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Théâtre

"Mes ancêtres les Gaulois" Naissance d'une nation…

Nicolas Bonneau est un conteur qui a réussi, au fil de ses créations, à libérer l'art du conte de l'univers imaginaire un peu magique qu'il contient souvent pour le plonger dans le réel. Avec "Sortie d'usine", il s'intéressait au monde ouvrier, sa vie quotidienne, ses combats, sa fierté muette, mais aussi à l'histoire de son père. Ses autres créations sont sourcées aux témoignages populaires, recueillis dans les terroirs comme on dit. Avec "Mes ancêtres les Gaulois", il mêle cette fois les témoignages réels et intimes à un mythe monumental.



© Julien Jaffré.
© Julien Jaffré.
Ce mythe, c'est l'Histoire de France, celle enseignée depuis Jules Ferry à tous les écoliers de l'hexagone. Celle qui a moulé l'idée de nation, l'idée d'identité nationale, l'idée de "Français" dans tous les esprits citoyens. Une histoire de France qui est elle-même un conte si l'on regarde à deux fois à l'exactitude des faits qu'elle clame : la Gaule, les Romains, Vercingétorix, Jeanne d'Arc etc. La France du XIXe siècle met en scène un récit extraordinaire dont le but est de rendre fière, de cette histoire glorieuse, le peuple et les autres. Voilà pour le contexte.

C'est en cherchant une réponse à : "mais, c’est quoi se sentir Français ?" que Nicolas Bonnaud et Nicolas Marjault (qui ont coécrit et coréalisé le spectacle) ont commencé à concevoir cette histoire. Une question venue sans doute, certainement, du climat de ces dernières décennies où la question de l'identité revient régulièrement dans l'actualité et dans les propos des nationalistes. Et c'est en faisant des recherches dans l'arbre généalogique de Nicolas Bonnaud qu'ils ont mis à jour le fil de ce récit : une histoire de famille accidentée par l'Histoire.

© Nicolas Marjault.
© Nicolas Marjault.
Nicolas Bonneau nous fait traverser un siècle et demi de notre civilisation guerrière et industrielle au travers de six générations. Presque sans artifices, seulement quelques jeux de lumière, quelques projections iconographiques et la présence un peu inquiétante d’Alésia (un assistant vocal avec lequel l'acteur dialogue), il retrace la vie de ses ancêtres, ou du moins les moments de leurs vies où ils ont été confrontés à cette idée-là : être français.

Cela commence avec l'école devenue obligatoire sous l'impulsion de Jules Ferry, et ces Gaulois qui envahissent l'imaginaire des moins de 13 ans, cela continue avec l'arrière-grand-père et ses cousins, fauchés par le front entre 14 et 18, puis vient Simone, giron multiculturel et multi-génétique confrontée à la montée extrémiste des poujadistes dans les années cinquante, ainsi de suite, jusqu'à nos jours, jusqu'à demain, jusqu'au propre fils du conteur, Ulysse, 6 ans qui intervient en épilogue enregistré, comme une histoire qui ne finit jamais.

Énumérée ainsi cette liste incomplète d'épisodes ne semble pas capable de tenir en un peu plus d'une heure de représentation. Mais Nicolas Bonneau est un savant conteur qui utilise la simplicité de langage, l'expression claire, l'image sensible et forte pour rythmer son récit. Il alterne habilement adresses directes au public qui raccrochent régulièrement les spectateurs au présent, et narration où l'imaginaire prend le pouvoir. Il donne chair aux personnages et parvient avec légèreté à détricoter cette notion de nation française, de grande Histoire. L'idée des deux créateurs n'est d'ailleurs pas de rendre compte de toute l'histoire, bien impossible, mais de suivre les événements où les vies de nos six générations vont s'y percuter.

Bien sûr, dans cette histoire officielle, il y a plus d'événements cachés que d'événements racontés, mais l'on voit aussi ici que l'histoire personnelle, les histoires de famille, elles aussi ont leurs parts d'ombres, de non-dit et leurs parts de légende. Mais, la chose la plus touchante, dans ces deux contes croisés est de se rendre compte que, nous tous, nous sommes pris intimement dans cet enchevêtrement d'histoires : officielle et personnelle.

Finalement, ce voyage depuis le passé, se termine de nos jours, avec Alésia, l'assistant vocal, qui ne peut pas répondre à toutes les questions. Il se termine avec ces identités nationales qui surfent sur le droit du sol, le droit du sang, et la génétique, cette génétique qui dévoile les origines bigarrées de nos sangs et les terres étrangères qui y flottent encore. Il se termine avec les générations futures, ces enfants à qui l'on n'enseigne plus, enfin !, que leurs ancêtres étaient gaulois tous gaulois. Mais alors, quel autre récit leur conter ?

"Mes ancêtres les Gaulois"

© Nicolas Marjault.
© Nicolas Marjault.
Écriture et mise en scène: Nicolas Bonneau et Nicolas Marjault.
Interprétation : Nicolas Bonneau.
Collaboration artistique et création musicale et sonore : Fanny Chériaux.
Régisseur tournée: Clément Hénon.
Création dispositif lumière, son, scénographie et vidéo : David Mastretta et Gildas Gaboriau.
Visuel : Ruliano des Bois.
Tout public.
Production Cie La Volige/Nicolas Bonneau - Fanny Chériaux.
Durée : 1 h 15.

Vu au Maïf Social Club, 37 rue de Turennes, Paris.

Tournée 2020/2021
2 novembre 2020 : Régions en scène, Pau (64).
18, 19, 20 janvier 2021 : Moulin du Roc - Scène nationale, Niort (79).
21 janvier 2021 : Espace Agapit, Saint-Maixent-l'École (79).
22 janvier 2021 : Metullum, Melle (79).
26 janvier 2021 : Théâtre des Sources, Fontenay-aux-Roses (92).
28 et 29 janvier 2021 : Théâtre des Sources, séances scolaires, Fontenay-aux-Roses (92).
6 mars 2021 : Foyer rural, Orcines (63).
11 mars 2021 : Les 3 T, séance scolaire, Châtellerault (86).
12 mars 2021 : Les 3 T, Châtellerault, décentralisation avec Culture vivace à Leigné-les-Bois (86).
16 ou 17 avril 2021 : (à confirmer) Segré (49).
23 avril 2021 : Culture Commune, Ferfay (62).
8 mai 2021 : Germond-Rouvre (79).
11, 12 mai 2021 : Théâtre, Thouars (79).

Bruno Fougniès
Mercredi 14 Octobre 2020

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© Compagnia dell'Edulis.
Pourtant, il manque un héros à cette liste issue de cette première représentation. Il y manque un fantôme, un tout petit fantôme, mais un fantôme protecteur qui était, lui aussi, au plateau ce 28 décembre 1897. Oublié. C'est un peu normal puisque Edmond Rostand n'a pas écrit un vers pour lui. Et pourtant, lui seul dans toute la distribution avait lu, mis en bouche, voire appris, les répliques de tous les personnages de la pièce et, en particulier, celle de l'Auguste Coquelin. Il s'appelait Ildebrando Biribo'. Il était ce soir-là dans le trou en avant-scène, invisible des spectateurs, le manuscrit devant lui, le trou du souffleur.

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