La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"La Peur", l'enfer n'est peut-être pas les autres mais ce que l'on se fait subir soi-même…

"La Peur", Théâtre Michel, Paris

Élodie Menant nous propose une adaptation de "La Peur", la nouvelle de Stefan Zweig, en nous transportant au sein de la vie d'un couple petit-bourgeois des années cinquante dont les apparences se révèlent rapidement trompeuses. Dans une atmosphère à la Hitchcock, avec un suspense à couper au couteau, vous êtes embarqués sans ménagement dans une ambiance créant tant le malaise que la fascination.



© Karine Letellier.
© Karine Letellier.
La pièce débute tandis que l'ouvreuse termine de placer les derniers spectateurs. Une femme, tout de suite suivie d'un homme, entre sur le plateau. Des deux personnages, qu'on comprend être un couple, émane une profonde tendresse et complicité. On les regarde s'embrasser avec attendrissement, se murmurer des confidences au creux de l'oreille. Partager.

Les lumières s'éteignent puis de nouveau, le couple entre en scène. Mais cette fois-ci quelque chose nous dérange. Le lien entre les deux amoureux n'est plus tel qu'il était quelques minutes plus tôt. Le mari paraît distant, peu intéressé par le travail de sa femme qu'il va même jusqu'à qualifier de "divertissement". Celle-ci lui lance des reproches, qui se transforment rapidement en appels à l'aide : "ces derniers temps, on se croise plus qu'on ne vit ensemble". Il a du travail, lui dit-il, elle savait que le fait d'ouvrir son propre cabinet d'avocats leur laisserait moins de temps libre à tous les deux.

Un mari harassé par son emploi, une femme qui se sent complètement délaissée, l'espoir d'un amant qui pourrait la sauver... Une réalité de laquelle s'échapper, un fantasme auquel se raccrocher. L'histoire mise en scène n'a rien d'original. C'est probablement pour cela qu'elle nous touche tous. Victimes ou coupables d'infidélité ou de délaissement, les thématiques abordées résonnent en chacun de nous.

© Karine Letellier.
© Karine Letellier.
La peur est une des cinq émotions fondamentales de l'être humain. Elle est une émotion d'anticipation qui nous informe d'un danger proche, qu'il soit réel ou imaginaire. Hélène Degy nous offre une prestation impressionnante ; elle ne joue pas la peur, elle l'incarne. Elle est la peur. Elle personnifie les émotions humaines, toutes avec une justesse incroyable : la honte, la culpabilité, le soulagement, l'amour, la colère, etc… toute une palette de sensibilité humaine.

Le décor est composé de pans de murs montés sur roulettes que les comédiens déplacent tout au long de la pièce. L'ensemble des accessoires représentent l'ambiance d'une cuisine la plupart du temps. Sinon, ils dessinent les contours d'une ruelle qu'on s'imagine un peu confinée et étriquée. Le décor est sans cesse réinventé. Il donne souvent une impression de suffocation ; par exemple, quand les cloisons se resserrent sur le corps prostré d'Irène. Tous ces mouvements, ces changements créent une certaine esthétique dansée au sein de la scénographie.

On ne vous promet pas une pièce joyeuse. Vous partagez toutes les peines de l'apeurée, vous n'êtes pas loin de vaciller avec elle dans la folie. Ce danger est-ce la réalité ou n'est-ce qu'une projection de l'esprit ? Vous devenez la proie de vos propres tourments. Cette conception de peur n'est pas sans rappeler celle que véhiculaient "Les mouches" de Sartre. Et puis les lumières s'éteignent, une dernière fois. Et alors vous applaudissez avec force et admiration. Et vous vous sentez comme purifiés. La catharsis a eu son petit effet.

"La Peur"

© Karine Letellier.
© Karine Letellier.
Texte : Stefan Zweig.
Mise en scène, scénographie et adaptation : Élodie Menant.
Avec : dans le rôle d'Irène, Hélène Degy ou Élodie Menant ;
dans le rôle de Fritz, Aliocha Itovich ou Arnaud Denissel ;
dans le rôle d'Elsa, Ophélie Marsaud ou Muriel Gaudin.
Décor : Olivier Defrocourt.
Costumes : Cécile Choumiloff, Sylvie Lefray, Janie Loriault et Marion Vanesshe.
Lumières : Marc Augustin.
Graphistes : Mathieu Stortoz et Salima Glamine.
Durée : 1 h 15.


© Karine Letellier.
© Karine Letellier.
Jusqu'au 8 janvier 2019.
Du jeudi au dimanche à 19 h.
Théâtre Michel, Paris 8e, 01 42 65 35 02.
>> theatre-michel.fr

Ludivine Picot
Dimanche 14 Octobre 2018

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


PUB


    Aucun événement à cette date.
Publicité



À découvrir

"Kanata" : conjuguer la réalité et l'illusion, et faire apparaître, sous l'apparence et la fiction, le réel et son intimité

"Kanata", Théâtre du Soleil, Paris

Mais que sont devenus les Hurons, la Grande Forêt, les canoës ? Tous ces rêves de Canada des petits garçons et petites filles ? Quand Ariane Mnouchkine et Robert Lepage, avec les comédiens du Soleil, envisagent de monter un spectacle sur le Canada et son Histoire, personne n'imaginait l'hostilité, la violence des réactions qu'engendrerait là-bas ce projet*.

Que l'ambition affichée de montrer le sort des Amérindiens dans le monde moderne aboutirait à une contestation brutale du droit à les représenter. Face aux insultes anonymes, forcément sur Internet, venant de tous les bords, la troupe du Soleil (dont les comédiens appartiennent au monde entier) a réagi de la meilleure façon. En montant le premier épisode de "Kanata" sur la controverse. La troupe intègre, intériorise tous les tenants de la querelle.

La pièce prend pour fil conducteur un couple de jeunes Français primo immigrants naïfs qui s'installant à Vancouver, découvrent les réalités cachées sous les cartes postales. Les rues sordides, la misère, la drogue, la prostitution, les Amérindiens déchus, le crime, l'impuissance d'une police, la déforestation, la disparition des traces du passé. Un melting-pot qui n'est qu'un agrégat de souffrances travaillées pourtant par l'instinct de survie et l'espoir de s'en sortir.

Jean Grapin
07/02/2019
Spectacle à la Une

"Botéro en Orient"… tout en rondeur !

C'est un voyage où le physique et l'esthétisme ont une place prépondérante et dans laquelle les rondeurs sont revendiquées et montrées. Autour d'une création picturale qui l'a guidé, Taoufiq Izeddiou place l'identité au centre de sa création.

Le titre du spectacle est dû au fait que Taoufiq Izeddiou a été inspiré par l'œuvre autour d'Abou Ghraïb (Irak) de Fernando Botero, peintre et sculpteur colombien, où l'artiste s'était insurgé. Il avait en effet dessiné de superbes planches où la torture, l'humiliation et la violence s'étalaient. Les personnages des œuvres de Botero sont toujours des êtres ronds et épais. C'est dans ce rapport aux volumes que le chorégraphe a bâti son spectacle.

À l'entame de la représentation, le silence habille le plateau puis des ombres se détachent d'une demi-obscurité. Les déplacements sont séparés, la gestuelle des trois danseurs est propre à chacun, ceux-ci perchés sur un bloc de bois. La scénographie est déplacée tout au long du spectacle, les blocs changeant de lieu, bousculés et balancés sur scène. C'est une œuvre de construction et de reconstruction où les chorégraphies se suivent dans des thématiques où l'identité de chaque interprète est posée par rapport à son corps, rond, "volumétrique" selon les propos de Taoufiq Izeddiou.

Safidin Alouache
28/02/2019
Sortie à la Une

Roukiata Ouedraogo intègre avec une facilité déconcertante les facettes de l'art du comédien et du clown

"Je demande la route", Théâtre de l'Œuvre, Paris

Roukiata Ouedraogo présente son spectacle "Je demande la route". Difficile de ne pas lui répondre que la route est droite et belle en saluant tout le talent dont elle fait preuve sur scène.

Roukiata Ouedraogo intègre avec une facilité déconcertante les facettes de l'art du comédien et du clown
Roukiata Ouedraogo est pour ainsi dire une princesse qui, ayant découvert le secret des griots et leur art de raconter, donne corps et parole à tous les personnages qui ont marqué sa vie. Elle fait ainsi cadeau de l'humour africain et le fait savoir dans la joie de jouer.

Allant bien au-delà d'un soliloque moqueur ou sarcastique, Roukiata fait œuvre picaresque. En faisant vivre toutes ses ombres, en partant du village, quittant son enfance, sa famille : partant à la conquête du monde. Le public l'accompagne dans le rire.

Les récitations ânonnées à l'école communale, les conseils du grand frère, son arrivée en France, son grand-père ancien de la guerre, sa hantise du froid, son premier appart au dernier étage avec vue sur les chéneaux. De la bureaucrate de l'état civil aux femmes du salon de coiffure à Château-rouge, des métiers de gardienne d'enfants à celui de comédienne, tout fait conte, conte moderne, conte initiatique.

Jean Grapin
08/02/2019