C'est le cas dans l'histoire racontée ici : une famille traditionnelle sicilienne comme on les imagine. La belle-mère, le fils, la belle-fille qui fait tout et le mari qui ne fait rien, sinon dominer ce petit monde avec ses muscles et sa grande gueule, son ivrognerie et sa violence. Avec cette nouvelle création, Emma Dante s'intéresse au petit cercle familial, la cellule familiale, celle qui, multipliée par milliers, forme les pays et leurs cultures et qui, multipliée par millions, forme quasiment l'humanité entière et sa civilisation. Une cellule qui fait partie d'un tout, mais qui, dans un autre sens, est un lieu clos, d'enfermement, de punition.
Pour la mama, l'ange du foyer, c'est bien d'une sorte de punition que cette cellule familiale où elle est une sorte de poupée de chiffon ballotée entre tous les membres de la famille. Elle est piégée comme beaucoup de mères sans autonomie financière, désireuse de protéger son enfant, son fils de l'influence brutale de son père et de la complaisance de sa grand-mère. Elle fait écran, elle prend les coups.
Pour s'attaquer au thème radicalement cru et brutal des féminicides, Emma Dante ne prend aucun gant. Tout est extrême dans la conception de cette pièce. Brut comme de la matière taillée à la pioche. Rugueux et décapant comme de l'acide. Les personnages d'abord : la mère du mari, vieille bourrique qui passe son temps à grommeler, défendre son fils, assise dans son fauteuil avec sa boîte à couture pleine de sucrerie et de cash. Le fils, une vingtaine d'années, couché, endormi, geignard, incapable de tout, même de se faire réchauffer une tasse de lait. Le mari, arrogant, chômeur, coureur, masculiniste dans toute son horreur. Et la femme, la mama, soumise, mais volontaire, sans espoir sinon de voir son fils s'en sortir, bafouée, mariée par devoir, parce qu'enceinte après la première sortie en boîte de sa jeunesse, mariée avec son violeur.
Pour la mama, l'ange du foyer, c'est bien d'une sorte de punition que cette cellule familiale où elle est une sorte de poupée de chiffon ballotée entre tous les membres de la famille. Elle est piégée comme beaucoup de mères sans autonomie financière, désireuse de protéger son enfant, son fils de l'influence brutale de son père et de la complaisance de sa grand-mère. Elle fait écran, elle prend les coups.
Pour s'attaquer au thème radicalement cru et brutal des féminicides, Emma Dante ne prend aucun gant. Tout est extrême dans la conception de cette pièce. Brut comme de la matière taillée à la pioche. Rugueux et décapant comme de l'acide. Les personnages d'abord : la mère du mari, vieille bourrique qui passe son temps à grommeler, défendre son fils, assise dans son fauteuil avec sa boîte à couture pleine de sucrerie et de cash. Le fils, une vingtaine d'années, couché, endormi, geignard, incapable de tout, même de se faire réchauffer une tasse de lait. Le mari, arrogant, chômeur, coureur, masculiniste dans toute son horreur. Et la femme, la mama, soumise, mais volontaire, sans espoir sinon de voir son fils s'en sortir, bafouée, mariée par devoir, parce qu'enceinte après la première sortie en boîte de sa jeunesse, mariée avec son violeur.
Les costumes aussi sont d'un réalisme crasse, presque inquiétant. Costumes du père et du fils, identiques. Tee-shirt marcel blanc sur slip kangourou blanc. Cela dépasse la caricature, comme si la metteuse en scène se refusait de donner une once de délicatesse, de manières, de nuances pour montrer la vulgarité, la laideur, la bêtise et la violence qui préside toujours aux drames des féminicides.
Ici, l'homme semble être le fils direct du Néandertal (pardon pour les hommes de bien de cette période préhistorique). Le premier mammifère venu possède plus de sensibilité, d'affectivité et de douceur que le personnage incarné avec une énergie incroyable par Ivano Picciallo. Il se résume lui-même comme n'étant que des muscles et une minchia (une bite).
Il est vrai que les âmes délicates, les spectatrices et spectateurs précieux du théâtre, et les intellectuels et intellectuelles de la culture risquent d'être rebutés par le rire gras populaire auquel le spectacle fait référence. Il n'empêche, la force mise en place ici, aussi brutale, incisive et sans fard soit-elle, conserve un esprit de farce et de grotesque qui est une filiation assumée du théâtre et de la culture italienne.
Reste à saluer les belles performances des quatre interprètes qui donnent autant de corps que de voix à la création de leurs personnages, parvenant pour chacune et chacun à si bien caricaturer ces fantômes qu'ils deviennent source, soit d'effroi, soit de rire, tant le parti pris de l'exagération est poussé à son maximum.
◙ Bruno Fougniès
Vu à Châteauvallon- Liberté le 15 janvier 2026.
Ici, l'homme semble être le fils direct du Néandertal (pardon pour les hommes de bien de cette période préhistorique). Le premier mammifère venu possède plus de sensibilité, d'affectivité et de douceur que le personnage incarné avec une énergie incroyable par Ivano Picciallo. Il se résume lui-même comme n'étant que des muscles et une minchia (une bite).
Il est vrai que les âmes délicates, les spectatrices et spectateurs précieux du théâtre, et les intellectuels et intellectuelles de la culture risquent d'être rebutés par le rire gras populaire auquel le spectacle fait référence. Il n'empêche, la force mise en place ici, aussi brutale, incisive et sans fard soit-elle, conserve un esprit de farce et de grotesque qui est une filiation assumée du théâtre et de la culture italienne.
Reste à saluer les belles performances des quatre interprètes qui donnent autant de corps que de voix à la création de leurs personnages, parvenant pour chacune et chacun à si bien caricaturer ces fantômes qu'ils deviennent source, soit d'effroi, soit de rire, tant le parti pris de l'exagération est poussé à son maximum.
◙ Bruno Fougniès
Vu à Châteauvallon- Liberté le 15 janvier 2026.
"L'Ange du foyer"
Spectacle en dialecte des Pouilles surtitré en français.
Texte et mise en scène : Emma Dante.
Avec : Leonarda Saffi, Giuditta Perriera, Ivano Picciallo et Davide Leone.
Scénographie et costumes : Emma Dante.
Lumières : Cristian Zucaro.
Coordination et distribution : Aldo Miguel Grompone, Rome.
Organisation Daniela Gusmano
Surtitrage : Franco Vena.
Traduction du texte en français : Juliane Regler
Technique : Marco Guarrera.
Compagnie Sud Costa Occidentale.
Tout public à partir de 15 ans.
Durée : 1 h.
Certaines scènes du spectacle peuvent affecter les personnes photosensibles.
Du 20 au 24 janvier 2026.
Mardi, jeudi et vendredi à 20 h, mercredi à 19 h, samedi à 18 h.
Théâtre des Deux Rives - CDN de Normandie - Rouen, 48, rue Louis Ricard, Rouen (76).
Téléphone : 02 35 70 22 82.
>> Billetterie en ligne
>> cdn-normandierouen.fr
Tournée
Du 6 au 11 octobre 2026 : Théâtre des Célestins, Lyon (69).
13, 14 et 15 octobre : Clermont-Ferrand (63).
Texte et mise en scène : Emma Dante.
Avec : Leonarda Saffi, Giuditta Perriera, Ivano Picciallo et Davide Leone.
Scénographie et costumes : Emma Dante.
Lumières : Cristian Zucaro.
Coordination et distribution : Aldo Miguel Grompone, Rome.
Organisation Daniela Gusmano
Surtitrage : Franco Vena.
Traduction du texte en français : Juliane Regler
Technique : Marco Guarrera.
Compagnie Sud Costa Occidentale.
Tout public à partir de 15 ans.
Durée : 1 h.
Certaines scènes du spectacle peuvent affecter les personnes photosensibles.
Du 20 au 24 janvier 2026.
Mardi, jeudi et vendredi à 20 h, mercredi à 19 h, samedi à 18 h.
Théâtre des Deux Rives - CDN de Normandie - Rouen, 48, rue Louis Ricard, Rouen (76).
Téléphone : 02 35 70 22 82.
>> Billetterie en ligne
>> cdn-normandierouen.fr
Tournée
Du 6 au 11 octobre 2026 : Théâtre des Célestins, Lyon (69).
13, 14 et 15 octobre : Clermont-Ferrand (63).























