La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
CédéDévédé

Le singulier challenge artistique de Lynda Lemay

1 111 jours pour imaginer, écrire, composer, enregistrer 11 albums de 11 chansons… C'est le pari artistique, fou, inédit et original que l'artiste québécoise Lynda Lemay souhaite relever avec fougue et enthousiasme. La réalisation de ce challenge incroyable a débuté avec la sortie le 11 11 2020 des deux premiers opus… Et c'est aujourd'hui que paraissent les versions physiques et numériques des volumes 3 et 4, "À la croisée des humains" et "De la rosée dans les yeux", de ce projet multi-albums.



© Sébastien St-Jean.
© Sébastien St-Jean.
En novembre dernier, nous avons pu découvrir "Il était onze fois" et "Des milliers de plumes" qui démarraient cette aventure particulière qui porte l'intitulé générique du premier CD. Cette expérience discographique est un long parcours créateur où l'auteure, compositrice et interprète, aborde et abordera onze thématiques principales chères à sa plume fougueuse. Avec sa poésie singulière et rigoureuse, elle y dissèque des sujets brûlants d'actualité ou effarants d'éternité : la famille, la fin de vie, l'amour, l'anxiété, le deuil, la maladie, les violences faites aux femmes, l'homosexualité, les transgenres, etc. Mais le thème "maître" de tous les titres écrits par Lynda est sans conteste, au-delà des tempêtes, l'espoir !

C'est à la suite du décès de son père que Lynda Lemay a construit cette ambition créatrice. "On ne va pas se le cacher, toute cette histoire est née de la fin de celle de mon père. Il est mort à 88 ans. Il a gardé des étoiles dans ses yeux jusqu'au dernier regard. Un regard d'une bonté infinie. C'est peut-être pour ça que j'y crois, à l'infini, et que j'ai des idées de grandeur ! Quelques mois après son décès, j'étais assise au café Le Spot, situé tout près de l'école que fréquentait ma fille Ruby en 2017. Et comme ça m'arrive souvent, j'ai eu "un flash", une vision ! Je me suis vue réaliser le plus grand projet de ma vie : onze albums de onze chansons. […]"

© J.-F. Bérubé.
© J.-F. Bérubé.
De ces onze, le premier s'intitule donc "Il était onze fois". C'est aussi le titre d'un "mélo-métrage" qui l'accompagne : onze petits films chantés (vidéoclips), onze morceaux de ce qui ne formera au bout du compte qu'une seule et grande histoire. Ces clips des chansons mises en scène voient le jour petit à petit. Déjà trois ont été tournées : "Le monde" (épisode 1), "Un soir de semaine" (ép. 2) et "Mon drame" (ép. 3). Le deuxième CD s'intitule "Des milliers de plumes", titre qui fait doucement référence à l'encre des nombreuses plumes qui ont dansé sous ses doigts lors de l'écriture de ses nouvelles chansons. C'est aussi un touchant clin d'œil aux plumes de l'ange principal de son ciel : son père.

Extrêmement poignantes, bouleversantes ou teintées d'humour - parfois acide -, emplies de tendresse et de poésie, de réalisme déconcertant, les compositions de Lynda ont cette capacité particulière à effectuer un regard presque documentaire sur notre monde, nos mœurs, nos dérives et nos fractures. Elle aborde tous les sujets, les grands drames du moment, les fêlures de nos sociétés dites civilisées : la transsexualité, le viol, l'inceste, les femmes battues, la maladie d'un proche, sa gestion, son accompagnement. Ça secoue les neurones, les consciences, ça fait des vagues sur les mers de la bienveillance, de l'empathie.

Ajouté à cela, le phrasé clair, la diction parfaite et la subtile variation des tonalités émotionnelles, embelli par des envolées passionnées, de l'artiste québécoise donnent à chaque mot ou phrase une intention forte, ardente, au profil quasi cinématographique. Chaque chanson est une séquence de vie, une fiction pour mieux exprimer la réalité… de petites chroniques du quotidien où fleurissent parfois des événements exceptionnels, où se font des rencontres imprévues, où naissent des amours ou des amitiés inattendues ou inespérées…

Lynda revient donc en force, mais en délicatesse. Ces 11 albums, dont elle est la réalisatrice, ont entièrement été enregistrés aux studios Piccolo à Montréal. Elle s'est entourée de brillants complices de longue date dont Dominique Messier, Yves Savard, Pierre Messier, Sébastien Dufour, Philippe Dunnigan, Francis Veillette, Christine Giguère, etc., pour ne citer que ceux-là. La liste déborde d'amis musiciens émérites. Au son, ce n'est nul autre que le jeune Gabriel Dubuc qui tient avec brio le rôle d'ingénieur principal. C'est ce dernier ainsi que les frères Messier qui ont assuré les mixages des deux premiers opus.

© Sébastien St-Jean.
© Sébastien St-Jean.
Les troisième et quatrième opus sortant aujourd'hui se nomment "À la croisée des humains" et "De la rosée dans les yeux"… deux fois onze nouveaux titres, tous aussi touchants les uns que les autres. Lynda Lemay continue de se démarquer par la qualité et la richesse étonnante de son écriture, par cette capacité singulière à produire de l'imaginaire ancrées sur nos vicissitudes quotidiennes ; et par sa façon bien à elle de laisser la poésie et les mélodies suaves enrober de douceur les sujets les plus épineux.

"À la croisée des humains" est un album de rencontres, de chansons nées de confidences ou d'expériences marquantes. Lynda décrit avec brio l'amour sous tous ses angles. Celui qui naît et celui qui trépasse. Elle dénonce au passage les relations toxiques et se moque avec espièglerie des aléas du divorce mal géré. Elle se glisse ensuite dans la peau de cette grande enfant en mal de mère, aussi bien que dans le corps désobéissant de celui qui envie le poisson rouge d'être libre dans son bocal. Elle accueille même les rimes de son papa défunt dans cette description d'une fin de vie déchirante et pourtant bizarrement heureuse. Lynda saute de la guitare au piano, de l'amour à la mort, et de la peur au courage.

Dans les textes de "De la rosée dans les yeux", elle passe d'une émotion qui surprend à une autre qui se suspend. Elle fait cohabiter autobiographie et fiction dans un même tableau aux couleurs vives et aux textures qui dérangent. À en croire l'artiste, si toute vérité n'est pas bonne à dire, elle est tout de même belle à chanter. "De la rosée dans les yeux" est un jardin où les roses et les ronces s'entremêlent, où les rimes et les rythmes se nourrissent de la chaleur d'un même soleil. La plume virtuose de l'artiste est toujours bien présente, dotée d'une créativité prolifique et généreuse… Et l'émotion est là, nous attrapant en plein vol dans ses filets poétiques et mélodiques !

● Lynda Lemay "Il était onze fois".
Label : Productions Caliméro.
Distribution : Les Productions Caliméro Inc.
Sortie : 11 novembre 2020.

● Lynda Lemay "Des milliers de plumes".
Label : Productions Caliméro.
Distribution : Les Productions Caliméro Inc.
Sortie : 11 novembre 2020.

● Lynda Lemay "À la croisée des humains".
Label : Productions Caliméro.
Distribution : Les Productions Caliméro Inc.
Sortie : 12 mars 2021.

● Lynda Lemay "De la rosée dans les yeux".
Label : Productions Caliméro.
Distribution : Les Productions Caliméro Inc.
Sortie : 12 mars 2021.


Gil Chauveau
Vendredi 12 Mars 2021

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






Vidéos les plus récentes



À découvrir

Oui, nous pouvons permettre aux musiciens de pratiquer sans risque et sans mise en danger du public !

L'Institut Technologique Européen des Métiers de la Musique, le syndicat CSFI (Chambre Syndicale de la Facture Instrumentale), le syndicat Les Forces Musicales, c'est-à-dire les professionnels des instruments de musique, des orchestres et opéras français sont parvenus à établir un socle de connaissances solides scientifiquement prouvées sur les enjeux et les risques sanitaires liées à la pratique musicale et vocale. Il sont désormais en état de délivrer des préconisations et de nouveaux protocoles pour permettre aux musiciens de pratiquer sans risque et sans mise en danger du public. Fanny Reyre Ménard, à la tête du pilotage du Projet PIC VIC (Protocole pour les instruments de musique face au coronavirus, Pratique instrumentale et vocale) nous en a dit plus.

Bois & cuivres © Buffet Crampon.
Fanny Reyre Ménard est Maître Artisan luthière à Nantes depuis 1988 et vice-présidente du CSFI. Elle peut, au nom de ses collègues et camarades engagés dans ce groupe interdisciplinaire de travail (depuis avril 2020), affirmer aujourd'hui qu'une pratique musicale en ces temps de coronavirus n'est pas plus dangereuse que les principaux gestes et actes de notre vie quotidienne.

Un enjeu important puisqu'on parle ni plus ni moins que de rouvrir les salles de concert et les Opéras. Il s'agit également d'encourager la reprise normale d'une pratique musicale, instrumentale et vocale grâce aux outils et connaissances obtenus après quasiment une année de recherches.

Une recherche menée et des résultats obtenus grâce à une synergie de forces tout à fait exceptionnelle ; outre les professionnels des instruments de musique, des orchestres et autres opéras, les ingénieurs Recherche et Développement de structures importantes en facture instrumentale telles que Buffet Crampon, associés à des laboratoires de recherches en biologie, des spécialistes en aérosols ou en dynamique des fluides ont rejoint dans ce but commun (en savoir plus et agir en conséquence) l'Unité des Virus Émergents de l'Institut universitaire hospitalier de Marseille. Le milieu musical à l'arrêt en mars 2020 souhaitait reprendre l'avantage, la crise sanitaire ayant laissé tout le monde provisoirement sans réponse. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Christine Ducq
31/03/2021
Spectacle à la Une

"Respire" Un conte moderne qui traverse les airs comme un souffle magique

Johanne Humblet est funambule. Avec la Compagnie Les filles du renard pâle, elle parcourt le monde pour tendre ses câbles entre les immeubles, les monuments, les grues, elle les fait grimper, se courber en spirale, plonger dans des lacs, traverser des places, des rivières. "Le fil est le lien qui relie un point à un autre, au-dessus des frontières, des barrières, il rassemble. Un lien autant symbolique que concret", explique-t-elle. Elle tisse ainsi son parcours d'équilibriste : quelques dizaines ou quelques centaines de mètres de long et seulement 12 millimètres de diamètre.

© Les filles du renard pâle.
Mais la conception que cette funambule pleine de rêve fait de ses spectacles ne s'arrête pas à l'exploit. Et même si elle évolue sans sécurité aucune, elle ne cherche pas à provoquer chez celui qui regarde le nœud qui noue le ventre à l'idée de la chute dans le vide. Cette réaction est là, quoi qu'il en soit, mais Johanne Humblet ne s'en contente pas. Elle raconte des histoires. Et elle ne les raconte pas seule.

Avec elle, mais au sol, un groupe de trois musiciens rocks va l'accompagner tout au long de sa traversée. La partie musicale du spectacle est très importante. Un rock très teinté métal, trois musiciens aux looks punky qui suivent de leurs compositions l'évolution de la funambule là-haut. Ce sont des échanges, rythmes et regards, qui orchestrent l'évolution du chaperon rouge des airs tandis qu'au sol le loup surveille. Une autre partie importante du spectacle, qui a pour objectif de se jouer la nuit, est dirigée par l'équipe lumière, des lumières élaborées qui font le lien en collant à la musique et en découpant la funambule dans le ciel.

Bruno Fougniès
23/03/2021
Spectacle à la Une

"Adeno Nuitome" Une glorification de l'amour

Lola Molina questionne pour la deuxième fois les stigmates de l'amour. Dans sa pièce précédente intitulée "Seasonal Affective Disorder" (déjà dans une mise en scène de Lélio PLotton), elle s'était intéressée à la cavale hors normes, et pas correcte du tout politiquement parlant, d'une ado de 14 ans et d'un chanteur vaguement raté de 50 piges. Dans "Adeno Huitome", le couple est moins romanesque puisqu'ils ont à peu près le même âge. Lui est régisseur lumière, Elle, écrivain. Ils vivent ensemble en joyeux citadins et suivent chacun des carrières vouées à la réussite jusqu'au jour où le cancer s'immisce dans leur histoire. C'est sur Elle que ça tombe.

© Jonathan Michel.
Une nouvelle qui bouleverse leurs projets : ils changent de vie, abandonnent la ville, achètent une maison en pleine nature. C'est là qu'elle vit dorénavant entre la rivière, les arbres en fleurs, les animaux sauvages et l'écriture. Lui revient de ses tournées dès qu'il le peut. La pièce se construit ainsi en courtes interventions de l'une ou de l'autre et de scènes à deux. Mélanges de souvenirs, de narrations et moments de vie qui nous font découvrir peu à peu l'histoire de ces deux personnages et les variations de leur amour l'un pour l'autre.

Le texte autant que la mise en scène évitent avec bonheur tout réalisme. C'est plus vers une poésie de réconciliation avec la nature que vers l'analyse des dommages de la maladie que notre attention est tournée. Lola Molina scrute avec art et tendresse les remous intimes que la présence de cette menace provoque. Elle (le personnage féminin), prise entre la solitude de cette nouvelle maison et la solitude de son travail d'écriture navigue entre nostalgie de l'adolescence et besoin d'une vitalité que l'environnement bourgeonnant de la maison lui apporte. Lui se dévoue pour l'entourer de toute son attention.

Bruno Fougniès
15/04/2021