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Concerts

Les Flâneries Musicales de Reims, une 28e édition inventive et festive

Depuis le 22 juin et jusqu'à la mi-juillet, Les Flâneries Musicales de Reims proposent plus de cinquante concerts dans une trentaine de lieux remarquables de la capitale champenoise et ses environs. Sous la direction artistique du pianiste Jean-Philippe Collard, le festival attire un public toujours plus nombreux grâce à une programmation inventive et variée.



© Axel Cœuret.
© Axel Cœuret.
Alors que le festival a démarré depuis quelques jours et que la chaleur se fait un peu moins opiniâtre à Reims, les enfants et leurs parents remplissent peu à peu les gradins du joli Théâtre du Manège en ce mercredi 28 juin. Le Duo Jatekok, formé des deux complices du piano à quatre mains, Adelaïde Panaget et Naïri Badal, leur a concocté avec le comédien-mime Julien Cottereau un spectacle émouvant et drôle, "Le Petit Prince, à travers les étoiles" mis en scène par Fane Desrues.

Cette adaptation du célèbre conte d'Antoine de Saint-Exupéry, célébrant l'amour du monde et les trésors de l'imagination (1), permet d'évoquer devant un (très) jeune public enthousiaste et volontiers joueur les différentes rencontres vécues par le Petit Prince. Racontées à l'aviateur perdu dans un désert par le Petit Prince (c'est le comédien qui joue tous les personnages avec sensibilité et talent), ces histoires sont rythmées par les œuvres de Debussy, Ravel, Tchaïkovski ou encore Chopin. Les deux amies du Duo Jatekok interprètent avec grâce ce répertoire mais elles n'hésitent pas aussi à intervenir dans ce théâtre imaginaire. Le piano se fait moteur de l'avion qu'on répare ou abri de l'aviateur à l'occasion. Une réussite que cette variation inattendue de l'immortelle histoire de Saint-Ex, provoquant rires et émotion chez les grands et les petits.

© Axel Cœuret.
© Axel Cœuret.
En soirée, dans le beau Salon Degermann Art Déco du centre-ville, la pianiste Vanessa Wagner et le chœur Spirito proposent un "Schumann intime" avec un répertoire plutôt rare au concert de seize des Lieder für Frauenstimmen und Klavier (2) du compositeur allemand, dont on sait qu'il fut un temps chef de chœur à Dresde. À ces "Romanzen und Balladen" écrites entre 1841 et 1853 (extraites des opus 64 à 114) se mêlent les neuf "Scènes de la Forêt" composée de 1848 à 1849 alors que le compositeur doit affronter de terribles crises de dépression. Il lui reste alors sept ans à vivre - cinq si on retire les deux années d'enfermement à l'asile pour avoir tenté de fuir ses hallucinations auditives en se jetant dans le Rhin (en 1854).

Les tableaux miniatures que forment les "Waldzenen" retracent au piano les impressions d'un Voyageur mystérieux qui traverse une forêt, ses lieux maudits ("Verrufene Stelle" n°4), ses Chasseurs ("Jager auf des lauer" n°2), son Oiseau-prophète ("Vogel als Prophet" n°7) et autres locataires évoqués par les titres de scènes retraçant de surcroît ses divers états d'âme (3) - jusqu'à un adieu plutôt ambigu dans la dernière scène. Ce monument poétique du piano romantique, inspiré par le poète Jean-Paul ou E.T.A Hoffmann, est prévu ici pour faire écho par ses thèmes et ses motifs mélodiques aux poèmes de F. Rückert ou F. Eichendorff mis en musique dans ses superbes lieder par Schumann. Ce soir-là hélas l'intimité n'est guère au rendez-vous.

© Axel Cœuret.
© Axel Cœuret.
Si le chœur Spirito, formé de huit chanteuses (quatre sopranos, quatre altos) au métier sûr, montre cohésion et raffinement dans les couleurs dans des combinaisons à trois, quatre ou plus, accompagné précisément par Vanessa Wagner, les "Waldzenen" interprétées par la généreuse pianiste (on connaît ses nombreux engagements citoyens) entre les romances souffrent parfois d'un manque de nuances et de subtilité. Plus passionnés que passionnants, les climats de ses "Scènes de la Forêt" ne bénéficient pas en outre d'une acoustique idéale. A cappella, Spirito déclenche l'émotion avec un lied de Robert Pascal (né en 1952), "So Fern", avec son principe de composition polyphonique transcendé par le procédé de la spatialisation du son, admirablement rendu ici.

Beaucoup de beaux concerts à destination des petits et des grands suivront. Entre autres, le 6 juillet Lambert Wilson, récitant, accompagne l'excellent Jean-Philippe Collard dans un large répertoire de Scarlatti à Debussy. Le 8 juillet l'ensemble Canticum Novum ressuscite les splendeurs de Tolède au XIIIe siècle alors que le contre-ténor Philippe Jaroussky donnera des cantates sacrées avec Le Concert de la Loge dirigé par Julien Chauvin (12 juillet).

© Axel Cœuret.
© Axel Cœuret.
Le grand moment du festival est aussi le concert pique-nique final du 22 juillet dans le Parc de Champagne rémois (fréquenté par dix-huit mille personnes l'an dernier !).

(1) Le plus réussi des moutons ne se cache-t-il pas dans une caisse ?
(2) Lieder pour Chœur de Femmes.
(3) Par le procédé de l'hypallage toujours : voir la scène n° 5 "Fleurs solitaires" ("Eisame Blumen").


Du 22 juin au 12 juillet 2017.

Renseignements et réservations :
>> flaneriesreims.com

Christine Ducq
Mercredi 5 Juillet 2017

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"La petite fille de monsieur Linh" Tenter de donner une raison à la vie… à l'exil

Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

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Gil Chauveau
09/09/2020
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"Les Dodos" Virtuoses aux agrès comme aux guitares… pour des envolées poétiques et musicales, sensibles et rebelles !

Quel point commun peut-il y avoir entre un dodo, gros oiseau incapable de voler - et plutôt maladroit - et un acrobate ? L'inconscience naïve pour le premier, qui le conduisit à sa disparition, l'inconscience maîtrisée - avec une peur raisonnée pour la sécurité - qui le mène vers le spectaculaire et la performance virtuose pour le second... C'est en résumé l'étonnante création de la compagnie Le P'tit Cirk qui s'articule autour de la musique et de l'envol avec la guitare comme partenaire privilégié, instrument musical ou agrès des plus surprenants !

Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

Gil Chauveau
17/09/2020
Sortie à la Une

"Cabaret Louise" Cabaret foutraque et jouissif pour s'indigner encore et toujours !

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
31/08/2020