La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
RV du Jour

"L’humour est la politesse du désespoir"

À écouter : Épisode 3

Dernière semaine pour Frédéric Sonntag et "George Kaplan" à La Tempête !
On en a déjà beaucoup parlé. Voici un dernier épisode qui permet de clôturer cette série de rendez-vous.



© Bertrand Faure.
© Bertrand Faure.
Un des éléments marquant dans les choix de mise en scène de cette pièce est l’utilisation de la vidéo avec ce passage de la scène à l’image, un peu comme Cocteau et sa traversée aux miroirs... Des séquences filmées sont projetées et les comédiens s’effacent pour laisser place aux acteurs. Ce que dévoile Frédéric Sonntag est vraiment passionnant. Il montre comment avec ces personnages déconnectés de la réalité, le réel les rappelle à eux (et à nous aussi). D’autant plus troublant que ce sont des images qui produisent cet effet… Cela nous laisse songeur sur la perception du monde que nous avons : l’image projetée du monde nous donnerait plus à réfléchir que le monde lui-même. C’est juste terrible à entendre une réflexion comme celle-ci.
Finalement, on revient un peu à la théorie des classiques et à ces querelles qui en résultaient entre un Racine et un Corneille : le vraisemblable n’est pas forcément vrai et le vrai n’est pas toujours vraisemblable. Sauf qu’aujourd’hui l’invraisemblable devient vrai… sic !

En regard à Sonntag (fin de l’interview) et à la citation de Boris Vian "L’humour est la politesse du désespoir", je répondrais avec l’intemporel Desproges par un de ses réquisitoires, extrait du "Tribunal des flagrants délires" : "S’il est vrai que l’humour est la politesse du désespoir, s’il est vrai que le rire, sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s’il est vrai que ce rire-là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout. De la guerre, de la misère et de la mort. Au reste, est-ce qu’elle se gêne, elle, la mort, pour se rire de nous ? Est-ce qu’elle ne pratique pas l’humour noir, elle, la mort ? Regardons s’agiter ces malheureux dans les usines, regardons gigoter ces hommes puissants boursouflés de leur importance, qui vivent à cent à l’heure. Ils se battent, ils courent, ils caracolent derrière leur vie, et tout d’un coup ça s’arrête, sans plus de raison que ça n’avait commencé, et le militant de base, le pompeux P.D. G., la princesse d’opérette, l’enfant qui jouait à la marelle dans les caniveaux de Beyrouth, toi aussi à qui je pense et qui a cru en Dieu jusqu’au bout de ton cancer, tous, tous nous sommes fauchés un jour par le croche-pied rigolard de la mort imbécile, et les droits de l’homme s’effacent devant les droits de l’asticot."

Cet épisode est, des trois, le plus intéressant, car on pénètre dans le cœur de la machine "George Kaplan". Et si vous ne vous êtes pas encore rendus à la Tempête, dépêchez-vous, il est encore temps !

Bonne écoute !
itv_frederic_sonntag,_partie_3_1_.mp3 ITV Frédéric Sonntag, partie 3.MP3  (9.19 Mo)


"George Kaplan"

"La Mort aux trousses" d'Alfred Hitchcock © DR.
"La Mort aux trousses" d'Alfred Hitchcock © DR.
Texte et mise en scène : Frédéric Sonntag.
Avec : Alexandre Cardin, Florent Guyot, Lisa Sans, Jérémie Sonntag, Fleur Sulmont.
Scénographie : Marc Lainé assisté d'Aurélie Lemaignen.
Création vidéo : Thomas Rathier.
Création musicale : Paul Levis.
Création lumière : Manuel Desfeux.
Costumes : Luce Noyer.
Régie générale : Bertrand Faure.
Régie lumière : Manuel Desfeux / Maëlle Payonne / Simon Fritschi.
Régie son : Bertrand Faure / Raphaël Dupleix.
Régie vidéo : Thomas Rathier.

Équipe films
Chef opérateur : Antoine Parouty.
Assistant chef opérateur : Arthur Claisse.
Chef décorateur : Charles Jaeger.
Effets spéciaux et étalonnage : Benoît De Longlée.

Du 7 mai au 7 juin 2015.
Du mardi au samedi à 20 h, dimanche à 16 h.
Théâtre de La Tempête, Paris 12e, 01 43 28 36 36.
>> theatredelatempete.fr

Générique de l'interview composé et interprété par Pierre-Yves Plat.

À écouter : Épisode 1
À écouter : Épisode 2

Sheila Louinet
Mercredi 3 Juin 2015

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives








À découvrir

Si Louise Michel m'était contée… Cabaret peu orthodoxe sur l'art de la rébellion !

"Cabaret Louise", Théâtre Le Funambule Montmartre, Paris

Reprise Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et sa compagne Louise Michel sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur un cinquantenaire soixante-huitard bienfaisant, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

Si Louise Michel m'était contée… Cabaret peu orthodoxe sur l'art de la rébellion !
En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
22/01/2019
Spectacle à la Une

"Cassandra", cruauté et infinie tendresse pour conter le métier de comédienne

La chronique d'Isa-belle L

"Cassandra", C majuscule s'il vous plaît. Pas uniquement parce que c'est un prénom qui, aussi, introduit une phrase ou parce que c'est le titre du spectacle, mais parce que Cassandra, qu'elle soit moderne ici, mythique là-bas, mérite en capitale (C) cette jolie troisième lettre de l'alphabet à chaque recoin de mon papier. La lettre "C" comme Cassandra et comme le nom de famille de l'auteur. Rodolphe Corrion.

Deux C valent pour un troisième : Coïncidence. L'auteur, masculin, très habile répondant au nom de "Corrion" a écrit pour une comédienne à multiples facettes ce seul(e) en scène. Nous voilà à 3 C et trois bonnes raisons d'aller découvrir et applaudir ce spectacle mené de main de maîtresse par la comédienne Dorothée Girot. Jolie blonde explosive, sincère et talentueuse.

Inspiré du mythe de Cassandre, Rodolphe Corrion nous propose aujourd'hui, dans son texte à l'humour finement brodé, un personnage - Théodora -, comédienne enchaînant les castings avec peine, se retrouvant d'ailleurs en intro de spectacle, face à une conseillère Pôle Emploi. Excellent moment et monologue réjouissant. Théodora sent que quelque chose va se produire dans la vie de cette conseillère, quelque chose de… bah ! Oui. Il va se passer quelque chose… elle l'avait sentie, on ne l'a pas écoutée puis… la conseillère, elle ne l'a plus jamais revue.

Isabelle Lauriou
27/03/2019
Sortie à la Une

"An Irish Story" Une histoire des Irlandais, ces derniers bardes

"An Irish Story", Théâtre de Belleville, Paris

Son grand-père Peter 0'Farrel a disparu sans laisser d'adresse. Dans "An irish story", Kelly Rivière, la petite fille, est partie en quête puisque sa mère Margaret n'a pas voulu révéler le secret de la famille. Volubile, Kelly raconte sur scène ce qui devient vite, par elle et pour elle, une épopée. Don ou atavisme familial ? Au spectateur de décider mais il est comblé devant le collier de perles théâtrales qui lui est présenté.

Trimballé de Lyon à Dublin via Londres. Au départ, Kelly s'y prend un peu, faussement, gauchement, par un timide stand up mais l'histoire accroche. Il y a la personnalité de cet aïeul "so Irish" rejoignant étonnamment Londres pour reconstruire la ville dévastée par la guerre, qui a eu une fille, et a disparu comme bien d'autres… Disparus dans une mer d'alcool ? Peut-être… Que peut-on attendre de ces diables d'hommes, seuls garçons de fratries de filles (nombreuses) et eux–mêmes géniteurs de légendes…

À mesure que l'histoire avance, le récit devient dialogue. Le personnage est de plus en plus échauffé, de plus en plus passionné. Comme ébrié. Des paroles prises sur le vif, des personnages incarnés. Les accents à couper au couteau, ces îles de par delà la Manche ou le channel, de la mer d'Irlande Muir Éireann ou Irish sea, les rituels de la "cup of Tea", de la Guinness, la mère, les cousines, les voisins, le pub, tout y passe.

Jean Grapin
14/05/2019