Quantcast
La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

Le Balcon ressuscite magistralement "Dracula" à l'Athénée

Début juin, l'ensemble Le Balcon dirigé par son fondateur Maxime Pascal faisait redécouvrir, pour trois soirées, le "Dracula" de Pierre Henry, au Théâtre de l'Athénée-Louis Jouvet, dans une version pour orchestre sonorisé et un orchestre de hauts-parleurs. Un concert spectaculaire qui donnait chair et frissons aux "paysages oniriques" voulus par le compositeur à partir de pages du Ring wagnérien.



© Meng Phu.
© Meng Phu.
Quand Pierre Henry crée son "Dracula, ou la musique troue le ciel" en 2002, le compositeur - né en 1927 et père de la musique concrète avec Pierre Schaeffer dans les années cinquante - est déjà revenu à une forme de classicisme en revisitant notamment Beethoven. Dans cette œuvre électroacoustique, il veut donner à entendre un "Wagner bruitiste et rythmicien" en mixant deux bandes : l'une jouant à coup de ralentissement, d'accélération et de transposition les pages symphoniques de la tétralogie (1), l'autre créant un large spectre sonore comme enfanté par la première.

Pierre Henry, célèbre pour sa "Messe pour le temps présent" chorégraphiée par Maurice Béjart, entend créer un objet sonore complexe capable de susciter dans l'imagination de l'auditeur les images d'un théâtre horrifique et jouissif centré sur un personnage qui l'a fasciné dans les films de Murnau et Fisher, Dracula. Voyant dans la créature de Bram Stoker résumé le mythe de la musique elle-même, il ajoute : "L'œuvre s'est bâtie selon ses exigences propres : mélange de sons électroniques entendus comme une sorte de science-fiction intime". Dracula, c'est aussi Richard Wagner, "cet extraordinaire investigateur de sensations abyssales".

© Meng Phu.
© Meng Phu.
Les membres de l'ensemble Le Balcon, qui ont mis la réécriture, la sonorisation et la spatialisation de chefs-d'œuvre d'un très large répertoire au cœur de leur projet artistique, ne pouvaient que désirer se saisir de cet OMNI, par ailleurs remarquable. Pour ce collectif comprenant des musiciens, des compositeurs, des arrangeurs, des réalisateurs en informatique musicale entre autres, en proposer une nouvelle version - avec un orchestre d'une vingtaine de musiciens formé de cuivres, de bois, de percussions et d'un piano - pour redonner vie aux pages wagnériennes tout en confiant à une trentaine de hauts-parleurs, disséminés dans la grande salle de l'Athénée, la fresque quasi bruitiste imaginée par P. Henry relevait d'une évidence.

Et le résultat s'est révélé enthousiasmant. Aux leitmotivs du Ring, réarrangés dans un continuum sonore jouissif dans l'interprétation scénique qu'en livrent les musiciens du Balcon dirigé par leur chef Maxime Pascal (comme possédé lui aussi), les rires sataniques, les galops de chevaux, les cris d'oiseaux, les bruits de talons précipités, les orages et les sirènes créés électroniquement (par distorsions de sons) apportent leur dimension cinématographique faite de jubilation et de terreur, soulignée par les effets de dynamique dus aux micros et un jeu d'éclairage diabolique.

© Meng Phu.
© Meng Phu.
Quand, au disque (2), l'œuvre semble faire la part belle à la dimension concrète (légèrement) au détriment de la wagnérienne, l'orchestre redonne épaisseur à un théâtre moins abstrait, riche de beaux fantômes et de "strideurs étranges" (3). Un spectacle donc pour les yeux et une fête pour les oreilles rappelant au public le pouvoir des sortilèges wagnériens comme ceux de cette musique électroacoustique, vrai démon annonciateur de la modernité.

(1) Avec des extraits purement symphoniques (arrangés) de "L'Or du Rhin", "La Walkyrie", "Siegfried" et "Le Crépuscule des Dieux".
(2) "Dracula" de Pierre Henry. CD paru chez Philips Classics en 2003.
(3) "Voyelles" A. Rimbaud.


Spectacle vu en avant-première le 1er juin 2017.

"Dracula" (2002).
Musique de Pierre Henry d'après Richard Wagner.
Libre adaptation pour orchestre sonorisé et orchestre de hauts-parleurs par Augustin Muller et Othman Louati.
Durée : 50 minutes environ.

Maxime Pascal, direction.
Augustin Muller, informatique musicale.
Florent Derex, projection sonore.
Ensemble Le Balcon.

Christine Ducq
Mardi 13 Juin 2017

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.





    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Ma B.O. en couleurs" Silvano Jo… J'ai la mémoire qui chante…

"Et si pour toi, là bas c'est l'paradis Dis-toi qu'dans leur p'tite tête l'paradis C'est ici hum! C'est ici" Jean-Louis Aubert.
Le paradis c'est, un dimanche, rejoindre quelques amis.

© Laurence Guenoun.
Le paradis, c'est passer quelques instants, masqués, oui ! (Monsieur le président !) À échanger des mots avec quelques invités triés sur le volet. Non pas par prétention, mais par précaution puisque le virus circule et qu'il est, paraît-il, plus virulent, en petit comité.
Le paradis c'est, un dimanche pluvieux, se retrouver pour soutenir un artiste talentueux qui, l'espace d'un instant, transforme son loft en café-théâtre pour partager un spectacle bien vivant.

L'artiste s'appelle Sylvain mais son nom de scène est "Silvano". Et il nous offre, sur une heure, un show truffé de bons mots, de chansons d'aujourd'hui et d'avant, puis de costumes délirants.

Quel plaisir d'assister, presque clandestinement, au bonheur d'un comédien désireux de jouer, de se montrer, et de partager ; le tout accompagné par un musicien charmant et classieux.

Le paradis, pour lui, pour les deux, serait de se retrouver dans un théâtre. Vous savez, le théâtre, ce lieu où des individus de tous les horizons, le soir ou la matinée venus, se rejoignent pour entendre, écouter, savourer des textes d'auteurs, morts ou vivants ? Ces lieux dont on ne sait peu de choses en ce moment, excepté les grands… et encore… on se demande parfois qui ils intéressent vraiment ?

Isabelle Lauriou
05/02/2021
Spectacle à la Une

"Hamlet", encore et toujours dans une "mise en je" de Gérard Watkins

L'ombre fantomatique du vieux Roi légendaire n'est pas prête à laisser en paix les générations qui se suivent, tant les interrogations posées par William Shakespeare sont d'une historicité atemporelle. Désirs de pouvoir et de sexe intimement reliés l'un à l'autre pour les rendre consanguins, trahison et fidélité à un moi idéal déposé en soi par les vœux des pères, guerres des sexes et guerres intestines ou intracommunautaires se recouvrant à l'envi, ce magma incandescent parle en nous comme une matière en fusion à jamais constitutive de l'humain.

© Alexandre Pupkins.
L'auteur et metteur en scène d'"Ysteria", présentée naguère sur ce même plateau du TnBA, s'attaque avec une frénésie palpable à ce monument de littérature. Après avoir minutieusement traduit le texte original pour, tout en en préservant l'authenticité, y injecter dans les plis du discours ses propres motifs, Gérard Watkins propose trois heures et plus d'effervescence permanente. Endossant lui-même le rôle du fratricide et régicide Claudius, il donne le tempo de sa scansion décalée présidant à sa manière si particulière de faire "entendre" le vers shakespearien retraduit.

Collant sinon à la lettre du moins à l'esprit de son illustre prédécesseur, il s'affranchit de la loi des genres pour proposer indistinctement à des femmes les rôles d'hommes et vice-versa. Ainsi le rôle-titre est-il confié non sans un certain bonheur à la tragédienne née qu'est Anne Alvaro, usant avec subtilité des gammes de sa sensibilité à fleur de peau, à la fois hardie et fragile, pour réifier les affres vengeresses du jeune Hamlet. À ceci près cependant que la grande différence d'âge qui la sépare de son personnage peut rendre moins crédible le statut d'Hamlet dont le jeune âge n'est pas étranger à sa problématique au lien paternel et maternel.

Yves Kafka
15/01/2021
Sortie à la Une

J'ai peur de ne pas renouveler mes droits… Eux en ont la certitude

Je suis intermittente du spectacle. Ce n'est pas mon métier, mon métier, c'est comédienne. Intermittente, c'est juste mon régime d'indemnisation du chômage. C'est aussi une pratique d'emploi : je travaille à la mission, souvent avec des contrats très courts, pour différents employeurs. D'où un régime d'indemnisation adapté.

© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

Rébecca Dereims, Comédienne
19/02/2021