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Trib'Une

"King Kong Théorie", une mise en scène magnifiquement habitée qui colle aux mots de l’auteure enragée

La chronique d'Isa-belle L

Barbara Schulz semble avoir quinze ans. Je suis allée voir "King Kong Théorie", d'abord pour elle. Voilà une comédienne qui, son nom à l'affiche d'une mise en scène, me fait traverser Paris sans problème.



© Francois Berthier.
© Francois Berthier.
Barbara Schulz est une sacrée actrice, une pure comédienne, à la peau douce, aux traits fins et bien dessinés, au visage délicat au folklore d'expressions, qu'elle accommode au gré des textes qu'elle rencontre sur sa route d'artiste, angéliquement spectaculaire. Oui, Barbara a le visage d'un ange. Alors, quand j'ai appris qu'elle serait l'une des héroïnes de King Kong Théorie - adaptée au théâtre par Vanessa Larré -, j'ai eu comme un vertige. She's back on stage. "Barbara, vous m'avez beaucoup manqué ces dernières années ? Où, nom de Freud, étiez-vous donc passée ?" J'ai appris, de sa voix fort sympathique que, pendant quatre ans, elle était allée voir ailleurs, en l'occurrence aux États-Unis.

Me voilà rassurée. Barbara Schulz est rentrée et peut de nouveau, de son visage sublime, traverser les plateaux des plus beaux théâtres français. Quiconque a assisté au Théâtre Montparnasse à sa prestation époustouflante dans "Paroles et guérison" ne pourrait me contredire. Et le temps, sur elle, ne s'est pas arrêté !

Je fais barrière direct : je ne suis pas lesbienne. Il est possible, dans nos sociétés où tout va à vau-l'eau, où tout est critiqué, analysé, dénoncé en moins de deux, à travers (entre autres) les réseaux sociaux, qu'une femme qui admire une autre femme ne soit pas une lesbienne. Tout comme il est tout à fait envisageable qu'une femme habillée comme un chef électro du soir au matin ne soit pas non plus lesbienne, au même titre qu'il est évident qu'une femme, aussi jolie soit-elle, habillée d'une courte jupe avec des talons un peu élevés, une note de blush sur ses joues et un cuir pour agrémenter le tout, ne soit ni une prostituée ni une "nana qui cherche vraiment à se faire agresser".

© Francois Berthier.
© Francois Berthier.
Autant dire que le "King Kong Théorie" de Virginie Despentes a fait de l'effet, tant elle propage et débat sur toutes ces idées reçues que cette foutue Société, "ô grand pouvoir masculin" majoritairement, tente encore au XXIe siècle de nous faire avaler. Désolée pour le verbe, je n'avais rien d'autre sous la main…

Virginie Despentes décrit, écrit et crie. Sur scène, c'est Anne Azoulay, magnifiquement habitée et superbement dessinée, qui se colle aux mots de l'auteure enragée. Je la cite : "Entre la féminité telle que vendue dans les magazines et celle de la pute, la nuance m'échappe toujours. Et, bien qu'elles ne donnent pas clairement leurs tarifs, j'ai l'impression d'avoir connu beaucoup de putes, depuis". Et sur ce point, que je rejoins, je me pose souvent cette question : "Comment les rédactrices en chef de magazines (ce sont pourtant des femmes) peuvent contribuer aussi à cela. Véhiculer l'image de la femme comme bout de viande, qu'on refourguerait au premier lion libéré de sa cage ? Tout comme dénoncer sur une demi-page les diktats minceur de notre époque, tout en affichant en "Une" la nouvelle "anorexico-modèle" du moment ! Contradiction totale des journaux dits "féminins" dont il est recommandé de s’en passer… à la fois pour les neurones et la santé.

© Francois Berthier.
© Francois Berthier.
"King Kong Théorie", c'est aussi comprendre pourquoi… encore aujourd'hui, si peu de livres, de témoignages, de documentaires, de longs métrages ne parlent du viol ? Expérience et traumatisme vécus par l'auteure. Pourquoi ce trauma et ses témoins, nombreux, n'apparaissent quasi nulle part. Ou, une fois ou deux, comme ça, dans un média à qui on laisse une place de "dernier invité" de la soirée, quand tout le monde est déjà couché. Pourquoi, hypocritement, faire une journée spéciale de "la violence faite aux femmes" ? Si ce n'est pour les occulter le restant de l'année. Cela me rappelle cette "Une" de magazine avec un mannequin… ronde ! L'article en-dessous stipulait que ces femmes étaient d'abord des femmes, et qu'elles devaient aussi être mises en avant. "Blablabla marketing" qui a duré une semaine. Et depuis ? Quoi ? On continue à parler régime, à afficher des filles en slim 34, aspergées d'huile de coco et les rondes deviennent progressivement des minces pour se conformer à la tendance (notamment dans ce "chaud business"). Bref ! Je m'emporte un peu. Pendant la seconde guerre mondiale, la résistance française était composée de 15 à 20 % de femmes. Combien de temps a-t-il fallu attendre pour qu'enfin la Société toute entière le reconnaisse ? Le début des années soixante-dix et c'est elles-mêmes qui se sont donné le droit d'en parler. "Faut point bousculer les hommes !"

Si vous n'avez pas lu "King Kong Théorie", allez-voir cette pièce, conseil de chroniqueuse et de femme imparfaite. Si vous avez lu "King Kong Théorie, allez-voir cette pièce car Vanessa Larré, au-delà d'avoir su bien l'adapter, l'a aussi subtilement et élégamment mise en scène. Si, comme à moi, Barbare Schulz vous a manquée, allez-voir cette pièce. Enfin, si vous êtes une femme, mariée ou pas, amoureuse ou pas, lesbienne ou pas, féministe ou pas, allez-voir cette pièce.

"Dites bien que sans elles la moitié de notre travail aurait été impossible", Colonel Rol Tanguy (Déclaration concernant les femmes résistantes, faite après la libération).

Vous voyez qu'une femme sait, elle, rappeler la grande qualité que peut avoir un homme…

"King Kong Théorie"

© Francois Berthier.
© Francois Berthier.
Texte : Virginie Despentes.
Adaptation : Valérie de Dietrich et Vanessa Larré.
Mise en scène : Vanessa Larré.
Avec : Anne Azoulay, Valérie de Dietrich et Barbara Schulz.
Durée du spectacle : 1 h 10.

À partir du 2 octobre 2014.
Du mardi au samedi à 19 h.
La Pépinière Théâtre, Paris 2e, 01 42 61 44 16.
>> theatrelapepiniere.com

Isabelle Lauriou
Mardi 2 Décembre 2014

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