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Théâtre

"Les femmes de la maison" L'épopée des luttes féminines à travers le prisme d'une maison très spéciale

Voici la dernière pièce de Pauline Sales (écriture et mise en scène) qui a été présentée au Théâtre Paul Scarron du Mans devant un public professionnel restreint. Un privilège que d'assister à cette histoire que l'on sent chevillée au corps de sa créatrice. Il y est question de femmes artistes. Question également des femmes non artistes. Question de la liberté que les femmes ont peu à peu conquis depuis bientôt un siècle. Arrachant bribe après bribe le droit d'agir, de s'exprimer, le droit sur leur corps, leur sexualité, leurs choix. Et trouver enfin la puissance pour se détacher du diktat masculin si bien bétonné.



© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
L'histoire des "femmes de la maison" commence dans les années cinquante et se termine de nos jours. Elle va mettre en jeu une dizaine de personnages féminins sur trois périodes symboliques : les années cinquante, les années soixante-dix et 2022. Pour cela, Pauline Sales invente une maison qui sera le moyen de traverser le temps et l'espace. Cette maison est celle de Joris, un amoureux, par ailleurs cinéaste militant contre les méfaits des guerres. Il achète cette maison par amour pour une photographe, l'amour s'en va, il ne sait qu'en faire, alors il la prête à des artistes. Le hasard veut au départ que ce ne soit que des femmes - peintres, poètes, sculptrices… et cela se transforme en règle : seules des femmes artistes pourront venir un temps pour créer ici.

Première période, maison fermée entourée de bois. C'est l'après-guerre et l'artiste que Joris installe dans la maison dessine. Dessine en mode combat contre elle-même. Contre la pensée que chez elle, son mari, sa fille sont là comme une destinée de femme au foyer qu'elle refuse. Combat contre le mal que cela peut faire.

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
La deuxième période nous emporte en Californie, 1972. La maison s'ouvre à tous vents, le féminisme commence à briser des chaînes et des tabous (une situation calquée sur l'événement Womanhouse qui eut lieu en 72 sous l'impulsion d'artistes pionnières de l'art féministes - la pièce est d'ailleurs sous-titrée Womanhouse)… et les réactions mâles deviennent violentes, allant jusqu'au viol pour briser cet élan de liberté. Période de frénésie, de folie, d'ivresse, débridée.

Pour la troisième période, la maison s'assagit, elle est un peu âgée. Joris y a convié trois autrices qui seront en résidence d'écriture. D'âges divers, elles ont aussi des visions différentes d'elles-mêmes, du monde, du féminisme qui devient plus vaste, plus universel, en se posant la question du genre.

La belle écriture de Pauline Sales est à la fois précise et amusée, documentée mais s'échappant totalement de tout documentaire. Elle permet ainsi de partir avec elle dans son imaginaire. Dans cette mise en scène très classique, le jeu des comédiennes et du comédien est mis en avant. Quatre très bons interprètes qui rebondissent de personnages en personnages et de costumes en costumes avec talent, d'autant que ceux-ci sont totalement différents d'une scène à l'autre. Ils s'amusent même à varier le style d'interprétation varie suivant l'époque à laquelle se déroule la scène.

Même si parfois le texte sème quelques longueurs, dues le plus souvent à la volonté de l'autrice de donner une vision multiple de l'évolution du féminisme. Elle intègre ainsi les oppositions de points de vue des femmes artistes mais aussi avec Joris, le seul homme de la pièce, ce qui allonge et explicite de façon parfois superflue l'histoire. La très bonne idée reste d'avoir ajouté, aux aventures de ces artistes, des femmes plus communes, comme cet agent immobilière ou ces femmes de ménage qui passent et donnent, en plus du coup de serviette, un contre-point essentiel.

Hélène Viviès, présence incroyablement forte, Anne Cressent, capable de passer du hautain mépris à la fragilité du doute, Olivia Chatain, à la fois force, énergie et rire masqué, sans oublier Vincent Garanger, sans défaut, sensible et délicat. Les quatre interprètes semblent trouver, dans ces rôles, matière à beaucoup d'inventions, de rayonnement, de plaisir de jouer.

"Les femmes de la maison"

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Écriture et mise en scène : Pauline Sales.
Avec : Olivia Chatain, Anne Cressent, Vincent Garanger, Hélène Viviès.
Scénographie : Damien Caille Perret.
Création lumière : Laurent Schneegans.
Création sonore : Fred Bühl.
Costumes : Nathalie Matriciani.
Coiffure, maquillage : Cécile Kretschmar.
Régie son : Jean-François Renet ou Fred Buhl.
Régie générale et lumière : François Maillot.
Habilleuse et entretien perruques : Nathy Polak.
Durée : 2 heures.

Texte à paraitre aux Solitaires Intempestifs, printemps 2021.

Création ayant eu lieu du 11 au 14 janvier 2021.
Théâtre de l'Éphémère - Scène conventionnée pour les écritures théâtrales contemporaines, Théâtre Paul Scarron, Le Mans (72), 02 43 43 89 89.

Tournée (sous réserve de réouverture des théâtres)

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Du 20 au 23 janvier 2021 : La Comédie – CDN, Reims (51).
Du 27 au 29 janvier 2021 : La Comédie de Saint-Étienne – CDN, Saint-Étienne (42).
3 février 2021 : Théâtre Jacques Carat, Cachan (94).
2 et 3 mars 2021 : Les Scènes du Jura - Scène nationale, Lons-le-Saunier(39).
Du 10 au 13 mars 2021 : TnBA - CDN, Bordeaux (33).
Du 3 au 16 avril : TGP - CDN, Saint-Denis (93).

Bruno Fougniès
Lundi 18 Janvier 2021

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© Alexandre Pupkins.
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J'ai peur de ne pas renouveler mes droits… Eux en ont la certitude

Je suis intermittente du spectacle. Ce n'est pas mon métier, mon métier, c'est comédienne. Intermittente, c'est juste mon régime d'indemnisation du chômage. C'est aussi une pratique d'emploi : je travaille à la mission, souvent avec des contrats très courts, pour différents employeurs. D'où un régime d'indemnisation adapté.

© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

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Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

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