La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Festival Traits d'Union #2 : "Cœur(s) de bouffonne(s)"

"Cœur(s) de bouffonnes", Théâtre El Duende, Ivry-sur-Scène

Le dimanche 28 janvier, le festival Traits d'Union a clos sa programmation avec la création de la Compagnie L'Artisan. Le jury presse avait déjà plus ou moins décidé laquelle des pièces vues précédemment remporterait le premier prix. Puis, a été inauguré sur scène "Cœur(s) de bouffonne(s)", spectacle qui a fortement ébranlé nos partis que l'on croyait déjà pris.



© DR.
© DR.
L’œuvre tâtonne les limites de la thématique. Frontières. La frontière, c'est tout d'abord ce qui nous délimite soi-même de l'autre, c'est le corps. C'est également le langage. L'échange par la communication orale ; mais comment faire lorsque le langage n'est pas partagé ? Alors, il faut trouver un autre moyen de s'exprimer. Par l'art ?

"Je veux du cinéma français." L'une s'exécute et devient actrice. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le cinéma français en prend pour son grade… Le genre d'auteur, tel qu'on a l'habitude d'y être confronté dans les salles de cinéma, se présente comme douloureusement tourmenté et indécis. La femme aime, mais elle doit avant tout penser à elle et à sa carrière, mais ses sentiments sont si présents… Vient ensuite le tour de la danse contemporaine, qui n'échappe pas non plus à la caricature.

Le jeu envahit tout l'espace. Il débute avant même l'entrée dans la salle par une sorte de parade qui nous enjoint à nous installer face à ces figures gesticulant et grommelant. Les fauteuils habituellement réservés au public ainsi que les escaliers qui permettent d'y accéder, sont également investis. L'action est multiple et s'implante simultanément à plusieurs endroits. Le décor est sobre, à l'inverse des costumes, excentriques pour la plupart.

Le groupe de femmes ne présente pas mais propose et échange, entre elles et avec nous. Le personnage de Rouane, combinaison de roi et de reine, s'érige en tant que leader et abolit les notions de sexué et de sexuel. S'insinue dans le public et devient spectatrice. S'empiffre de nuggets surgelés tout droit sortis du carton et en propose amicalement à sa voisine de droite.

C'est un spectacle qui met en avant une multitude de sujets, de rôles, de performances, et qui garde une globalité cohérente. Les interprètes sont très différentes dans leurs physiques, dans ce qu'elles dégagent, leurs façons de jouer. Une des dernières parties met en scène une réunion qui les confronte les unes aux autres, dans laquelle elles expriment leurs ressentis face à l'expérience de construction créative. On a un peu l'impression que le spectacle se monte en même temps qu'il se joue. On se sent impliqué dans le processus de création.

"Cœur(s) de bouffonne(s)" n'a pas reçu le premier prix du jury pour la simple et bonne raison que c'est une création qui n'est pas aboutie. Le collectif a eu six jours seulement pour monter la pièce. Toutes les comédiennes offrent une prestation remarquable et originale, que les différents critiques présents ont vraiment tenu à appuyer et encourager. Nous sommes tous convaincus que les artistes ainsi que leurs idées ont un réel potentiel.

"Cœur(s) de bouffonnes(s)"

Création et mise en scène du Collectif La meute.
Avec : Mathilde Bessin, Elsa Foucaud, Barbara Gay, Maëlle Mays, Carmen Paintoux et Sandrine Roldan.
Administration et communication : Barbara Gay.

A été représenté dans le cadre de "Traits d'Union", le festival de la jeune création, #deuxième édition Frontières.
Le samedi 27 à 20 h 30 et le dimanche 28 janvier 2018 à 19 h.

Théâtre El Duende, Ivry-sur-Seine, 01 46 71 52 29.
>> theatre-elduende.com

Ludivine Picot
Jeudi 15 Février 2018

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022


Brèves & Com



Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À découvrir

"Salle des Fêtes" Des territoires aux terroirs, Baptiste Amann arpente la nature humaine

Après le choc de sa trilogie "Des Territoires", dont les trois volets furent présentés en un seul bloc de sept heures à Avignon lors du Festival In de 2021, le metteur en scène se tourne vers un autre habitat. Abandonnant le pavillon de banlieue où vivait la fratrie de ses créations précédentes, il dirige sa recherche d'humanités dans une salle des fêtes, lieu protéiforme où se retrouvent les habitants d'un village. Toujours convaincu que seul ce qui fait communauté peut servir de viatique à la traversée de l'existence.

© Pierre Planchenault.
Si, dans "La vie mode d'emploi", Georges Perec avait imaginé l'existence des habitants d'un bâtiment haussmannien dont il aurait retiré la façade à un instant T, Baptiste Amann nous immerge dans la réalité auto-fictionnelle d'une communauté villageoise réunie à l'occasion de quatre événements rythmant les quatre saisons d'une année. Au fil de ces rendez-vous, ce sont les aspirations de chacun qui se confrontent à la réalité - la leur et celle des autres - révélant, au sens argentique d'une pellicule que l'on développe, des aspérités insoupçonnées.

Tout commence à l'automne avec l'exaltation d'un couple de jeunes femmes s'établissant à la campagne. Avec le montant de la vente de l'appartement parisien de l'une d'elles, écrivaine - appartement acquis grâce au roman relatant la maladie psychiatrique du frère qui les accompagne dans leur transhumance rurale -, elles viennent de s'installer dans une usine désaffectée flanquée de ses anciennes écluses toujours en service. Organisée par le jeune maire survient la réunion du conseil consultatif concernant la loi engagement et proximité, l'occasion de faire connaissance avec leur nouvelle communauté.

Yves Kafka
17/10/2022
Spectacle à la Une

Appel à candidatures pour la création d'un spectacle patrimonial de divertissement

La ville d'Orange a confié depuis le 1er avril 2022, la gestion et la valorisation du Théâtre antique, du Musée d'art et d'histoire et de l'Arc de triomphe, à la société Edeis pour une durée de 10 ans.

© Edéis Orange février 2023 - DR pour l'appel à projet.
Dans le cadre de sa délégation, Edéis l'allié des territoires, a pour ambition :
- De donner sa pleine envergure au Théâtre antique à la fois en tant que monument du Patrimoine mondial riche d'un attrait historique et scientifique majeur mais aussi en sa qualité de porte-étendard de tout un territoire et de son art de vivre ;
- De proposer des approches novatrices et expérimentales afin d'améliorer significativement l'expérience visiteur ;
- D'agir en pleine cohérence et en parfaite synergie avec la politique culturelle de la ville.

Le projet décennal est de faire d'Orange, la scène de l'innovation sonore.
Une place forte et incontournable de la culture et de l'innovation.

1. Reprise des éléments du contrat de Délégation de service public entre la ville d'Orange et la société Edéis :
Article 2 – Définition des missions confiées au délégataire.
"Le délégataire sera notamment chargé des activités suivantes :
La création de contenus culturels, d'animations, d'évènements et de spectacles adaptés et cohérents avec la politique culturelle, patrimoniale et touristique de la ville et en lien avec les propositions des services concernés (Culture, Musée, Office de tourisme) ainsi que le développement significatif des flux de visiteurs. De manière générale, il s'agit de faire évoluer le Théâtre antique vers un statut de lieu de vie aux animations multifacettes (diurne et nocturne, saison, hors-saison, ailes de saison…) ouvert à différents types de publics cibles.

Gil Chauveau
02/02/2023
Spectacle à la Une

Dans "Nos jardins Histoire(s) de France #2", la parole elle aussi pousse, bourgeonne et donne des fruits

"Nos Jardins", ce sont les jardins ouvriers, ces petits lopins de terre que certaines communes ont commencé à mettre à disposition des administrés à la fin du XIXe siècle. Le but était de fournir ainsi aux concitoyens les plus pauvres un petit bout de terre où cultiver légumes, tubercules et fruits de manière à soulager les finances de ces ménages, mais aussi de profiter des joies de la nature. "Nos Jardins", ce sont également les jardins d'agrément que les nobles, les rois puis les bourgeois firent construire autour de leurs châteaux par des jardiniers dont certains, comme André Le Nôtre, devinrent extrêmement réputés. Ce spectacle englobe ces deux visions de la terre pour développer un débat militant, social et historique.

Photo de répétition © Cie du Double.
L'argument de la pièce raconte la prochaine destruction d'un jardin ouvrier pour implanter à sa place un centre commercial. On est ici en prise directe avec l'actualité. Il y a un an, la destruction d'une partie des jardins ouvriers d'Aubervilliers pour construire des infrastructures accueillant les JO 2024 avait soulevé la colère d'une partie des habitants et l'action de défenseurs des jardins. Le jugement de relaxe de ces derniers ne date que de quelques semaines. Un sujet brûlant donc, à l'heure où chaque mètre carré de béton à la surface du globe le prive d'une goutte de vie.

Trois personnages sont impliqués dans cette tragédie sociale : deux lycéennes et un lycéen. Les deux premières forment le noyau dur de cette résistance à la destruction, le dernier est tout dévoué au modernisme, féru de mode et sans doute de fast-food, il se moque bien des légumes qui poussent sans aucune beauté à ses yeux. L'auteur Amine Adjina met ainsi en place les germes d'un débat qui va opposer les deux camps.

Bruno Fougniès
23/12/2022