La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

Les chants de l'éternité selon Franz Liszt et Charles Bordes

Pour sa septième édition, les Journées Charles Bordes à Tours et Vouvray ont mis en évidence le formidable travail de régénération de la musique liturgique entrepris par les deux compositeurs à leur époque. L'occasion aussi d'admirer la superbe performance en concert de l'ensemble Ludus Modalis dans leurs répertoires.



Ensemble Ludus Modalis © DR.
Ensemble Ludus Modalis © DR.
Avec un dévouement et une énergie incroyables, le directeur artistique Michel Daudin et son équipe s'emploient depuis sept ans à rappeler au public qui était l'ingénieux Charles Bordes, compositeur né en 1863 à Vouvray et formé par César Franck. Organiste et maître de chapelle de l'Église Saint-Gervais à Paris, il crée, avec Vincent d'Indy et Alexandre Guilmant, la Schola Cantorum en 1894.

D'abord société de musique sacrée qui permet la redécouverte du chant grégorien (ou plain-chant) et des compositeurs tels Palestrina, Josquin des Prés ou Victoria, elle devient une école dédiée au renouveau de la musique sacrée en 1896. Des artistes comme Wanda Landowska en seront issus. Charles Bordes est également un infatigable chercheur dont l'activité sera saluée par le pape Pie X (1).

Franz Liszt, né en 1811, reçoit les ordres mineurs à Rome où il s'est installé en 1865. Il se fera désormais appeler "l'abbé Liszt". Depuis longtemps déjà il compose de la musique religieuse et s'intéresse de près à l'activité de redécouverte des sources de la musique sacrée et de la polyphonie de l'abbaye de Solesmes - comme Charles Bordes plus tard. Ce sont à ces deux réformateurs de la musique liturgique que les Journées se sont intéressées cette année.

Les fondateurs de la Schola Cantorum. Au fond, Vincent d'Indy, à gauche, Charles Bordes, à droite, Alexandre Guilmant © DR.
Les fondateurs de la Schola Cantorum. Au fond, Vincent d'Indy, à gauche, Charles Bordes, à droite, Alexandre Guilmant © DR.
Outre une conférence-audition éclairante, donnée dans la salle de Diane du Musée des Beaux-Arts de Tours, par Daniel Saulnier du Centre d'Études Supérieures de la Renaissance (sur C. Bordes) et Nicolas Dufetel chargé de recherches au CNRS (spécialiste de Franz Liszt), deux concerts ont été programmés les jours suivants.

En l'Église Saint-Étienne de Tours, le 7 novembre, l'ensemble Ludus Modalis (2), dirigé de son pupitre par le ténor Bruno Boterf (son fondateur) et l'organiste Vincent Grappy, ont donné à entendre de larges extraits du "Via Crucis" (huit sur les quatorze de ce Chemin de Croix) composé entre 1876 et 1879 par Franz Liszt ainsi que d'autres pièces religieuses du maître de Weimar - et un chant grégorien du VIe siècle de Venance Fortunat. Ils ont aussi recréé à cette occasion un dialogue spirituel de Charles Bordes, "Domine puer Deus jacet", donné en 1900 et jamais rejoué depuis.

A capella ou accompagné de l'orgue Debierre, les magnifiques chanteurs de Ludus Modalis ont offert au public un haut moment de spiritualité. De la désolation des stations de la passion du Christ à la méditation ("Crux"), de la prière mariale ("Ave Maris Stella") aux hymnes réaffirmant la foi en la lumière divine, les voix aux timbres parfaitement à l'unisson ont déployé les lignes pures d'un chant au noble dépouillement.

Le programme mettait en évidence les liens entre des écritures aux styles propres à leurs époques mais s'inspirant aux mêmes origines. Le talentueux Vincent Grappy, titulaire des grandes orgues de la cathédrale de Blois, donnait le lendemain un récital à Vouvray en hommage au compositeur français natif de la région.

Notes :
(1) Pie X a décrété une réforme de la musique liturgique catholique qui a duré jusqu'au concile Vatican II.
(2) Edwige Parat, Kaoli Isshiki, Corinne Bahuaud, Sophie Toussaint, Bruno Boterf, Serge Goubioud, Jean-Claude Sarragosse, Benoît Descamps.

Liszt jeune © DR.
Liszt jeune © DR.
Prochain concert de Ludus Modalis :
Mercredi 25 novembre 2015 à 20 h 30,
Le Cadran, Saison de la Scène nationale d'Evreux.

● "Les Mélodies de Charles Bordes".
Label : Timpani.
Production : Les Journées Charles Bordes.
Sortie : 2012.
Sophie Marin-Degor, soprano.
Géraldine Chauvet, mezzo-soprano.
Eric Huchet, ténor.
Jean-Sébastien Bou, baryton.
Nicolas Cavallier, basse.
François-René Duchâble, piano.

>> journeescharlesbordes.com

Christine Ducq
Vendredi 13 Novembre 2015

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique







À découvrir

"Tropique de la violence" Une forme d'opéra rock comme un cri de détresse des oubliés de Mayotte

Cent-unième département de France, Mayotte, petite île au nord-ouest de Madagascar, souffre. Loin des clichés de lagons tropicaux et de végétation luxuriante, elle est devenue l'endroit de France le plus peuplé en immigrés, officiels mais surtout clandestins, qui débarquent régulièrement des Comores à bord de kwassa-kwassa (bateaux de pêche à fond plat) quand ils ne finissent pas noyés. C'est dans ce plus grand bidonville de France, situé à Mamoudzou (préfecture du département), que se situe l'action de la pièce. Bienvenue à Kaweni, surnommé bien à propos Gaza, décharge humaine où survivent comme ils peuvent une partie des échoués de notre monde.

© Victor Tonelli.
Et parmi eux de nombreux jeunes isolés, comme le héros de cette histoire, Moïse, 15 ans, abandonné par sa mère lorsqu'elle débarqua sur une plage de sable noir, bien des années auparavant. Un enfant recueilli par une infirmière venue du continent, morte depuis. Dans ce contexte pire qu'une jungle, zone de non-droit où l'ordre est aux mains de gangs, Moïse va devoir se débrouiller, survivre et subir la pression de Bruce Wayne, jeune voyou autoproclamé roi de Gaza.

De cet univers décomposé jusqu'aux dans les veines des habitants coule la violence, mieux que le sang. Violence née du manque de tout. D'une pauvreté sans mesure. D'un abandon total. D'un avenir interdit. Aucun repère. Sur le plateau, les projections gigantesques de visages interpellent le minuscule Moïse enfermé dans une cellule de prison. Fantômes imaginaires de la taille de dieux ou de démons. La mise en scène extrêmement élaborée d'Alexandre Zeff fait se caramboler sur scène les mondes intérieurs et les événements de l'histoire.

Bruno Fougniès
05/09/2022
Spectacle à la Une

•Off 2022• "Fantasio" L'expression contemporaine d'un mal-être générationnel

"Buvons l'ami et songeons à ce mariage point désiré." Éternel sujet maintes fois traité par nos grands auteurs classiques, l'union "forcée" reste encore d'actualité et l'acte de résistance qu'opposent les femmes, quel que soit le pays, peut induire une forme de rébellion et une revendication d'indépendance, d'autonomie, de liberté qui traversent facilement le prisme de la modernité.

© Andreas Eggler.
Il y a des compagnies et des metteurs en scène que l'on a particulièrement plaisir à suivre, à retrouver. Qui nous offre des moments où l'on aime sans crainte laisser se glisser nos oreilles, nos yeux, notre attention dans le confort d'une nouvelle création dont on sait quasiment par avance qu'elle nous régalera, ravira tous nos sens. Un spectacle de la Cie de L'Éternel fait assurément partie de ces petits bonheurs qui sont résolument inscrits dans une pratique novatrice, fougueuse, audacieuse et talentueuse de l'art des saltimbanques… celui qui réjouissait les foules au temps des tréteaux, des "sauteurs de bancs"*.

Au cœur de la pièce de Musset se joue le mariage politique de la princesse Elsbeth, enjeu d'un pays/royaume, décevant, sans vigueur et sans perspective pour les jeunes générations, à la gouvernance désabusée. En contrepoint, Fantasio, jeune homme désespéré - fuyant la routine, l'ennui qui naît du quotidien, la lassitude du "rien faire" -, désargenté et à l'avenir incertain, se joue des conventions, peu respectueux de la gente bien-pensante. Endossant de manière inattendue la posture et le costume de bouffon, habité d'une folle énergie soudaine et d'excès de lucidité bénéfique, il bouleverse la donne, sème un joyeux et revigorant bordel, boosté par un esprit vif et pertinent, et fait imploser sans violence le mariage.

Gil Chauveau
23/06/2022
Spectacle à la Une

Les 67e Nuits de la Citadelle à Sisteron

À partir du 22 juillet, les Nuits de la Citadelle de Sisteron accueilleront de beaux spectacles consacrés à la musique, à la danse et au théâtre sous l’égide du nouveau directeur artistique du festival, Pierre-François Heuclin.

Carmina Latina © Cappella Mediterranea.
Après la disparition tragique d'Édith Robert, c'est donc à Pierre-François Heuclin de reprendre le flambeau des Nuits de la Citadelle de Sisteron, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Le plus ancien festival (avec les Chorégies d'Orange) propose, pour sa 67e édition, un programme varié assuré par certains des meilleurs artistes français et européens.

Dès le 22 juillet, le chef Leonardo Garcia Alarcon à la tête de son orchestre, la Cappella Meditterranea, et du Chœur de chambre de Namur, offrira un concert consacré à des œuvres espagnoles et sud-américaines des XVIe et XVIIe siècles. Ce sera une soirée "Carmina Latina" emmené par la soprano Mariana Flores.

Au cloître Saint-Dominique, une superbe voix retentira encore le 27 juillet avec la venue du ténor britannique Freddie de Tommaso. Le premier prix du concours Plàcido Domingo donnera des airs de Verdi, de Puccini mais aussi des mélodies de Liszt, accompagné du pianiste Jonathan Papp.

Le Duo Jatekok pour "Un Carnaval de Animaux pas comme les autres" (le 7 août) et les sœurs Camille et Julie Berthollet (le 13 août) se produiront ensuite sur la scène du très beau théâtre de verdure pour les premières et celle du cloître Saint-Dominique pour les autres. Des rendez-vous musicaux qui ne manqueront donc pas de charme.

Christine Ducq
18/07/2022