 44 62 52 52.
>> colline.fr

© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.

Bruno Fougniès
Vendredi 23 Mars 2018

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J'ai peur de ne pas renouveler mes droits… Eux en ont la certitude

Je suis intermittente du spectacle. Ce n'est pas mon métier, mon métier, c'est comédienne. Intermittente, c'est juste mon régime d'indemnisation du chômage. C'est aussi une pratique d'emploi : je travaille à la mission, souvent avec des contrats très courts, pour différents employeurs. D'où un régime d'indemnisation adapté.

© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

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