La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Les égarés du Chaco… une guerre au cœur du désert

"Les Égarés du Chaco", Théâtre de l'Épée de bois, Paris

Jean-Paul Wenzel nous plonge au cœur de la guerre du Chaco dans une mise en scène où la troupe bolivienne Amassunu déploie un jeu truculent et d'une belle trempe émotionnelle.



© DR.
© DR.
Sur scène s'étire une lande de sable rouge sur laquelle sont disposées quelques souches d'arbre. Un régiment de l'armée bolivienne est perdu avec à sa tête le lieutenant Contreras (Antonio Peredo Gonzales). Le régiment cherche désespérément une lagune où puiser de l'eau à l'aide d'une boussole... qui a été perdue ! Pour tenir le moral des troupes, le commandement fait passer un podomètre pour une boussole.

La scène est découpée en trois parties déclinant trois visions différentes à trois moments différents. Le premier point de vue, situé à l'avant-scène, concerne l'hôpital où se trouve le lieutenant Contreras après la guerre. Le deuxième représente le Gran Chaco où est perdu le régiment. Le troisième point de vue est situé côté cour sur une chaise où est assise la femme et la narratrice (Mariana Bénénice Bredow Vargas) du journal du lieutenant Contreras relatant ce qui s'est déroulé dans le désert. Nous avons ainsi une lecture à deux niveaux, par le biais de l'écrit et de l'oral, d'une plongée intime de ce qu'a ressenti le lieutenant Contreras dans le Gran Chaco, de ce qu'a vécu son régiment et des conséquences de cette guerre sur le lieutenant Contreras.

La guerre du Chaco est une guerre qui a eu lieu de 1932 à 1935 entre la Bolivie et le Paraguay pour un territoire limitrophe entre les deux pays, le Gran Chaco. C'est l'une des guerres sud-américaines qui a causé le plus de morts parmi les soldats engagés, décimant le quart des troupes engagées, 100 000 pour le calcul le plus optimiste, sans compter les très nombreux soldats disparus dans le désert ou tués après-coup par les maladies comme la Malaria.

© DR.
© DR.
Le jeu des comédiens est trempé d'émotions. Nul psychologisme ne vient entraver les élans, les peurs, le désespoir ou les coups de colère des soldats. Les comédiens jouent avec leur cœur et leurs tripes. Les sentiments, les émotions s'expriment sur scène avec beaucoup de force et de truculence. Ils ont peur, ils rigolent, ils pleurent, ils s'invectivent. Le jeu est plus qu'habité, il est vécu.

Il y a également de beaux mouvements chorégraphiques, composés de sauts longitudinaux et de corps à corps, entre Susy Arduz Rojas, incarnant une présence "fantôme" dans le désert, et les soldats. Quelques traits comiques ponctuent la pièce. Les comédiens jouent avec le public en montrant que l'histoire est racontée à un public, que la pluie qui tombe vient d'un arrosoir, que dans un hôpital, comme dans un théâtre, les portables doivent être éteints. Rien n'est caché pour montrer tous les ressorts de la pièce. Le théâtre est vu autant de la scène que des coulisses. Les regards sont ainsi croisés entre acteurs et spectateur faisant de celui-ci un "spect-acteur" de ce qui se passe sur scène.

C'est aussi une guerre vue au travers d'autres regards, ceux d'un lieutenant et d'un régiment. Sur scène, nul tir, nul combat mais des hommes égarés et une eau cruellement manquante. Nous sommes loin des états-majors. Les soldats errent dans une guerre dont ils ne sont qu'un grain de sable perdu dans le désert.

"Les Égarés du Chaco"

© DR.
© DR.
D'après "La Laguna H3" d'Adolfo Costa du Rels.
En espagnol, surtitré en français.
Par la troupe Amassunu.
Mise en scène : Jean-Paul Wenzel.
Adaptation : Arlette Namiand.
Avec : Javier Amblo Hurtado, Susy Arduz Rojas, Mariana Bénénice Bredow Vargas, Andrés Leonardo Escobar Juárez, Lorenzo Ariel Munoz, Antonio Peredo Gonzales, René Marcelo Sosa Santos.
Création lumières et régie générale : Thomas Cottereau.
Création sculpture : Juan Bustillos.
Chorégraphe : Diego Guantay.
Réalisation sculpture en France : Yannick Gicquel.
Aide à la traduction : Eva Castro.
Surtitrage : Victoire Berger-Perrin.
Durée : 1 h 30.

Du 25 septembre au 19 octobre 2014.
Jeudi et vendredi à 20 h 30, samedi à 16 h et 20 h 30, dimanche à 16 h.
Théâtre de l’Épée de bois (à l’invitation du Théâtre du Soleil), Paris 12e, 01 48 08 39 74.
>> epeedebois.com

Autres dates
Du 28 octobre au 1er novembre 2014 : Théâtre Saint-Gervais, Genève (Suisse).
4 et 5 novembre 2014 : ENSATT , Lyon (69).

Safidin Alouache
Mercredi 1 Octobre 2014

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Sabordage" Comme une synthèse de la modernité… une implosion écologique à venir, avenir sombre de notre monde…

Elle fut riche et belle, plaisante et paradisiaque, pays de cocagne… puis devint consommatrice et opulente, industrieuse, minière et calamité écologique, pour finir mendiante et désespérée, à l'avenir destructif d'une future terre qui coule à pic… C'est la "belle" histoire de l'île de Nauru*, miroir de notre prochain anéantissement - au délicat (!) mais définitif intitulé "6e extinction de masse" -, qui nous est contée par le talentueux Collectif Mensuel.

Narration aux allures de débats, de commentaires, d'échanges réalistes… Scénographie en une forme d'actions documentaires, visible au lointain par report vidéo "en direct", en rappel de notre monde de l'image, expression ironique de nos chaînes d'infos en continu pour une structure créative d'un théâtre pédagogique, d'un reportage théâtralisé… Car ici tout est vrai, le drame, les horreurs économiques, le dézingage des ressources et de l'environnement… le sabordage de l'île a vraiment eu lieu, sans parler des perspectives radieuses d'une fin en version sous-marine !

Le récit - dans un préambule exposant un éden de rêve aux allures de paradis touristique, sis à quelques encablures de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (près de 2 700 km quand même !) - se construit sur un montage cinématographique et télévisuel où le collectif puise dans les séries et films des années soixantes-dix quatre-vingt, tous célèbres et ancrées dans nos imaginaires collectifs…

Gil Chauveau
11/10/2019
Spectacle à la Une

FAB 2019 "Concours européen de la chanson philosophique" La philosophie mise en musique dans un dispositif à faire kiffer "l'euro-vision"

Massimo Furlan, performer suisse mâtiné d'Italien, était dans ses jeunes années fan de l'Eurovision, de ses paillettes éblouissantes et de ses bluettes sentimentales réunissant joyeusement sa famille autour du petit écran. Près d'un demi-siècle plus tard, c'est la grande avant-scène du Carré qui le projette sous les sunlights en splendide ordonnateur - flanqué d'une superbe créature en robe lamé - de deux soirées "enchantées" dédiées à une vision de notre Monde. Comme quoi divertissement populaire et réflexion de pointe peuvent rimer ensemble…

FAB 2019
Reconstituant somptueusement le décorum kitsch du concours de l'Eurovision ayant à jamais impressionné ses premières émotions artistiques, le performer semble jubiler en détournant "sérieusement" le répertoire d'origine pour proposer un récital de onze chansons dont l'écriture a été confiée par ses soins à des philosophes, sociologues et autres chercheurs sachant penser le monde. L'interprétation de ces textes métaphoriques revient à des artistes costumés de manière délirante, projetés en direct par un vidéaste décuplant leur truculente présence scénique sur les notes d'un orchestre en live.

Quant au Jury réuni sur une singulière estrade roulante dénotant avec sa "notabilité", il est composé d'éminents professeurs d'université et sommités intellectuelles se prêtant avec grâce et bonheur au jeu de leur interprétation avant d'attribuer leur note. Le public - le genre l'impose - est sollicité en permanence afin de faire entendre également "sa voix" captée par un "votaton" chargé d'enregistrer le volume d'applaudissements attribué à chaque candidat.

Yves Kafka
15/10/2019
Sortie à la Une

"Fake"… Un "Peer Gynt" pour explorer le monde de l'info et de l'intox

"Fake - Tout est faux, tout est fou", Gare de l'Est, Paris

L'homme vagabonde sous les toits ferroviaires, au carrefour des âmes voyageuses… il est conteur. Peer Gynt partit aussi à l'aventure, cheminant entre rêve et réalité. Le narrateur s'en inspire pour démêler le vrai du faux… de notre réalité… Extraire le fake à l'ère des news…

Spectacle déambulatoire, performance de rues (ici intérieure), Fake convoque un conteur, un concepteur compositeur, des musiciens, pour une exploration d'un nouveau type où le spectateur, équipé d'un casque audio, se laisse emmener, au sens littéral comme virtuel dans une promenade découverte entre vraies et fausses informations.

Dans ce périple artistique, ce dernier garde toute liberté d'action, plus précisément de mouvements, déambulant dans l'espace proposé au fil de ses envies, de ses inspirations ou guidé par l'histoire, narration sonore, vocale et musicale, composée en direct et diffusée dans le casque et/ou influencé par la vue, le cheminement de l'acteur, Abbi Patrix, interprétant à sa façon Peer Gynt, exprimant son ressenti du lieu, posant des questions sur la véracité du réel ou interrogeant le badaud passant.

Les éléments sonores audibles dans le casque sont superposés, sans apparente cohérence mais peuvent stimuler ou orienter la perception du spectateur qui fait le choix d'être actif ou passif, ponctuellement ou de manière permanente, redevenant alors un simple observateur.

Gil Chauveau
10/10/2019