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Théâtre

Fin de Partie… celui qui tient l'histoire tient le temps...

"Fin de Partie", Essaïon Théâtre, Paris

"Rien n'est plus drôle que le malheur, [...] c'est la chose la plus comique [...] mais c'est toujours la même chose [...]. C'est comme la bonne histoire qu'on nous raconte [...] nous la trouvons bonne mais nous n'en rions plus."



© Benoist Brione.
© Benoist Brione.
Voilà, tout est dit ! La pièce de Samuel Beckett "Fin de Partie" raconte une bonne histoire qui garde la trace du rire au fil du temps qui lasse et délasse des tourments de la Vie. Il est question d'un vieil homme, vieux maître invalide et aveugle in, séparé de son serviteur Clov fidèle et quasi-paralytique qui tourne en bourrique. L'histoire est celle d'un homme qui enfouit dans le sable de l'oubli ses parents, asservit l'orphelin recueilli, et ne peut vivre sans avoir le dernier mot. Quitte à vivre perpétuellement dans l'inquiétude d'une conversation qui ne vient jamais.

Le texte a la cocasserie lucide et noire… et met en abyme la situation du narrateur qui relance sans cesse son récit, de l'écrivain qui négocie avec sa page blanche, du comédien qui ruse avec son public.

Parfaitement ciselée, pimentée de jeux de mots et de bons mots, la pièce tient l'attention et l'émotion, efface tout pathos et met en œuvre l'ajustement des mots et des gestes des personnes qui tâtonnent au tournant d'une vie.

© Benoist Brione.
© Benoist Brione.
C'est pain bénit pour les comédiens de la compagnie Toby or not qui, avec l'épaisseur de leur métier et la pointe de dérision nécessaire, trouvent le point d'équilibre entre rire et larme, compassion et répulsion, entre tendresse et colère. Ils mettent en œuvre toute une chorégraphie de duos et duels en forme de mimétisme à la fois source de rire en commun ou de révolte perceptible.

Hamm et Clov sont dans la main du destin, retiennent l'ennui, captivent le regard du spectateur qui ressent le titillement de ses zygomatiques et qui retient son souffle.

La parabole de Beckett est limpide, celui qui tient l'histoire tient le temps. Il est le maître de la représentation, de son espace et de son temps, à la condition souveraine que le public lui réponde.

À l'évidence ce dernier ne boude pas son plaisir.

"Fin de Partie"

© Benoist Brione.
© Benoist Brione.
Auteur : Samuel Beckett.
Mise en scène : Jean-Claude Sachot.
Assistante à la mise en scène : Bérengère de Pommerol.
Avec : Philippe Catoire, Gérard Cheylus, Marie Henriau, Jérôme Keen.
Costumes : Frédéric Morel.
Décors : Virginie Destiné.
Lumières : Laure Bérend et Jean-Claude Sachot.
Durée : 1 h 35.

Du 15 janvier au 4 avril 2015.
Du jeudu au samedi à 21 h 30.
Essaïon Théâtre, Paris 4e, 01 42 78 46 42.
>> essaion-theatre.com

Jean Grapin
Mardi 24 Février 2015


1.Posté par Barbad Golshiri le 27/11/2015 13:34
'Fin de partie' de Samuel Beckett, Théâtre Essaïon, Paris.
Beaucoup ont peur d'aller aux événements publics, en raison bien évidente du massacre du 13 novembre, nos amis qui jouent dans 'Hamlet (C'est un oeuf!)' à la Comédie Nation ont décidé de maintenir leur rendez-vous donné au public mais gratuitement.
Et le Théâtre Essaïon dans le 4ème arrondissement, proposant en ce moment la pièce 'Fin de Partie' de Samuel Beckett, a publié cette injonction sur Facebook: "Sortez maintenant!"
Nous y sommes allés et avons vu la pièce. C'était juste et correcte. Hamm y était magnifique, Nagg aussi. Mais l'utilisation de microphones dans la petite salle de L'Essaïon était, à mon sens, inutile ou sans intérêt. La poubelle de Nell ne doit pas être voilé par un drap, mais doit avoir son propre couvercle. La partie la plus déchirante était le public applaudissait les acteurs qui s'inclinaient. Les acteurs de 'Fin de Partie' ne devraient jamais faire cela à la fin, parce que les personnages sont incapables de quitter la scène et chaque nuit, la comédie devrait commencer comme Beckett a écrit : Hamm "recouvert d'un vieux drap".
Hamm devra être laissé là, couvert, et être découvert seulement la nuit suivante.
La douleur est là où la comédie (en version anglais "farce") ne peut pas finir: "Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir."
Nell et Clov également demandent : "Pourquoi cette comédie tous les jours?"
Lorsque les comédiens s'inclinent et que les spectateurs applaudissent, cela montre que la "comédie" est finie, quelque chose qui va l'encontre de l'idée d'origine de la pièce.

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© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

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