La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
CédéDévédé

Les "Variations Goldberg" pour Trio à cordes, la Foi dans la Musique

Début novembre, le Trio à cordes formé par Sébastien Hurel, Paul Radais et Aurélien Sabouret donnait un concert à Paris dont le programme reprenait leur gravure au CD des "Variations Goldberg" dans la transcription de Dimitri Sitkovetsky. Trois superbes voix qui nous invitent à pénétrer dans les tréfonds de l'âme de cette vertigineuse architecture sonore.



© DR.
© DR.
Les "Variations Goldberg", inscrite au catalogue BWV sous le numéro 988, sont composées vers 1740 par Johann Sebastian Bach. Un monument de la musique pour clavier qu'a rendu célèbre son enregistrement par Glenn Gould en 1955. Un de ces enregistrements que détiennent tous les amoureux du génie canadien au service du génial Kantor de Leipzig.

Le second enregistrement qu'en fit Glenn Gould en 1981, très différent du premier, donne des idées d'hommage au violoniste Dimitri Sitkovetsky quatre ans plus tard, alors qu'on commémore les trois cents ans de la naissance de Bach (et les trente ans du premier enregistrement gouldien). Il en livre une superbe transcription pour trio à cordes qui renouvelle notre écoute du chef-d'œuvre.

Publiées en 1741, ces "Variations" (une forme appelée au succès, celle d'un seul thème décliné par des variations) ont une origine quasi légendaire. Furent-elles composées pour l'élève de Bach, Goldberg, claveciniste du Comte Van Kayserling, et payées à prix d'or par ce dernier ? On l‘a longtemps cru. Quoi qu'il en soit, elles sont publiées dès 1741 avec pour indication "Air avec diverses variations pour clavecin à deux claviers" et doivent s'écouter sans interruption, tel un voyage dans un espace sonore où l'air initial (l'Aria introductive, une sarabande ornée écrite pour Magdalena, l'épouse de Bach) serait soumis à trente métamorphoses mélodiques, rythmiques, modales mais aussi de timbres, de modulations et de jeu, avant de réapparaître en trente-deuxième position, noté "Aria da Capo".

© DR.
© DR.
D'une composition savante et symbolique, elles déclinent dans l'orbe de leur révolution cosmogonique les nombres trois (divin) et cinq (humain) - avec par exemple deux parties divisées en cinq sous-parties de trois variations.

Le concert, donné par le Trio dans le Temple du Foyer de L'âme (un temple protestant du onzième arrondissement parisien), venait fort justement rappeler que l'image divine ne pouvait se laisser déchiffrer que dans la musique, pour Bach et les Fidèles de son église.

Dans la transcription du violoniste russe, les trois instruments constituent chacun le registre d'un seul instrument (donc trois registres) redoublant ainsi la signification ultime de ce temple sonore à la gloire de Dieu, cet univers clôt et abyssal où se déploie l'âme de l'auditeur. Loin des ensembles à cordes baroques habituels avec basse continue, les musiciens pour ce trio doivent ainsi former à la fois une entité organique et savoir conserver leur voix singulière.

C'est cette aventure tant artistique qu'humaine dont témoignent le concert comme le disque. Amis de longue date, le violoniste Sébastien Hurel (un ancien du Philharmonique de Radio France devenu soliste), l'altiste Paul Radais (de l'Orchestre national de France) et Aurélien Sabouret (premier solo de l'Orchestre de l'Opéra de Paris) réussissent brillamment cette gageure.

À l'écoute, leurs trois voix déploient et subliment dans un espace étendu les entrelacements contrapuntiques précieux des lignes mélodiques, leurs couleurs intenses et leur virtuosité, variant leurs rôles à chaque variation. Et l'émotion point puis submerge dans cette véritable introspection mystique les interprètes comme les auditeurs. Une belle manifestation de ce que peut donner la foi en la musique, cette expérience de la présence à soi et au monde.

● "J. S. Bach - Variations Goldberg - Transcription pour trio à cordes de D. Sitkovetsky" (1985).
Sébastien Hurel, violon.
Paul Radais, alto.
Aurélien Sabouret, violoncelle.
Label : Bion Records - Polychrone (contact : srstrio@free.fr).
Durée : 1 heure.
Sortie : 24 octobre 2017.

Christine Ducq
Mardi 28 Novembre 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives




    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Le Frigo" de Copi mis en scène par Clément Poirée

Captation intégrale Voici aujourd'hui une proposition du Théâtre de la Tempête, "Le Frigo", une création qui fut la première partie d'une aventure théâtrale intitulée "Dans le frigo" de Clément Poirée et présentée en ouverture de saison en septembre et octobre 2019.

"Un frigo, c'est la boîte du prestidigitateur la plus élémentaire quand on n'a pas de moyens", nous dit Copi. Exilé à Paris dans les années soixante, l'auteur et dessinateur franco-argentin est une figure emblématique et déjantée de la scène et de l'affirmation du mouvement gay. Atteint du sida, il se sait déjà condamné en 1983 lorsqu'il écrit "Le Frigo". "Je n'ose pas l'ouvrir. J'ai peur d'y trouver le cadavre de ma mère", confie L., le personnage principal. Qu'y a-t-il dans le frigo, dans nos frigos ?

"Macbeth" de Shakespeare et "Les Bonnes" de Jean Genet nouent à mes yeux des correspondances profondes et, tout comme "Le Frigo" de Copi, dévoilent, chacune à sa manière, nos monstres intimes, nos désirs les plus noirs, nos ressources les plus puissantes. Je cherche à tisser les liens sensibles qui font de ces trois pièces un seul spectacle et un seul parcours vibrant pour les spectateurs : un cheminement dans les recoins inavouables de nos âmes, à la recherche de ce qui est dissimulé, enseveli dans nos cœurs, scellé dans nos frigos intérieurs. Un parcours imprévisible, lui-même monstrueux. Clément Poirée.

Gil Chauveau
30/03/2020
Spectacle à la Une

"Où sont passés vos rêves ?" d'Alexandre Prévert, en public au Bataclan

Captation intégrale "Où sont passés vos rêves ?" est le nouveau stand-up classique écrit et interprété par Alexandre Prévert, jeune pianiste de 23 ans, accompagné par le groupe Believe et le label Naïve. Ce jeune Savoyard talentueux, diplômé du Conservatoire de Paris, associe à une originalité créative le piano et les grands compositeurs, l'humour, la poésie, les échanges avec le public et les anecdotes historiques. Joyeux et virtuose, son spectacle est une pause rafraîchissante qui sied bien au contexte actuel un chouia anxiogène !

Ce spectacle est une invitation à rire ensemble de nos petites histoires personnelles et de notre grande Histoire commune, en les partageant sans complexe à travers les codes du stand-up, de la musique classique et de la poésie.

Pour cette nouvelle saison, Alexandre Prévert vous propose un voyage dans le temps et dans l'Histoire à travers les rêves d'amour de Verlaine et de Liszt, les rêves de révolution de Beaumarchais et de Mélenchon, le rêve d'égalité de Martin Luther King ou encore le rêve d'un nouveau Monde partagé par Gérard et Christophe Colomb !

Sur votre route, vous pourrez également croiser Mozart, Apollinaire, Leonardo DiCaprio, Renaud, Schubert, Montaigne, Booba et Kaaris, Chopin, et même Napoléon III dans un Airbnb...

Alors, où sont passés vos rêves ?

Gil Chauveau
27/03/2020
Sortie à la Une

"Comment va le monde ?" de Marc Favreau, mise en scène de Michel Bruzat, avec Marie Thomas

Captation intégrale Proposée par RBD Productions, le Théâtre de la Passerelle (Limoges) et le Théâtre Les Déchargeurs (Paris), "Comment va le monde ?" a été filmé en 2017 dans ce théâtre parisien. Il s'agit d'une création de Marie Thomas permettant de découvrir les textes et de rendre hommage à Sol, le clown clochard imaginé et interprété pendant plus de quarante ans par le québécois Marc Favreau (1929-2005).

Parce qu'il a toujours eu envie de protéger la terre, Sol, pétrisseur, jongleur de mots, à la diatribe philosophique et humoristique, s'évade. Lui, il n'a rien, ce clown naïf nous fait partager sa vision du monde, il joue avec les maux/mots de la terre. La grande force de Sol, c'est de n'être rien, ça lui permet de jouer à être tout. Simplicité, liberté, folie, note bleue mélancolique dans les yeux.

"On est tous Sol seul au fond de soi et qu'il est le pôvre petit moi de chacun. Il se décarcasse pour que la vérité éclate. Il n'a pas d'amis, rien que des mots, il débouche sur la poésie pure. Liberté.

"Il est le plus petit commun dénominateur, c'est-à-dire qu'il a en lui, quelque chose de chacun de nous. Tout le monde finit par se reconnaître en lui. Pourquoi ? Un exemple de qualité, sans emphase, sans ostentation, avec humilité. Il insuffle au langage une énergie. Poète philosophe, médecin de l'esprit, menuisier, jardinier, autodidacte. Dans une époque secouée par toutes sortes de crises, cultivé, il transcende avec un grand éclat de rire. As du cœur, poète, rêveur, il rejoint le clown et l'Auguste. On s'enrichit à son contact. Enfant, il va jusqu'à l'absurde et dissèque ce petit peuple de tous les jours. Ce n'est pas une mise en accusation mais un constat témoin, malin. Il pose les questions, soulève des interrogations. Il est plus que jamais nécessaire de faire entendre les mots de ce clown/clochard, humaniste, qui nous parle de l'état de la planète, de la consommation.

"Et Marie Thomas lève la tête comme si le ciel lui parlait. Elle ne ressemble à personne, c'est fou comme j'aime. J'aime sa gaieté et sa mélancolie, ce vide et ce plein en elle. Un clochard aux traits d'un clown triste s'en va faire son "parcours" au milieu des mots. Il recrée tout un langage qui distrait le quotidien de sa banalité. Il dissèque la société et ses multiples aveuglements. Un marginal qui découvre le monde et le recompose avec humour. Tout est tourné en dérision avec délicatesse." Michel Bruzat, metteur en scène.

Gil Chauveau
26/03/2020